Logo Gazette du Sorcier
menu fermer

La Gazette Logo du Sorcier

L'actualité Harry Potter et Animaux fantastiques depuis juillet 2000 !

Accueil / J. K. Rowling / Face aux critiques / J.K. Rowling sort de son silence sur Twitter pour défendre une transphobe

J.K. Rowling sort de son silence sur Twitter pour défendre une transphobe

CW : transphobie, intersexophobie
Cet article est rédigé par un homme cisgenre blanc, avec tous les privilèges que cela implique. Il a été relu par des personnes concernées, ce qui ne le rend néanmoins pas représentatif de l’expérience et de la perception de toutes les personnes trans.
Merci à Mananokee, ioane, LadyGreenChilli, Colin’s Fish, X et Zoé pour leurs relectures attentives.

Cet article est régulièrement mis à jour pour fournir un historique des prises de position transphobes de J.K. Rowling. Le but de ces mises à jour est de montrer qu’il n’est pas question d’un incident isolé mais bien d’une position maintenue et d’un engagement militant de la part de l’autrice.


Si vous fréquentez Twitter ou Reddit, vous avez sans doute vu passer hier ce tweet de J.K. Rowling.

A première vue, sans en connaître le contexte, on pourrait croire qu’il s’agit d’un tweet féministe qui ne mérite pas la polémique qu’il a déclenché. Les quatre premières phrases semblent effectivement parfaitement sensées mais pour les moins anglophones d’entre nous, la cinquième est plutôt ambiguë. On peut traduire le tweet de la façon suivante :

Habillez-vous comme vous voulez.
Désignez-vous comme vous voulez.
Couchez avec n’importe quel adulte consentant qui veut de vous.
Menez votre vie sereinement et en sécurité.
Mais renvoyer une femme parce qu’elle affirme que le sexe d’une personne est un fait ?

J.K. Rowling

En français, la dernière phrase apparaît déjà comme plus problématique pour toute personne éduquée à la question du genre. Mais elle l’est encore plus lorsqu’on se penche sur le contexte.

I stand with Maya

Ce hashtag de quelques mots « je suis avec Maya », fait référence à une ex-employée du Centre for Global Development, une organisation caritative qui lutte contre les inégalités sociales, Maya Forstater. À la fin de son contrat à durée limitée, Maya Forstater n’a pas été ré-engagée ; pour cause, ses propos tenus à l’encontre d’une personne trans dont elle avait régulièrement refusé de reconnaître le genre.

Forstater a porté plainte contre son ancien employeur, pour discrimination sur base d’une opinion. Opinion qu’elle a réitérée dans plusieurs tweets, affirmant notamment que “les femmes trans restent des hommes” et que donner le droit à des hommes de se déclarer femme menace les droits des “vraies” femmes. Cette opinion, la distingue comme une TERF : féministes radicales exclusionnaires des personnes trans.

Forstater a perdu son procès (vous pouvez lire l’intégralité du jugement ici). Il a été estimé qu’elle n’était pas reconduite, non pas à cause de son opinion, mais bien en raison de son refus de reconnaître le genre et le sexe d’une personne légalement femme*, de manière répétée, « même si cela viole leur dignité, et/ou génère un environnement de travail intimidant, hostile, dégradant, humiliant et outrageant […] est indigne d’une société démocratique« . Sa conviction profonde a été jugée comme « si absolue qu’elle est incompatible avec la dignité humaine et les droits de ses pairs« .

À l’issue de ce procès, Forstater a réaffirmé que « le sexe est un fait biologique immuable. Il y a deux sexes, homme et femme. On ne peut pas changer de sexe. Il y a peu, ces affirmations étaient comprises comme des faits basiques par chacun. […] Ce jugement enfreint les droits des femmes et la liberté de croyance et d’expression« .

Le tweet de J.K. Rowling… et les autres

Avec son tweet, c’est donc cette conviction profonde que J.K. Rowling soutient. Celle qui veut qu’une femme trans soit un homme. Elle présente aussi la situation comme un renvoi, alors qu’il s’agit d’un contrat non renouvelé.

C’est la première fois que Rowling exprime aussi clairement son opinion transphobe. Par le passé, elle avait liké des tweets de TERFs, mais son équipe de communication avait affirmé qu’il s’agissait d’une erreur : son doigt avait glissé « parce qu’elle ne maîtrisait pas tout à fait la technologie« . Quelques mois plus tard, elle s’était mise à suivre sur Twitter des profils de TERFs reconnus et, lorsque la polémique avait enflé, sa réponse fut d’en suivre encore plus.

Certains défendaient jusqu’alors qu’elle pouvait suivre ces comptes sans partager leur opinion, dans un but de recherche pour un nouveau roman, par exemple. Il n’y a maintenant plus aucun doute permis : Rowling est, elle-même, une féministe exclusionaire des personnes trans.

Ces accusations s’accompagnaient également d’accusations de pinkwashing et d’hypocrisie : l’hypocrisie de se prétendre progressiste pour maintenir son lectorat, sans l’être réellement. Vous pourrez lire un historique complet dans cet article de la Gazette. Le fait que son équipe de communication ait prétendu que Rowling avait fait une erreur de manipulation en likant le tweet d’une TERF, n’est pas un indicateur favorable.

En Écosse, où réside Rowling, le débat politique fait actuellement rage autour du Gender Recognition Act, qui doit permettre de simplifier la reconnaissance légale de l’identité des personnes trans. Cette prise de parole intervient donc dans un contexte politique et social tendu autour de la question ; le gouvernement écossais a publié sa proposition de loi le 17 décembre, pour une consultation populaire. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter le site de la Scottish Trans Association et leur page Facebook.
Le timing de ce tweet, ajouté au fait que l’autrice avait délaissé Twitter depuis plusieurs mois, n’a donc rien d’anodin.

Ajouts du 18 mai 2020 :

Rowling a, une nouvelle fois, été pointée du doigt pour des membres de la communautés trans pour son activité sur Twitter.

Elle a liké plusieurs tweets désignant une femme trans comme un homme, de manière insultante, et propageant des mensonges à son sujet. Les tweets désignent Alex Drummond, une femme trans, comme « un homme adulte qui se dit lesbienne (oui, il a gardé tout ce qui pend et décidé de ne pas prendre d’hormones) » et « ce gars« .

Elle a également liké un tweet affirmant « les humains ont deux, et seulement deux, sexes, qui sont invariables« . Une sur-simplification de la définition du sexe (voir ci-dessous « Un peu de biologie et de théorie« ) qui sert d’argument pour discriminer à l’encontre des personnes trans.

Ajouts du 30 mai 2020 :

Lors d’une nouvelle altercations sur Twitter, J.K. Rowling a menacé une militante LGBT d’un procès pour avoir affirmé qu’elle « attaquait des personnes trans« .

Dans ce même échange, Rowling a repris la défense de Maya Forstater. Elle la qualifie de « personne qui croit simplement que les humains sont une espèce dimorphique mais s’est engagée à respecter les personnes trans« . Elle a également parlé de « représentation incorrecte de son opinion en matière de transgendérisme« .

A noter que :

  • La notion de dimorphisme chez les humain a été fortement remise en question par la communauté scientifique ces dernières années (voir ci-dessous), comme le font remarquer certains tweets en réponse. Cette idée ignore complètement les personnes intersexes et contribue à leur oppression.
  • « Respecter les personnes trans » implique de ne pas les mé-genrer, comme l’a régulièrement fait Maya Forstater et comme le font les tweets que J.K. Rowling like régulièrement. Maya Forstater a littéralement été déboutée de son procès pour son non-respect des personnes trans.
  • Le terme « transgendérisme » est fortement connoté. Issus de la psychiatrie, il est repris par la communauté TERF et associe le fait d’être transgenre à une condition, pas à une identité. De nombreuses associations et militant.e.s LGBT l’on fait remarquer en réponse (1, 2, 3, 4…)

Le tweet de la militante LGBT a été supprimé. Plusieurs internautes ont fait remarquer que Rowling se sert de sa fortune pour menacer, plutôt que de se positionner comme soutien des femmes trans, ce qui damerait le pion à ses critiques. Le fait qu’elle utilise les termes ci-dessus, et qu’elle copie par erreur des extrait d’articles sur l’agression d’une TERF par un femme trans, en la mé-genrant au passage, prouvent également qu’elle se « renseigne » sur le sujet.

Ajout du 07 juin 2020 :

C’est en plein mois es fiertés que J. K. Rowling a, une nouvelle fois, tenu des propos transphobes sur Twitter. Tout a commencé par sa volonté de « corriger » le titre d’un article appelant à « Créer un monde plus égalitaire après le Covid 19 pour les personnes qui ont des règles« .

L’autrice s’est empressée de souligner que, selon elle, il y a un mot pour « personnes qui ont des règles«  et qu’il s’agirait de « femme ». Ce faisant, elle a une nouvelle fois nié la réalité ou exclu du propos d’un article inclusif

  • les femme trans qui n’ont pas de règles
  • les hommes trans qui ont des règles mais sont des hommes
  • les personnes intersexes dont certain.e.s sont des hommes avec des règles, et d’autres des femmes qui n’en n’ont pas
  • les femmes qui n’ont pas de règles pour des raisons diverses et n’en sont pas moins des femmes
  • les personnes qui se définissent comme non-binaires (agenres, genderfluides…) qui ont des règles

Avoir des règles et être une femmes sont deux choses différentes, que Rowling mélangent ici allègrement.

L’autrice a poursuivi son argumentaire et sa rhétorique transphobe dans d’autres tweets. Nous leurs consacrons un article à part. Elle insiste notamment sur le fait qu’elle s’intéresse au sujet, et qu’on doit arrêter de dire qu’elle ne sait pas de quoi elle parle.

Ajout du 10 juin 2020 :

Face à la vague de protestations et de condamnation de ses propos, J.K. Rowling a publié un long texte sur son site personnel pour justifier sa prise de position.

Nous décortiquons le texte dans sont intégralité ICI. Nous conseillons fortement de ne pas s’arrêter à son texte, et de lire/visionner au moins un décryptage factuel intégral de celui-ci. De nombreux médias ont traité le texte de manière très partielle, et certaines phrases prises hors contexte envoient un message très différent de celui de l’autrice.

Ajout du 29 juin 2020 :

Après qu’un membre du parlement l’ait accusée d’utiliser son trauma pour justifier la discrimination, Rowling s’est indignée sur Twitter. L’un de ses tweets, pris hors contexte, a été retweeté par Stephen King, auteur que J.K. Rowling admire beaucoup. Elle s’est alors fendue d’un tweet dithyrambique pour le remercier, en tant que « homme qui a manifesté son soutien spontanément« .

Après qu’un lecteur demande à Stephen King ce qu’il pensait des tweets problématique de Rowling, il a simplement répondu « les femmes trans sont des femmes« … ce qui a eu pour effet immédiat de voir Rowling supprimer son tweet de remerciement et de se désabonner de Stephen King. (Elle s’est réabonnée le lendemain, après que de nombreuses personnes aient souligné la puérilité de sa réaction).

La réaction de l’autrice face à la phrase « les femmes trans sont des femmes » ne laisse que peu de doute quant à son combat.

Ajout du 1er juillet 2020 :

Un compte Twitter « We the Women » a adressé ses remerciements à J.K. Rowling pour sa prise de position. Le tweet liké par l’autrice pointe du doigt la proposition de loi C8 qui, selon eux, « criminalise un thérapeute conseillant à un enfant d’accepter son corps« .

En réalité, la proposition (à lire ICI) criminalise spécifiquement les thérapies de conversion, dont le but est de « guérir » l’homosexualité ou la transsexualité par des méthodes pavlovienne, voire chirurgicales.

Lorsque votre prise de parole valide des groupes qui luttent contre une loi criminalisant les thérapies de conversion, il y a un gros problème. Certains internautes pointent du doigt le fait que le pseudonyme de J.K. Rowling, Robert Galbraith, est également le nom d’un psychiatre américain qui pratiquait les thérapies de conversion sur les homosexuels (à coup d’électrochocs notamment).

Le tweet dénonce également l’amendement C16, voté en 2016, qui indique simplement qu’il est illégal de discriminer sur base du genre d’une personne (en plus des critères de discrimination précédemment établis : couleur de peau, race, religion, origine, age, sexe, orientation sexuelle, handicap mental ou physique…). Encore une fois, être contre cette loi n’envoie pas un signal extrêmement positif.

Le compte We The Woman, qui se dit basé au Canada, a une majorité de followers en commun avec deux groupes britanniques exclusionnaires des personnes trans, dont la LGB Alliance (exclusion du « T », trans, de l’acronyme LGBT). La fondatrice de la LGB Alliance est notamment connue pour avoir déclaré que les personnes intersexes « doivent suivre un traitement médical«  (pour correspondre à leur « vrai » sexe qui ne peut être que homme ou femme).

Ajout du 07 juillet 2020 :

Alors que le parlement britannique lançait le 2 juillet un grand sondage pour savoir « comment les thérapies de conversion affectent la communauté LGBTQ+ et doivent-elles être légalement interdites ?« , déclenchant la colère de nombreux membres de la communauté LGBT (« la question se pose-t-elle vraiment ?« ), Rowling a choisi ce moment pour comparer les traitements hormonaux féminisant ou masculinisant à de telles pratiques.

Comparer un traitement pris volontairement, et qui sauve des vies, à de la torture, est un argument extrêmement dangereux qui n’a pas lieu d’être. Pour mieux comprendre le sujet, consultez le Wiki Trans.

Ajout du 13 septembre 2020 :

Le nouveau livre de Rowling véhicule des clichés transphobes. Plus de détails dans notre article.

Ajout du 22 septembre 2020 :

Sur Twitter, l’autrice a partagé la photo d’un t-shirt proclamant fièrement « This witch does not burn » (Cette sorcière ne brûle pas). A priori féministe et innocent, ce t-shirt a malheureusement un histoire bien sombre. Il vient d’une boutique en ligne qui vend des produits ouvertement transphobes.

La liste des produits insultant et haineux est longue. Badges « F*uck your pronoun » qui invite à mégenrer. Badge « Sorry about your dick, bro » (Désolé pour ta bite, mec) sur fond de drapeau trans qui mégenre et rabaisse les individus à leurs organes génitaux. Badge « Trans men are my sisters » (Les hommes trans sont mes sœurs), qui mégenre les hommes trans…

Rowling insiste bien sur la boutique, puisqu’elle invite dans un deuxième tweet chacun.e à acheter le t-shirt spécifiquement sur cet e-shop.
Le fameux t-shirt trouve par ailleurs un sinistre écho dans les nombreux meurtre transphobes qui se sont produits ces derniers mois, lors desquelles des personnes trans ont été immolées (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, …). L’idée est théoriquement de comparer « désigner Rowling comme transphobes » à « une chasse au sorcières pour la brûler vive » ; mais c’est d’un mauvais goût des plus abjectes quand on sait que des femmes trans sont littéralement brûlées vives.

L’autrice appelle littéralement chacun à se montrer insultant envers les personnes trans. A agir d’une telle manière qui les exclus et ravive de potentiels traumas. Elle fait activement la promotion d’une boutique littéralement dédiée à ça.
Si ça ne vous donne pas la gerbe, pensez à d’autres traumas et comment une société civilisée est sensée se comporter à ce sujet. De la même manière qu’on ne se promène pas dans un orphelinat avec un badge « tes parents sont morts » pour raviver le traumas d’enfants orphelins, une personne avec une once de décence ne mégenre pas volontairement quelqu’un.

Fin des mises à jour.

Une levée de bouclier de tout le fandom

Face à cet aveu, de nombreux sites de fans, wrockers, comptes Twitter, acteurs de la saga et associations ont pris position pour condamner unanimement les propos de l’autrice qui, on le répète, défend une personne condamnée pour un comportement discriminatoire en relayant une version mensongère de la situation. Tous réaffirment l’ouverture du fandom actif aux personnes trans (et LGBTQ+ plus largement) et que les propos de l’autrice ne reflètent pas l’opinion des fans.

  •  Jackson Bird, youtuber, homme trans et ancien directeur de la Harry Potter Alliance, qui a rédigé un livre sur sa transition en utilisant Harry Potter comme fil conducteur.
  •  The Leaky Cauldron, deuxième site de fans anglophone et récipiendaire d’un prix de J.K. Rowling pour les fansites
  •  Mugglenet, premier site de fans anglophone et récipiendaire d’un prix de J.K. Rowling pour les fansites
  •  HPANA, agrégateur d’actualités du Wizarding World et récipiendaire d’un prix de J.K. Rowling pour les fansites
  •  Harry Latino, principal site hispanophone
  •  Potterish, principal site de fans brésilien et récipiendaire d’un prix de J.K. Rowling pour les fansites
  •  Animagos, site brésilien consacré au Wizarding World.
  •  The Harry Potter Alliance, association caritative qui se sert de Harry Potter pour défendre de nombreuses causes, dont celles de la communauté LGBTQ+
  •  Melissa Anelli, ancienne webmastrice du Leaky Cauldron, fondatrice de la LeakyCon, et l’une des rares fans à avoir interviewé J.K. Rowling et entretenu des liens avec elle.
  •  Harry & the Potters, groupe fondateur du wizard rock et de la Harry Potter Alliance
  •  Tonks & the Aurors, groupe de Wizard Rock féministe
  •  Lauren Fairweather, wrockeuse, qui propose un thread de groupes de wrock et de chansons de circonstance
  •  Wizrocklopedia, encyclopédie de Wizard Rock, qui rappelle que le fandom est indépendant de Rowling.
  •  Les Potter Puppet Pals, célèbres pour leurs vidéos humoristiques
  •  La LeakyCon, principale convention Harry Potter au monde
  •  Chris Rankin, incarnation de Percy Weasley à l’écran et acteur très impliqué dans le fandom.
  •  Katie Leung, incarnation de Cho Chang et très engagée dans la lutte pour les droits LGBTQ+, a rappelé le numéro d’appel à l’aide face à une crise de suicide « en ces temps difficiles« . **
  • Alors que Rowling recevait il y a quelques jours à peine une récompense pour son action humanitaire de la Robert F. Kennedy Human Rights association, elle a également été visée par des tweets de Human Rights Campaign et Amnesty UK qui rappellent l’importance de défendre les droits des personnes trans.

De nombreux fans et sites ont également repartagé à cette occasion un tweet de Emma Watson daté d’octobre 2018, célébrant la lutte pour les droits des personnes trans

Un peu de biologie et de théorie

Face à cette avalanche de condamnations, plusieurs personnes ont pris la défense de Rowling (et de Maya Forstater) en affirmant que le sexe est effectivement immuable, et qu’une personne née homme ne peut pas devenir une femme.

Ces affirmations, en plus d’être problématiques, sont erronées et montrent une méconnaissance profonde du sujet.

Avertissement : nous ne sommes pas des biologistes experts sur le sujet. Nous vous invitons à consulter des articles plus complets en la matière pour des explications précises et détaillées. L’explication suivante restera basique.

Tout d’abord, il faut distinguer le genre et le sexe. Le sexe est biologique, le genre est sociologique mais également propre à chaque individu. Il s’agit en parallèle d’un élément spécifique de l’identité d’une personne : son identité de genre (masculin/féminin/autre) pouvant être congruente ou non avec son sexe biologique.

Nous avons tous appris à l’école qu’un homme dispose de chromosomes XY, tandis qu’une femme dispose de chromosomes XX. C’est une grossière simplification. Il existe des personnes de chromosome XXY, XXX ou X0 ; la définition binaire du sexe correspond à une vérité scientifique dépassée et aujourd’hui contestée. Les hormones et bien d’autres facteurs (pas encore tous parfaitement identifiés par les scientifiques) jouent un rôle dans le développement des organes reproducteurs… qui ne font pas le sexe non plus ! Puisqu’il existe des femmes avec un pénis, des hommes avec des ovaires (voir tableau ‘the sex spectrum’ ou ce schéma). Le développement du cerveau joue également un rôle dans l’expression du genre, avec un impact sur les niveaux de testostérone, d’œstrogène, et d’autres hormones.

La nature nous démontre que le sexe peut être influencé par de nombreux facteurs extérieurs (comme la température des œufs pour les tortues ou les alligators) ; peut être hermaphrodite (comme pour les escargots) ; peut-être unique chez certaines espèces qui se reproduisent par parthénogenèse ; et peut même changer au cours d’une vie (comme chez les poissons clown)… l’argument selon lequel changer de sexe serait « contre nature » est donc infondé.

Bien qu’il soit de plus en plus accepté que le genre existe sur un spectre et ne se résume pas à masculin/féminin, certains ont encore du mal à concevoir qu’il en va de même du sexe, qui ne se résume pas à une catégorisation binaire homme/femme. Les TERFs, notamment, affirment soutenir l’idée de genre fluide ou non-binaire, mais pas de sexe fluide ou non-binaire ; et, dans les cas les plus extrêmes comme celui de Maya Forstater, se fondent sur le sexe pour désigner une personne, plutôt que sur leur genre.

Par ailleurs, la perception de la condition des personnes trans par les TERF est également, problématique. Leur vision est que « une personne née homme devient une femme en le déclarant, potentiellement sur un coup de tête« . En réalité, il s’agit d’une personne née femme, que la société a catégorisée comme masculine et/ou désignée comme masculine sur base de caractéristiques physiques, qui, après un processus plus ou moins long, parvient à affirmer son identité féminine.

Les craintes des TERFs

Souvent, les revendications des TERFs sont fondées dans la peur de voir des hommes tirer parti de la possibilité de “devenir femme sur simple base déclarative” pour commettre des agressions sexuelles : accéder aux vestiaires des femmes, toilettes pour femmes, etc…

Il n’est, bien entendu, jamais aussi simple que cela de transitionner, et toute personne qui le ferait avec de mauvaises intentions pourrait être identifiée. Un comportement indécent reste d’ailleurs légalement pénalisable, quel que soit le sexe ou le genre de la personne qui le commet.

Quelles que soient les craintes des TERFs, elles ne peuvent aucunement justifier le traitement discriminatoire envers les femmes trans, et c’est bien de cela qu’il s’agit ici. Rien n’excuse un comportement qui renforce la dysphorie causée par la dissonance entre un genre perçu, assigné et réel.

Nous revenons plus en détails sur ces craintes infondées dans notre décryptage du texte de J.K. Rowling sur le sujet.

Et maintenant, on fait quoi ?

Comme d’autres l’ont rappelé avant nous, on peut aimer un œuvre et être critique de celle-ci. On peut aimer une œuvre et être critique de son auteur/autrice.

Les propos transphobes de J.K. Rowling n’enlèvent rien au fait que la saga Harry Potter a servi de refuge à de nombreuses personnes LGBTQ+ ; que les messages qu’ils y ont trouvés leur a permis de s’affirmer, de se construire, de se rencontrer.

Par définition, le fandom n’appartient pas à J.K. Rowling : il appartient aux fans qui le composent. À eux, à nous, de continuer à bâtir une communauté inclusive des personnes LGBTQ+, et de dénoncer les propos et les actes qui vont à l’encontre des valeurs portées par cette saga que nous chérissons tous, aussi imparfaite qu’elle soit.

Notes
* Rappelons que le sexe d’une personne ne concerne qu’iel, leur partenaire et leur médecin.
** Retrouvez les numéros d’appel à l’aide de prévention suicide : en France, Belgique, Canada, Suisse

Mise à jour 26 mai 2020 :
Depuis la parution de cet article, J.K. Rowling a « liké » de nouveaux tweets d’activistes TERF. Elle leur a également adressé directement des tweets les remerciant de leur soutien et de leurs actions, ou échangeant des banalités avec iels.

P.S.
Vous avez trouvé cet article intéressant ? La Gazette est un site géré par une équipe de bénévoles, que vous pouvez soutenir financièrement sur Tipeee!
Mots-clésDixit J.K. Rowling
Vous avez aimé cet article ? Vous pouvez soutenir la Gazette du Sorcier sur Logo tipee.com
Soutenir la Gazette sur Tipeee

Laissez-nous un commentaire !

La Gazette c'est aussi...

Podcast
Podcast
Vidéo
@LaGazetteDuSorcier @GazetteSorcier GazetteDuSorcier @gazette_du_sorcier Flux RSS