Codenames Harry Potter – le studio reversera ses bénéfices à des associations LGBTQIA+
Le 22 juillet dernier (date anniversaire de la Gazette du Sorcier – coïncidence ? Probablement), le studio Czech Games Editions (CGE), éditeur de jeux de société et propriétaire de la licence Codenames, a annoncé l’arrivée de son nouveau Codenames: Back to Hogwarts (Retour à Poudlard). Mais ils ne s’attendaient pas à l’accueil hostile qui a été réservé au jeu.
En effet, de très nombreux ludistes et membres influents de la communauté du jeu de société ont rapidement rappelé que payer la licence Harry Potter aujourd’hui, c’est financer le militantisme transphobe de J.K. Rowling. L’autrice a récemment indiqué que ses droits servaient notamment à alimenter un fond destiné à soutenir des actions en justice contre des personnes transgenres ou des organismes inclusifs. Ces derniers jours, elle a, par exemple, consacré énormément de temps à diaboliser Marks & Spencer et une employée (une femme de grande taille, potentiellement transgenre) qui a eu l’audace de demander « puis-je vous aider ? » à une fille de 14 ans et sa mère dans le rayon sous-vêtements, allant jusqu’à appeler au boycott de la marque.
Dans ce contexte, les critiques ont déferlé sur les publications de CGE, Codenames, ainsi que sur les forums ludistes. Des milliers de joueurs et joueuses ont exprimé leur déception, affirmant qu’un jeu de société sous licence Harry Potter n’était pas le bienvenu aujourd’hui. Des créateurs de contenus et médias spécialisés ont annoncés qu’iels ne médiatiseraient plus aucun jeu du studio CGE. Face à cette mobilisation, CGE a finalement répondu.
De l’huile sur le feu
Dans un premier temps, CGE publié un communiqué maladroit, qui évitait clairement les mentions de « Harry Potter » ou de « J.K. Rowling« , expliquant que :
« Le monde de magie représenté dans le futur jeu a toujours été une source d’inspiration. […] Nous savons que de nombreuses personnes à travers le monde partagent le même sentiment à propos de cet univers, même parmi ceux qui ont été blessés par les opinions publiques et les actions de sa créatrice. »
L’éditeur a ensuite banni de nombreux utilisateurs de ses réseaux sociaux. Dans le lot, des créateurs de contenus avec plusieurs centaines de milliers d’abonnés qui faisaient parfois la promotion de ses jeux.
Ces actions n’ont, bien entendu, pas du tout apaisé les critiques. Ludicaires, gestionnaires de bars à jeux, influenceurs ludistes, associations, artistes et autres acteurs du milieu du jeu de société ont publié une tribune affirmant que « Produire, vendre ou acheter un jeu de société Harry Potter, c’est dire aux personnes transgenres qu’elles n’ont pas leur place à la table de jeu. » Les appels à ne plus proposer de concepts à CGE, ne plus collaborer avec eux et ne plus acheter leurs jeux se sont multipliés et une manifestation publique devait avoir lieu devant leur stand lors de la Gen Con (31 juillet – 3 août 2025), principale convention du jeu de société en Amérique du Nord.
Finalement, CGE a reconnu sa maladresse le 31 juillet, expliquant que l’équipe cherchait la meilleure option pour apporter une réponse aux remarques. «Nous n’avons jamais voulu causer du tort, mais c’est ce que nous avons fait avec notre récente annonce. […] Nous comprenons que nos actes ont alarmé des gens, et nous travaillons à une solution concrète avec plusieurs membres des communautés concernées.»
Une solution imparfaite, mais saluée
La décision finale a été annoncée le 8 août : CGE reversera l’intégralité des bénéfices du jeu à des associations qui aident et protègent les personnes transgenres, notamment en les hébergeant. Le studio s’engage même à ce que le montant versé soit égal ou supérieur aux droits d’achat de la licence Harry Potter.
Leurs équipes reconnaissent par ailleurs leur mauvaise gestion des critiques : «De nombreux comptes et commentaires ont été bloqués ou masqués, alors qu’ils n’auraient pas dû l’être. Nous ne voulons pas que quiconque affecté par la situation ait le sentiment de ne pas être écouté.»

Globalement, cette décision a été saluée, même si certains soulignent que le mal est fait : Rowling touchera ses droits quoi qu’il arrive. Leur espoir est de ne plus voir ce type de collaboration voir le jour à l’avenir. D’autres se réjouissent de pouvoir découvrir cette nouvelle édition du jeu, en sachant que les bénéfices soutiendront des associations.
Ironiquement, des soutiens de J.K. Rowling ont annoncé vouloir boycotter le jeu, en accusant le studio d’avoir cédé à la pression. Ce faisant, ils cherchent à employer la même méthode que celle qu’ils dénoncent (la menace de boycott) dans le seul but de… ne pas soutenir des associations qui aident des personnes LGBT à la rue ! Ils affirment également que « les détracteurs de J.K. Rowling n’avaient qu’à ne pas acheter le jeu, » ce qui est précisément le principe du boycott qui se dessinaient et qu’ils dénoncent…
Codenames se renouvèle avec l’édition Back to Hogwarts
Quoi qu’il en soit, l’issue choisie semble être la meilleure possible dans les circonstances actuelles :
- Le studio ne pouvait probablement pas annuler la sortie, contractuellement, mais essaie de compenser financièrement l’impact de son jeu sur une communauté marginalisée.
- Le jeu sort, ce qui devrait satisfaire les fans qui souhaitent toujours profiter d’expériences dans le monde de Harry Potter ou d’une nouvelle variante de Codenames.
Car il faut admettre que ce nouveau Codenames a le mérite de ne pas simplement appliquer la licence à une mécanique déjà toute prête. Si le principe de base reste le même (faire deviner plusieurs mots d’un tableau à l’aide du moins d’indices possibles, sans désigner les mots piège), cette édition s’accompagne de plusieurs nouveautés :
- Deux capacités spéciales pour chaque maison, créant un jeu asymétrique avec de potentiels retournements de situation inédits.
- Des sabliers et points de maison, pour des parties en plusieurs manches.
- Un storytelling repensé : les mots neutres sont désormais des portes fermées ou des impasses dans les couloirs de Poudlard, et le mot-piège est représenté par Rusard, qui surprend les élèves hors de leur dortoir.
- Quatre équipes, plutôt que deux, augmentant encore la re-jouabilité.



Comme pour l’édition Codenames Harry Potter de 2018, une face «mot» et une face «image» sur les cartes à faire deviner permet de jouer avec des enfants ou des personnes qui connaissent moins la saga.
Le jeu sera commercialisé début 2026 en France.
Quel sera l’impact de cette mobilisation ?
La question des conséquences de cette polémique se pose aujourd’hui. En France, le jeu sera distribué par Iello, qui ne s’est pas du tout prononcé sur le sujet. C’est néanmoins la première fois qu’un détenteur officiel de la licence se positionne aussi clairement et renonce à ses bénéfices face aux dénonciations de sa communauté. D’autres marques suivront-elles le mouvement ? Ou le petit milieu du jeu de société est-il unique, notamment de par son écosystème restreint ?
Il ne fait aucun doute que les détenteurs des droits et les exploitants de la licence auront suivi cette affaire de près. Et il est probable que CGE ne proposera plus de jeu Harry Potter après celui-ci : quel intérêt de proposer un produit basé sur la saga s’il ne rapporte rien ? (Notez que le studio pourrait malgré tout y gagner si les donations sont déductibles et si Codenames: Back to Hogwarts converti de nouveaux joueurs et joueuses à ses autres éditions).
Ce que certains considéreront comme un épisode anecdotique pourrait avoir des implications beaucoup plus profondes et des conséquences à long terme.
Sources : Czech Games Editions, Gus&Co, BoardGameWire, Ludovox

