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J.K. Rowling sort de son silence sur Twitter pour défendre une transphobe

CW : transphobie, intersexophobie
Cet article est rédigé par un homme cisgenre blanc, avec tous les privilèges que cela implique. Il a été relu par des personnes concernées, ce qui ne le rend néanmoins pas représentatif de l’expérience et de la perception de toutes les personnes trans.
Merci à Mananokee, ioane, LadyGreenChilli, Colin’s Fish, X et Zoé pour leurs relectures attentives.

Cet article est régulièrement mis à jour pour fournir un historique des prises de position transphobes de J.K. Rowling. Le but de ces mises à jour est de montrer qu’il n’est pas question d’un incident isolé mais bien d’une position maintenue et d’un engagement militant de la part de l’autrice.


Si vous fréquentez Twitter ou Reddit, vous avez sans doute vu passer hier ce tweet de J.K. Rowling.

A première vue, sans en connaître le contexte, on pourrait croire qu’il s’agit d’un tweet féministe qui ne mérite pas la polémique qu’il a déclenché. Les quatre premières phrases semblent effectivement parfaitement sensées mais pour les moins anglophones d’entre nous, la cinquième est plutôt ambiguë. On peut traduire le tweet de la façon suivante :

Habillez-vous comme vous voulez.
Désignez-vous comme vous voulez.
Couchez avec n’importe quel adulte consentant qui veut de vous.
Menez votre vie sereinement et en sécurité.
Mais renvoyer une femme parce qu’elle affirme que le sexe d’une personne est un fait ?

J.K. Rowling

En français, la dernière phrase apparaît déjà comme plus problématique pour toute personne éduquée à la question du genre. Mais elle l’est encore plus lorsqu’on se penche sur le contexte.

I stand with Maya

Ce hashtag de quelques mots « je suis avec Maya », fait référence à une ex-employée du Centre for Global Development, une organisation caritative qui lutte contre les inégalités sociales, Maya Forstater. À la fin de son contrat à durée limitée, Maya Forstater n’a pas été ré-engagée ; pour cause, ses propos tenus à l’encontre d’une personne trans dont elle avait régulièrement refusé de reconnaître le genre. Il est apparu qu’elle distribuait également des tracts militants à ses collègues, créant un malaise auprès de certain(e)s, qui lui avait été signalé par les équipes des ressources humaines.

Forstater a porté plainte contre son ancien employeur, pour discrimination sur base d’une opinion. Opinion qu’elle a réitérée dans plusieurs tweets, affirmant notamment que “les femmes trans restent des hommes” et que donner le droit à des hommes de se déclarer femme menace les droits des “vraies” femmes. Cette opinion, la distingue comme une TERF : féministes radicales exclusionnaires des personnes trans.

Forstater a perdu son procès (vous pouvez lire l’intégralité du jugement ici). Le juge a été estimé qu’elle n’était pas reconduite, non pas à cause de son opinion, mais bien en raison de son refus de reconnaître le genre et le sexe d’une personne légalement femme*, de manière répétée, « même si cela viole leur dignité, et/ou génère un environnement de travail intimidant, hostile, dégradant, humiliant et outrageant […] est indigne d’une société démocratique« . Sa conviction profonde a été jugée comme « si absolue qu’elle est incompatible avec la dignité humaine et les droits de ses pairs« .

À l’issue de ce procès, Forstater a réaffirmé que « le sexe est un fait biologique immuable. Il y a deux sexes, homme et femme. On ne peut pas changer de sexe. Il y a peu, ces affirmations étaient comprises comme des faits basiques par chacun. […] Ce jugement enfreint les droits des femmes et la liberté de croyance et d’expression« . (Maj 23/05/2022 🙂 Elle poursuit également son militantisme et indique clairement, par exemple, ne pas être en faveur d’une interdiction des thérapies de conversion.

Le tweet de J.K. Rowling… et les autres

Avec son tweet, c’est donc cette conviction profonde que J.K. Rowling soutient. Celle qui veut qu’une femme trans soit un homme. Elle présente aussi la situation comme un renvoi, alors qu’il s’agit d’un contrat non renouvelé.

C’est la première fois que Rowling exprime aussi clairement son opinion transphobe. Par le passé, elle avait liké des tweets de TERFs, mais son équipe de communication avait affirmé qu’il s’agissait d’une erreur : son doigt avait glissé « parce qu’elle ne maîtrisait pas tout à fait la technologie« . Quelques mois plus tard, elle s’était mise à suivre sur Twitter des profils de TERFs reconnus et, lorsque la polémique avait enflé, sa réponse fut d’en suivre encore plus.

Certains défendaient jusqu’alors qu’elle pouvait suivre ces comptes sans partager leur opinion, dans un but de recherche pour un nouveau roman, par exemple. Il n’y a maintenant plus aucun doute permis : Rowling est, elle-même, une féministe exclusionaire des personnes trans.

Ces accusations s’accompagnaient également d’accusations de pinkwashing et d’hypocrisie : l’hypocrisie de se prétendre progressiste pour maintenir son lectorat, sans l’être réellement. Vous pourrez lire un historique complet dans cet article de la Gazette. Le fait que son équipe de communication ait prétendu que Rowling avait fait une erreur de manipulation en likant le tweet d’une TERF, n’est pas un indicateur favorable.

En Écosse, où réside Rowling, le débat politique fait actuellement rage autour du Gender Recognition Act, qui doit permettre de simplifier la reconnaissance légale de l’identité des personnes trans. Cette prise de parole intervient donc dans un contexte politique et social tendu autour de la question ; le gouvernement écossais a publié sa proposition de loi le 17 décembre, pour une consultation populaire. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter le site de la Scottish Trans Association et leur page Facebook.
Le timing de ce tweet, ajouté au fait que l’autrice avait délaissé Twitter depuis plusieurs mois, n’a donc rien d’anodin.

Historique des prise de paroles militantes et transphobes

Malheureusement, J. K. Rowling ne s’est pas arrêtée là. De nombreux fans pensent que les accusations de transphobie ne se base que sur 1 ou 2 tweets alors qu’en réalité, c’est un militantisme systématique auquel se consacre l’autrice. Plus le temps passe, plus elle est explicite dans ses agressions et s’associe à des personnes radicalisées. Ses tweets d’avril 2022 sont particulièrement instructifs en la matière.

Ajouts du 18 mai 2020 :

Rowling a, une nouvelle fois, été pointée du doigt pour des membres de la communautés trans pour son activité sur Twitter.

Elle a liké plusieurs tweets désignant une femme trans comme un homme, de manière insultante, et propageant des mensonges à son sujet. Les tweets désignent Alex Drummond, une femme trans, comme « un homme adulte qui se dit lesbienne (oui, il a gardé tout ce qui pend et décidé de ne pas prendre d’hormones) » et « ce gars« .

Elle a également liké un tweet affirmant « les humains ont deux, et seulement deux, sexes, qui sont invariables« . Une sur-simplification de la définition du sexe (voir ci-dessous « Un peu de biologie et de théorie« ) qui sert d’argument pour discriminer à l’encontre des personnes trans.

Ajouts du 30 mai 2020 :

Lors d’une nouvelle altercations sur Twitter, J.K. Rowling a menacé une militante LGBT d’un procès pour avoir affirmé qu’elle « attaquait des personnes trans« .

Dans ce même échange, Rowling a repris la défense de Maya Forstater. Elle la qualifie de « personne qui croit simplement que les humains sont une espèce dimorphique mais s’est engagée à respecter les personnes trans« . Elle a également parlé de « représentation incorrecte de son opinion en matière de transgendérisme« .

A noter que :

  • La notion de dimorphisme chez les humain a été fortement remise en question par la communauté scientifique ces dernières années (voir ci-dessous), comme le font remarquer certains tweets en réponse. Cette idée ignore complètement les personnes intersexes et contribue à leur oppression.
  • « Respecter les personnes trans » implique de ne pas les mé-genrer, comme l’a régulièrement fait Maya Forstater et comme le font les tweets que J.K. Rowling like régulièrement. Maya Forstater a littéralement été déboutée de son procès pour son non-respect des personnes trans.
  • Le terme « transgendérisme » est fortement connoté. Issus de la psychiatrie, il est repris par la communauté TERF et associe le fait d’être transgenre à une condition, pas à une identité. De nombreuses associations et militant.e.s LGBT l’on fait remarquer en réponse (1, 2, 3, 4…)

Le tweet de la militante LGBT a été supprimé. Plusieurs internautes ont fait remarquer que Rowling se sert de sa fortune pour menacer, plutôt que de se positionner comme soutien des femmes trans, ce qui damerait le pion à ses critiques. Le fait qu’elle utilise les termes ci-dessus, et qu’elle copie par erreur des extrait d’articles sur l’agression d’une TERF par un femme trans, en la mé-genrant au passage, prouvent également qu’elle se « renseigne » sur le sujet.

Ajout du 07 juin 2020 :

C’est en plein mois es fiertés que J. K. Rowling a, une nouvelle fois, tenu des propos transphobes sur Twitter. Tout a commencé par sa volonté de « corriger » le titre d’un article appelant à « Créer un monde plus égalitaire après le Covid 19 pour les personnes qui ont des règles« .

L’autrice s’est empressée de souligner que, selon elle, il y a un mot pour « personnes qui ont des règles«  et qu’il s’agirait de « femme ». Ce faisant, elle a une nouvelle fois nié la réalité ou exclu du propos d’un article inclusif

  • les femme trans qui n’ont pas de règles
  • les hommes trans qui ont des règles mais sont des hommes
  • les personnes intersexes dont certain.e.s sont des hommes avec des règles, et d’autres des femmes qui n’en n’ont pas
  • les femmes qui n’ont pas de règles pour des raisons diverses et n’en sont pas moins des femmes
  • les personnes qui se définissent comme non-binaires (agenres, genderfluides…) qui ont des règles

Avoir des règles et être une femmes sont deux choses différentes, que Rowling mélangent ici allègrement.

L’autrice a poursuivi son argumentaire et sa rhétorique transphobe dans d’autres tweets. Nous leurs consacrons un article à part. Elle insiste notamment sur le fait qu’elle s’intéresse au sujet, et qu’on doit arrêter de dire qu’elle ne sait pas de quoi elle parle.

Ajout du 10 juin 2020 : le manifeste

Face à la vague de protestations et de condamnation de ses propos, J.K. Rowling a publié un long texte sur son site personnel pour justifier sa prise de position.

Nous décortiquons le texte dans sont intégralité ICI. Nous conseillons fortement de ne pas s’arrêter à son texte, et de lire/visionner au moins un décryptage factuel intégral de celui-ci. De nombreux médias ont traité le texte de manière très partielle et certaines phrases, prises hors contexte, envoient un message très différent de celui de l’autrice.

Ajout du 29 juin 2020 :

Après qu’un membre du parlement l’ait accusée d’utiliser son trauma pour justifier la discrimination, Rowling s’est indignée sur Twitter. L’un de ses tweets, pris hors contexte, a été retweeté par Stephen King, auteur que J.K. Rowling admire beaucoup. Elle s’est alors fendue d’un tweet dithyrambique pour le remercier, en tant que « homme qui a manifesté son soutien spontanément« .

Après qu’un lecteur demande à Stephen King ce qu’il pensait des tweets problématique de Rowling, il a simplement répondu « les femmes trans sont des femmes« … ce qui a eu pour effet immédiat de voir Rowling supprimer son tweet de remerciement et de se désabonner de Stephen King. (Elle s’est réabonnée le lendemain, après que de nombreuses personnes aient souligné la puérilité de sa réaction).

La réaction de l’autrice face à la phrase « les femmes trans sont des femmes » ne laisse que peu de doute quant à son combat. L’hypocrisie de la réaction, de la part d’une personne qui dénonce la « cancel culture« , également.

Ajout du 1er juillet 2020 :

Un compte Twitter « We the Women » a adressé ses remerciements à J.K. Rowling pour sa prise de position. Le tweet liké par l’autrice pointe du doigt la proposition de loi C8 qui, selon eux, « criminalise un thérapeute conseillant à un enfant d’accepter son corps« .

En réalité, la proposition (à lire ICI) criminalise spécifiquement les thérapies de conversion, dont le but est de « guérir » l’homosexualité ou la transsexualité par des méthodes pavlovienne, voire chirurgicales.

Lorsque votre prise de parole valide des groupes qui luttent contre une loi criminalisant les thérapies de conversion, il y a un gros problème. Certains internautes pointent du doigt le fait que le pseudonyme de J.K. Rowling, Robert Galbraith, est également le nom d’un psychiatre américain qui pratiquait les thérapies de conversion sur les homosexuels (à coup d’électrochocs notamment).

Le tweet de We the women dénonce également l’amendement C16, voté en 2016, qui indique simplement qu’il est illégal de discriminer sur base du genre d’une personne (en plus des critères de discrimination précédemment établis : couleur de peau, race, religion, origine, age, sexe, orientation sexuelle, handicap mental ou physique…). Encore une fois, être contre cette loi n’envoie pas un signal extrêmement positif.

Le compte We The Woman, qui se dit basé au Canada, a une majorité de followers en commun avec deux groupes britanniques exclusionnaires des personnes trans, dont la LGB Alliance (exclusion du « T », trans, de l’acronyme LGBT). La fondatrice de la LGB Alliance est notamment connue pour avoir déclaré que les personnes intersexes « doivent suivre un traitement médical«  (pour correspondre à leur « vrai » sexe qui ne peut être que homme ou femme).

Ajout du 07 juillet 2020 :

Alors que le parlement britannique lançait le 2 juillet un grand sondage pour savoir « comment les thérapies de conversion affectent la communauté LGBTQ+ et doivent-elles être légalement interdites ?« , déclenchant la colère de nombreux membres de la communauté LGBT (« la question se pose-t-elle vraiment ?« ), Rowling a choisi ce moment pour comparer les traitements hormonaux féminisant ou masculinisant à de telles pratiques.

Comparer un traitement pris volontairement, et qui sauve des vies, à de la torture, est un argument extrêmement dangereux qui n’a pas lieu d’être. Pour mieux comprendre le sujet, consultez le Wiki Trans.

Ajout du 30 août 2020 :

J.K. Rowling a du rendre le prix de la Fondation Robert F. Kennedy pour les Droits de l’Homme. La fondation estime en effet que la lutte pour les droits des personnes trans n’entre pas en conflit avec les droits des femmes. Lire notre article détaillé sur le sujet.

Ajout du 13 septembre 2020 :

Le nouveau livre de Rowling véhicule des clichés transphobes. Plus de détails dans notre article.

Ajout du 22 septembre 2020 :

Sur Twitter, l’autrice a partagé la photo d’un t-shirt proclamant fièrement « This witch does not burn » (Cette sorcière ne brûle pas). A priori féministe et innocent, ce t-shirt a malheureusement un histoire bien sombre. Il vient d’une boutique en ligne qui vend des produits ouvertement transphobes.

La liste des produits insultant et haineux est longue. Badges « F*uck your pronoun » qui invite à mégenrer. Badge « Sorry about your dick, bro » (Désolé pour ta bite, mec) sur fond de drapeau trans qui mégenre et rabaisse les individus à leurs organes génitaux. Badge « Trans men are my sisters » (Les hommes trans sont mes sœurs), qui mégenre les hommes trans…

Rowling insiste bien sur la boutique, puisqu’elle invite dans un deuxième tweet chacun.e à acheter le t-shirt spécifiquement sur cet e-shop.
Le fameux t-shirt trouve par ailleurs un sinistre écho dans les nombreux meurtre transphobes qui se sont produits ces derniers mois, lors desquelles des personnes trans ont été immolées (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, …). L’idée est théoriquement de comparer « désigner Rowling comme transphobes » à « une chasse au sorcières pour la brûler vive » ; mais c’est d’un mauvais goût des plus abjectes quand on sait que des femmes trans sont littéralement brûlées vives.

L’autrice appelle littéralement chacun à se montrer insultant envers les personnes trans. A agir d’une telle manière qui les exclus et ravive de potentiels traumas. Elle fait activement la promotion d’une boutique littéralement dédiée à ça.
Si ça ne vous donne pas la gerbe, pensez à d’autres traumas et comment une société civilisée est sensée se comporter à ce sujet. De la même manière qu’on ne se promène pas dans un orphelinat avec un badge « tes parents sont morts«  pour raviver le traumas d’enfants orphelins, une personne avec une once de décence ne mégenre pas volontairement quelqu’un.

Ajout du 09 décembre 2020 :

Dans une interview, Rowling est une nouvelle fois revenue sur son militantisme, affirmant que « de nombreuses femmes estiment que leurs droits sont menacés par l’idéologie du genre« . Elle poursuit donc sa campagne, en confondant « sentiment de » et réalité. La réalité est que les droits de ces femmes ne sont pas réellement menacés. Rowling préfère continuer à souffler sur les braises d’une peur irrationnelle plutôt que de s’informer sur les faits.

Ce n’est pas parce qu’un personne a « un sentiment d’insécurité » qu’elle est réellement en danger. Ce sentiment d’insécurité irrationnel trouve sa source dans ce qu’on appelle couramment une phobie.

Rowling exprime également son désir devoir « une conversation plus modérée autour de ces sujets » que sont l’augmentation des transitions de genre et les détransitions. Venant d’une personne qui a refusé à plusieurs reprises le dialogue avec des associations, appeler au dialogue est plutôt hypocrite. Le fait est que cette « conversation » a déjà (eu) lieu sans Rowling, et qu’elle indique que le postulat de départ de l’autrice est infondé.

Ajout du 15 juillet 2021 :

Suite à la prise de parole d’une autre autrice affirmant que « les violences gynécologiques et obstétriques n’arrivent qu’aux femmes parce qu’elles sont des femelles« , un homme trans souligne que ce n’est pas exact. (Les hommes trans étant des hommes qui peuvent avoir besoin de consulter un gynécologue, et des hommes trans ayant mis des enfants au monde ; il en va de même pour les personnes qui s’identifient comme non-binaires). Son tweet indique :

Vous n’avez manifestement rien appris de la réponse à J.K. Rowling. Il n’est pas faux de dire que ces violences touchent au sexe… Mais est-il compliqué de reconnaître que toutes les personnes en mesure de mettre au monde ne se retrouvent pas sous l’étiquette de « femme » ou « femelle » ?

@ftmlorastyrell sur Twitter

Rowling s’est donc précipitée sur le tweet pour affirmer qu’elle « a reçu un tsunami d’emails et de courriers positifs, qui montre que les femmes ont appris une chose : qu’elle ne doivent pas s’assoir et la fermer. » Cette prise de parole a déchaîné un déferlement de haine à l’encontre de cet homme trans, dont le tweet serait passé inaperçu si elle ne l’avait pas mis en lumière.

Rowling se place ici une nouvelle fois du côté de celles et ceux qui affirment « si on a un uterus, on est une femme / si on a un pénis, on est un homme » ; ignorant la différence entre sexe et genre, et balayant également les personnes intersexes et de genre non binaire.

Ajout du 19 juillet 2021 :

Rowling partage la capture d’écran d’une menace de mort qui lui est adressée. Elle se sert de celle-ci comme « preuve » que ceux qui défendent les droits des personnes trans sont dangereuses.

C’est, bien entendu, un argument fallacieux. Le menaces de mort sont condamnées par toutes les organisation de lutte pour les droits des personnes trans. N’importe qui peut d’ailleurs se revendiquer d’un mouvement, faire des menaces au nom de celui-ci, sans pour autant en faire partie (cf. les terroristes qui se proclament représentatifs des personnes musulmanes).
L’autrice préfère également ignorer ceux « du camps opposé » qui condamnent les menaces de mort, sans pour autant émettre de jugement sur ses soutiens à elle qui en font de même.

Toute personne proférant des menaces de mort devraient être condamnée pour celle-ci. Point. Il est hypocrite de prétendre que ces menaces ne se produisent « que dans l’autre camps » ; et dangereux de s’en servir pour inciter la haine.

Ajout du 28 juillet 2021 :

J.K. Rowling a pris la défense d’une parlementaire britannique, Rosie Duffield (Labour party), plusieurs fois pointée du doigt pour ses prises de paroles problématiques. Cette fois, la parlementaire se trouve au cœur d’une enquête menée au sein de son parti pour avoir liké les tweets d’un militant anti-trans américain, qui a, précédemment, incité des personnes trans au suicide et été arrêté pour avoir proféré des menaces terroristes. L’homme avait en effet parlé de d’assassiner deux personnes et de se rendre dans une école pour y déclencher une fusillade.

Rosie Duffield ne semble pas trouver problématique d’amplifier la voix et de s’associer à un homme connu pour sa violence et ses menaces. Rowling la soutient, quelque jours après avoir émis l’argument que « les militants pour les droits des personnes trans sont dangereux, car certains d’entre eux profèrent des menaces de mort« . Cette prise de position est une nouvelle hypocrisie de l’autrice ; ne devrait-elle pas, au contraire, condamner les propos et attitudes de cet homme, tout comme elle exige des personnes trans de désavouer ceux qui profère des menaces de mort ?

Ajout du 23 novembre 2021 :

Dans une série de tweets, J.K. Rowling compare « des personnes trans se prenant en photo devant chez elle » à « des menaces de mort ».

Elle n’a pourtant jamais dénoncé les centaines de fans qui ont dévoilé son adresse par le passé en se prenant devant en photo.

Décryptage sur la page de La Charte du Fandom.

Ajout du 13 décembre 2021 :

TW : viol

Alors que le fandom attendait avec impatience la première bande-annonce des Animaux Fantastiques : Les Secrets de Dumbledore, J.K. Rowling a choisi le lundi 13 décembre pour un nouveau tweet militant.

War is Peace. Freedom is Slavery. Ignorance is Strength. The Penised Individual Who Raped You Is a Woman.

(La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force. L’individu à pénis qui vous a violé est une femme.)

Reprenant une citation de 1984, par George Orwell, l’autrice s’insurge ainsi contre le fait que la police écossaise envisage de noter comme « femme » les femme trans qui auraient commis un viol.
Ses détracteurs ont souligné qu’un viol restait un viol, le genre du coupable importe peu. Un officier de police a d’ailleurs indiqué que, parmi tous les cas de viols dénoncés sur les six premières mois de 2021 (7 par jour en moyenne), pas un seul n’était du fait d’une personne trans.

Ses partisans soulignent que, dans la loi britannique, un viol ne peut être commis que s’il y a pénétration par un pénis, donc qu’une « vraie » femme ne peut pas commettre de viol. Cette affirmation est fausse (une femme peut-être condamnée pour viol si elle a participé à celui-ci) et écœurante : la définition du viol par la loi est arbitraire en plus d’être problématique, puisqu’elle permet à certaines femmes d’échapper à une condamnation pour viol.

Le tweet de Rowling est donc une nouvelle tentative d’associer les personnes trans à un crime et de les dépeindre comme dangereuses. Elle efface par ailleurs le vrai problème : la loi qui doit évoluer pour élargir la définition de viol.

Ajout, mars 2022 :

Peu avant et après le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, J.K. Rowling a diffusé, retweeté et amplifié de nombreux messages militants, reposant sur des mensonges et des arguments « épouvantail ».

Lorsque la responsable de l’égalité des femmes de l’opposition britannique (Parti Labour / travailliste / de gauche) a expliqué lors d’une interview radio qu’il n’y avait pas une unique définition de « femme », car cette définition dépend d’un contexte (médical, légal, sociétal…), Rowling a rebondi pour affirmer que « sous un gouvernement de gauche, cette journée serait celle des personnes dont on ne doit pas prononcer le nom« . Déformant le propos à l’extrême, elle a même retweeté une vidéo dans laquelle cette même responsable parlait explicitement de « la journée internationale des droits des femmes » en affirmant « vous ne savez pas définir une femme, comptez vous soutenir divers objets jusqu’à ce que l’un deux semble sonner juste ? » Deux intervention indicatrice de la mauvaise foi dont l’autrice fait désormais preuve en la matière.

Elle a également répété le mensonge selon lequel reconnaître l’identité des personnes trans serait une attaque contre les personnes homosexuelles, avant de retweeter de nombreuses personnes homosexuelles qui « pensent comme elle ».
C’est une absurdité. De la même manière qu’une personne hétérosexuelle qui n’est pas attirée par quelqu’un du genre / sexe opposé reste hétérosexuelle ; une personne homosexuelle qui n’est pas attirée par une personne du même genre / sexe reste homosexuelle. Elle est transphobe, en revanche, si elle justifie cette absence d’attirance par le déni de l’identité d’une personne trans.
Prétendre que l’attirance n’est qu’une question d’organes génitaux est également extrêmement réducteur et absurde. L’attirance se développe, en général, avant d’avoir vu une personne dénudée.

Le tout avant de répéter une nouvelle fois le mensonge selon lequel « faciliter la reconnaissance légale des personnes trans sur base déclarative ouvre les porte des lieux réservés aux femmes à des hommes« . Au Royaume-Uni, comme partout ailleurs, il n’est pas nécessaire de présenter un document d’identité pour rentrer dans un espaces genré (comme les toilettes des femmes). Tous les jours, des femmes utilisent les toilettes des hommes parce qu’il y a trop de file ; des hommes utilisent les toilettes des femmes parce que les leurs sont en nettoyage ; des personnes agenres utilisent les toilettes genrées dans lesquelles elles se sentent le plus à l’aise ; hommes, femmes et agenres partagent des toilettes non-genrées… La loi à laquelle Rowling s’oppose n’a aucune implication en matière d’accès aux espaces genrés ; c’est donc de la désinformation active.

Ajout du 08 avril 2022 :

A la veille de la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, Rowling a repartagé les déclaration d’un certain Dr. David Bell, qui tire la sonnette d’alarme quant au « grand nombre de personne autistes qui sont poussées à devenir trans ». Un discours bien entendu extrêmement problématique, puisqu’il sous-entend que les personnes autistes ne seraient pas en mesure de décider de leur corps et de comprendre leur identité. La mise en avant de ce discours est d’autant plus problématique que « l’expert » en question n’a jamais exercé auprès de personnes trans. Il ne fait que rapporter des « on dit » dont il n’a pas été le témoin direct.

Dans la foulée, l’autrice a partagé un tweet suggérant qu’il faudrait reclassifier la transidentité comme une maladie mentale : « la dysphorie de genre n’est plus traitée médicalement comme la maladie mentale qu’elle est« . Faut-il encore répéter à quel point une telle vision est stigmatisante et problématique…

Ajout du 08 avril 2022 :

TW : viol

Alors que le gouvernement britannique a retiré un projet de loi qui devait interdire les thérapies de conversion pour les personnes LGBT, avant de réintroduire un projet similaire en excluant spécifiquement les personne trans, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Londres pour protester contre cette marque évidente de discrimination.

Le jour même de cette manifestation, J.K. Rowling (qui avait assuré vouloir « marcher aux côté des personnes trans le jours où leurs droits seraient menacés ») organisait à Londres également un grand repas rassemblant des figures majeurs du mouvement TERF au Royaume-Uni. Parmi elle, Maya Forstater, bien entendu, une personne reconnue transphobe par un juge, mais aussi une représentante de l’association « Get the L out (of LGBT)« , qui souhaite dissocier les personnes Lesbiennes de la communauté LGBT.

Cette association affirme que la simple existence des personnes trans, et en particulier les femmes trans, constitue un viol de toutes les femmes. Peut-on encore prétendre, à ce stade, que Rowling ne soutien pas des militant(e)s transphobes ?

Ajout du 20 avril 2022 :

Un certain Dennis Kavanagh, se décriant comme « homosexuel militant », a été suspendu temporairement par Twitter après avoir indiqué que, s’il devait choisir d’éliminer le SIDA (une maladie qui a été particulièrement ravageuse pour la communauté LGBT) ou les personnes qui militent pour les droits des personnes trans, il choisirait d’éliminer ces dernières.

Il affirme que « au moins le SIDA ne castre pas les jeunes homosexuels innocents » (il en a juste tué des milliers). Cette phrase fait référence à l’idée absurde et fausse que les personnes homosexuelles sont « poussées à devenir trans » parce que les parents « préfèrent une fille trans à un fils gay ». Dans une société où l’homosexualité est relativement mieux acceptée que la transidentité, c’est une idée ridicule. Elle ignore également toutes les personnes trans qui sont asexuelles, ou dans des relations homosexuelles (une femme trans avec une femme ; un homme trans avec un homme…) donc qui « aurait été » hétérosexuelles si iels n’avait pas été trans.

Quel rapport avec J. K. Rowling ? Eh bien, lorsque Dennis Kavanagh a pu revenir sur Twitter, celle-ci l’a accueilli d’un joyeux « Welcome Back » suivi d’applaudissements.

Edit – 09/05/2022 : Dennis Kavanagh a, une nouvelle fois, été suspendu de Twitter, cette fois pour avoir explicitement menacé les membres de deux associations LGBT britanniques (Stonewall et Mermaids) ainsi que leurs alliés de « les clouer à un mur » et « les mutiler », et retweetant son propre message pour indiquer « ce ne sont pas des paroles en l’air ». Rowling lui souhaitera-t-elle une nouvelle fois la bienvenue avec autant d’enthousiasme si sa suspension prend fin ? Qu’elle que soit la réponse à cette question, une chose est sûre : elle s’entoure d’alliés bien violents pour quelqu’un qui dénonce les menaces sur internet.

Ajout du 23 avril 2022 :

Dans la foulée de l’incident précédent, J. K. Rowling a envoyé « tout son amour » à Caroline Farrow, une militant d’extrême droite américaine dont les fait d’armes incluent notamment :

Quelques heures plus tard, J. K. Rowling partageait un article révolté contre « La nouvelle homophobie » qui consisterait à « convertir les personnes homosexuelles en personnes trans » – plutôt ironique quant on vient d’envoyer « tout son amour » à une personne qui milite contre l’homosexualité. Selon l’article, il suffirait qu’un garçon « se mette du vernis à ongle » pour qu’on commence à le gaver d’hormones pour changer son sexe. Il affirme que, pour une minorité, la transition est une bonne option, mais que la majorité est en réalité menée vers la mauvaise voie et fini par « regretter et détransitionner ». Une idée que Rowling et les militants TERF avancent souvent.

C’est le contraire de ce qu’affirment les études : une étude sur 17 151 participants indiquent que 2242 (13.1%) ont détransitionné au cours de leur vie. Parmi ceux-ci, 1849 (82.5%) indiquent qu’ils ont dû détransitionner à cause de facteurs externes (pression des proches, manque d’accès aux hormones, allergie aux hormones, transphobie…). Seuls 336 indiquent au moins un facteur de détransition « interne » (doute quant à leur genre, peur de sa propre identité, ou tentative de suicide). Cependant, tous les participants s’identifiaient par la suite comme transgenre, et certains soulignaient que leur détransition n’était que temporaire. La détransition est donc loin d’être un phénomène majoritaire.

C’est donc un nouvel article de désinformation et militant clairement contre les personnes trans que Rowling a décidé de mettre en avant.

Ajout du 25 avril 2022 :

Celui-ci est plutôt long, car il nécessite du contexte en plus d’avoir de nombreux rebondissements. TW: définition légale du viol au Royaume-Uni.

Le premier jour de la « Semaine de la visibilité des personnes lesbiennes », Rowling a choisi de mettre en avant sa « grande amie », Allison Bailey, avec une photo indiquant « Allison Bailey marchant pour les droits des personnes LGB à San Francisco en 1991 » (notez l’exclusion du T pour « trans »).

Ce n’est pas un hasard : Allison Bailey est une militante TERF qui vient d’engager un procès contre Stonewall UK, une association pour la défense des droits LGBT+ au Royaume-Uni. Elle est la cofondatrice de la « LGB alliance« , qui milite pour exclure les personnes trans de la communauté LGBT et, par exemple, pour qu’elles ne soient pas couvertes par une éventuelle interdiction des thérapies de conversion. (Si vous avez suivi les raisonnements précédents jusqu’au bout, les TERF affirment que la transidentité est elle-même une thérapie de conversion menée contre les homosexuels).

Après qu’elle ait fondé cette « alliance », son employeur a annoncé lancer une enquête interne suite à des plaintes l’accusant de transphobie. Allison Bailey a estimé qu’il s’agissait là de discrimination à son encontre sur base de son sexe ou de son identité sexuelle, qui aurait été instiguée par Stonewall à travers sa charte d’inclusivité qu’avait signé l’employeur et qui pousserait à l’écarter parce qu’elle ne serait « pas le bon type de lesbienne ».

Dans son militantisme, Allison Bailey est connue pour avoir accusé « des personnes trans » d’avoir cherché à empoisonner son chien en jetant du chocolat dans son jardin (c’était en réalité un enfant du voisinage qui est venu s’excuser) et affirmé que « les 436 femmes poursuivies en justice pour viol au Royaume-Uni entre 2012 et 2018 doivent être des hommes, puisqu’une femme ne peut pas commettre un viol dans la loi anglaise« . (La loi anglaise défini le viol strictement par la pénétration ; cependant, son affirmation est mensongère, ce qu’elle a finalement été obligée d’admettre, car les femmes peuvent malgré tout être poursuivies comme « participantes » à un viol et que rien ne permet donc d’affirmer qu’il s’agit uniquement de femmes trans).

C’est donc cette personne que Rowling a souhaité célébrer, avant d’inviter ses abonnés à donner à la campagne de financement participatif pour payer les frais d’avocat de Allison Bailey (qui a déjà collecté plusieurs centaines de milliers de £) et indiquer qu’elle avait déjà elle-même participé. Le tout en affirmant que la Directrice de Stonewall UK, une femme cisgenre lesbienne, « qualifie l’attirance homosexuelle de racisme sexuel » (une affirmation crédible concernant, encore une fois, une personne lesbienne responsable d’une association de défense des droits des personnes LGBT – qui parlait en réalité du fait de rejeter une personne trans uniquement à cause de sa transidentité).

La réplique

La fondatrice de la Semaine de la visibilité des personnes lesbiennes, une certaine Linda Rey, a épinglé le tweet de J. K. Rowling en indiquant :

Je n’ai pas créé la #LesbianVisibilityWeek pour que des personnes comme J. K. Rowling s’en serve comme excuse afin d’attiser la haine au sein de notre communauté. Un exemple parfait de comment ne pas se comporter comme un allié. #IStandWithStonewall (NdT : Je suis avec Stonewall) – #LWithTheT (NdT : Les lesbiennes sont du côté des personnes trans)

Une remarque que Rowling n’a pas apprécié. Elle a commencé par se moquer :

Apparemment, c’est inciter à la haine que de partager la photo d’une lesbienne noire militante, donc voici une photo de Alex Drummond, blanc, barbu, lesbienne validé par Stonewall. (NdT : mégenrée pour refléter la réalité du tweet)

Alex Drummond est une femme trans qui a décidé de garder sa barbe. Elle avait déjà été la cible de J. K. Rowling par le passé (voir incident du 18 mai 2020). Certains ont pointé l’hypocrisie du fameux « Habillez-vous comme vous voulez. Désignez-vous comme vous voulez. » tweeté par Rowling en 2019 ; ainsi que du « je respecte le droit de chaque personne trans de vivre sa vie de manière authentique et confortable à ses yeux » (2020), ce qui ne l’empêche pas de s’attaquer à des personnes trans qui font exactement ça. D’autres soulignent qu’impliquer une personne externe à la discussion, qui n’a rien demandé que de vivre son identité tranquillement, sous le feu des projecteurs, est un comportement particulièrement déplacé.

On note également que Rowling introduit la notion de couleur de peau, comme s’il y avait eu le moindre commentaire à ce sujet. C’est une tactique rhétorique classique, pour faire croire que la critique ciblant le tweet était raciste. Mais l’autrice n’en avait pas encore fini.

Le renfort de la Baronne Nicholson

Emma Nicholson, cofondatrice avec J. K. Rowling de l’association Lumos, s’en est ensuite mêlé. Elle a demandé à Rowling, avec toute l’ironie du monde, de lui expliquer la photo de Alex Drummond car « elle n’avait jamais compris que les lesbiennes étaient en fait des hommes ».

Ce à quoi l’autrice a répondu, toujours avec sarcasme :

Très bonne question, Emma ! Définir les lesbiennes comme des femmes attirées par le même sexe est oppressif envers le groupe le plus marginalisé : les personnes avec un pénis et une barbe qui veulent baiser des femmes. Et avant que vous ne disiez « ne sont-ce pas là des hommes hétéros » [Non, car] ILS PORTENT DU MASCARA. Jo x

En plus de déformer au plus haut point, dans son sarcasme, les propos des personne trans (personne n’affirme que juste « porter du mascara » fait de qui que ce soit une femme), Rowling montre qu’elle est encore proche de la Baronne Nicholson.

Toute l’ironie, c’est que cette même baronne est réputée pour son homophobie. Elle a voté systématiquement contre le droit à l’union légale pour les personnes homosexuelles, Elle a défendu ces votes en affirmant que « grandir avec deux mamans lesbiennes n’est pas normal ou naturel pour un enfant« . Elle affirme cependant qu’elle n’est pas homophobe car « homo veut dire homme, et l’homophobie est donc la peur des hommes, alors que les lesbiennes sont des femmes » (authentique). Autant dire que ce n’est pas la personne la plus adéquate pour échanger sur le sujet des droits des personnes lesbiennes.

Certains ont d’ailleurs partagé en réponse une photo de militantes lesbiennes protestant dans le jardin de la baronne en 1995.

Fin des mises à jour.

Une levée de bouclier de tout le fandom

Face à cet aveu, de nombreux sites de fans, wrockers, comptes Twitter, acteurs de la saga et associations ont pris position pour condamner unanimement les propos de l’autrice qui, on le répète, défend une personne condamnée pour un comportement discriminatoire en relayant une version mensongère de la situation. Tous réaffirment l’ouverture du fandom actif aux personnes trans (et LGBTQ+ plus largement) et que les propos de l’autrice ne reflètent pas l’opinion des fans.

  •  Jackson Bird, youtuber, homme trans et ancien directeur de la Harry Potter Alliance, qui a rédigé un livre sur sa transition en utilisant Harry Potter comme fil conducteur.
  •  The Leaky Cauldron, deuxième site de fans anglophone et récipiendaire d’un prix de J.K. Rowling pour les fansites
  •  Mugglenet, premier site de fans anglophone et récipiendaire d’un prix de J.K. Rowling pour les fansites
  •  HPANA, agrégateur d’actualités du Wizarding World et récipiendaire d’un prix de J.K. Rowling pour les fansites
  •  Harry Latino, principal site hispanophone
  •  Potterish, principal site de fans brésilien et récipiendaire d’un prix de J.K. Rowling pour les fansites
  •  Animagos, site brésilien consacré au Wizarding World.
  •  The Harry Potter Alliance, association caritative qui se sert de Harry Potter pour défendre de nombreuses causes, dont celles de la communauté LGBTQ+
  •  Melissa Anelli, ancienne webmastrice du Leaky Cauldron, fondatrice de la LeakyCon, et l’une des rares fans à avoir interviewé J.K. Rowling et entretenu des liens avec elle.
  •  Harry & the Potters, groupe fondateur du wizard rock et de la Harry Potter Alliance
  •  Tonks & the Aurors, groupe de Wizard Rock féministe
  •  Lauren Fairweather, wrockeuse, qui propose un thread de groupes de wrock et de chansons de circonstance
  •  Wizrocklopedia, encyclopédie de Wizard Rock, qui rappelle que le fandom est indépendant de Rowling.
  •  Les Potter Puppet Pals, célèbres pour leurs vidéos humoristiques
  •  La LeakyCon, principale convention Harry Potter au monde
  •  Chris Rankin, incarnation de Percy Weasley à l’écran et acteur très impliqué dans le fandom.
  •  Katie Leung, incarnation de Cho Chang et très engagée dans la lutte pour les droits LGBTQ+, a rappelé le numéro d’appel à l’aide face à une crise de suicide « en ces temps difficiles« . **
  • Alors que Rowling recevait il y a quelques jours à peine une récompense pour son action humanitaire de la Robert F. Kennedy Human Rights association, elle a également été visée par des tweets de Human Rights Campaign et Amnesty UK qui rappellent l’importance de défendre les droits des personnes trans.

De nombreux fans et sites ont également repartagé à cette occasion un tweet de Emma Watson daté d’octobre 2018, célébrant la lutte pour les droits des personnes trans

Un peu de biologie et de théorie

Face à cette avalanche de condamnations, plusieurs personnes ont pris la défense de Rowling (et de Maya Forstater) en affirmant que le sexe est effectivement immuable, et qu’une personne née homme ne peut pas devenir une femme.

Ces affirmations, en plus d’être problématiques, sont erronées et montrent une méconnaissance profonde du sujet.

Avertissement : nous ne sommes pas des biologistes experts sur le sujet. Nous vous invitons à consulter des articles plus complets en la matière pour des explications précises et détaillées. L’explication suivante restera basique.

Tout d’abord, il faut distinguer le genre et le sexe. Le sexe est biologique, le genre est sociologique mais également propre à chaque individu. Il s’agit en parallèle d’un élément spécifique de l’identité d’une personne : son identité de genre (masculin/féminin/autre) pouvant être congruente ou non avec son sexe biologique.

Nous avons tous appris à l’école qu’un homme dispose de chromosomes XY, tandis qu’une femme dispose de chromosomes XX. C’est une grossière simplification. Il existe des personnes de chromosome XXY, XXX ou X0 ; la définition binaire du sexe correspond à une vérité scientifique dépassée et aujourd’hui contestée. Les hormones et bien d’autres facteurs (pas encore tous parfaitement identifiés par les scientifiques) jouent un rôle dans le développement des organes reproducteurs… qui ne font pas le sexe non plus ! Puisqu’il existe des femmes avec un pénis, des hommes avec des ovaires (voir tableau ‘the sex spectrum’ ou ce schéma). Le développement du cerveau joue également un rôle dans l’expression du genre, avec un impact sur les niveaux de testostérone, d’œstrogène, et d’autres hormones.

La nature nous démontre que le sexe peut être influencé par de nombreux facteurs extérieurs (comme la température des œufs pour les tortues ou les alligators) ; peut être hermaphrodite (comme pour les escargots) ; peut-être unique chez certaines espèces qui se reproduisent par parthénogenèse ; et peut même changer au cours d’une vie (comme chez les poissons clown)… l’argument selon lequel changer de sexe serait « contre nature » est donc infondé.

Bien qu’il soit de plus en plus accepté que le genre existe sur un spectre et ne se résume pas à masculin/féminin, certains ont encore du mal à concevoir qu’il en va de même du sexe, qui ne se résume pas à une catégorisation binaire homme/femme. Les TERFs, notamment, affirment soutenir l’idée de genre fluide ou non-binaire, mais pas de sexe fluide ou non-binaire ; et, dans les cas les plus extrêmes comme celui de Maya Forstater, se fondent sur le sexe pour désigner une personne, plutôt que sur leur genre.

Par ailleurs, la perception de la condition des personnes trans par les TERF est également, problématique. Leur vision est que « une personne née homme devient une femme en le déclarant, potentiellement sur un coup de tête« . En réalité, il s’agit d’une personne née femme, que la société a catégorisée comme masculine et/ou désignée comme masculine sur base de caractéristiques physiques, qui, après un processus plus ou moins long, parvient à affirmer son identité féminine.

Les craintes des TERFs

Souvent, les revendications des TERFs sont fondées dans la peur de voir des hommes tirer parti de la possibilité de “devenir femme sur simple base déclarative” pour commettre des agressions sexuelles : accéder aux vestiaires des femmes, toilettes pour femmes, etc…

Il n’est, bien entendu, jamais aussi simple que cela de transitionner, et toute personne qui le ferait avec de mauvaises intentions pourrait être identifiée. Un comportement indécent reste d’ailleurs légalement pénalisable, quel que soit le sexe ou le genre de la personne qui le commet.

Quelles que soient les craintes des TERFs, elles ne peuvent aucunement justifier le traitement discriminatoire envers les femmes trans, et c’est bien de cela qu’il s’agit ici. Rien n’excuse un comportement qui renforce la dysphorie causée par la dissonance entre un genre perçu, assigné et réel.

Nous revenons plus en détails sur ces craintes infondées dans notre décryptage du texte de J.K. Rowling sur le sujet.

Et maintenant, on fait quoi ?

Comme d’autres l’ont rappelé avant nous, on peut aimer un œuvre et être critique de celle-ci. On peut aimer une œuvre et être critique de son auteur/autrice.

Les propos transphobes de J.K. Rowling n’enlèvent rien au fait que la saga Harry Potter a servi de refuge à de nombreuses personnes LGBTQ+ ; que les messages qu’ils y ont trouvés leur a permis de s’affirmer, de se construire, de se rencontrer.

Par définition, le fandom n’appartient pas à J.K. Rowling : il appartient aux fans qui le composent. À eux, à nous, de continuer à bâtir une communauté inclusive des personnes LGBTQ+, et de dénoncer les propos et les actes qui vont à l’encontre des valeurs portées par cette saga que nous chérissons tous, aussi imparfaite qu’elle soit.

Notes
* Rappelons que le sexe d’une personne ne concerne qu’iel, leur partenaire et leur médecin.
** Retrouvez les numéros d’appel à l’aide de prévention suicide : en France, Belgique, Canada, Suisse

Mise à jour 26 mai 2020 :
Depuis la parution de cet article, J.K. Rowling a « liké » de nouveaux tweets d’activistes TERF. Elle leur a également adressé directement des tweets les remerciant de leur soutien et de leurs actions, ou échangeant des banalités avec iels.

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