Logo Gazette du Sorcier
Fandival
menu fermer
La Gazette Logo du Sorcier
L'actualité Harry Potter et Animaux fantastiques depuis juillet 2000 !
Accueil / Les grands articles de la Gazette / Archives / Éditoriaux / Édito : Le paradoxe d’un média Harry Potter pro-LGBTQIA+

Édito : Le paradoxe d’un média Harry Potter pro-LGBTQIA+

Depuis bientôt 5 ans, l’équipe de La Gazette du Sorcier dénonce régulièrement le militantisme transphobe de J.K. Rowling. Nous avons, très tôt, expliqué comment nous souhaitions faire évoluer notre ligne éditoriale au vu de cette réalité indéniable. Ce choix éditorial nous a valu des félicitations, des remerciements, des critiques, des insultes… Il ne laisse personne indifférent.

Récemment, dans le cadre d’une séance de questions ouvertes sur Instagram concernant notre événement anniversaire, Les 25 balais de la Gazette – Festival pour sorcières et sorciers facétieux, nous avons reçu la question suivante :

Est-ce que vous allez arrêter de mettre en avant du merchandising qui finance le lobby anti-trans ?

Il nous semblait important de répondre à cette question de manière aussi transparente et complète que possible.

Une question légitime

Face à cette question, certains pourraient, dans un premier temps, rejeter le sujet comme trop extrême. Après tout, ce n’est pas parce qu’on aime Harry Potter qu’on soutient J. K. Rowling. Et c’est vrai. Il y a de très nombreux fans qui aiment la saga, mais ne sont pas pour autant d’accord avec le combat de l’autrice. Dès lors, ne peut-on pas simplement « séparer l’œuvre de l’autrice » et joyeusement profiter de cet univers ?

En réalité, contrairement à d’autres auteurs et autrices problématiques par certains aspects, Rowling est toujours bien vivante, et elle utilise activement sa célébrité et son argent pour financer la lutte contre les droits des personnes transgenres (mais aussi, plus ou moins directement, d’autres personnes de la communauté LGBTQIA+).

Ainsi, elle a publiquement donné 70 000 £ à l’association For Women Scotland, afin de financer leur combat devant la cours suprême britannique. Le but ? Obtenir une décision qui affirmerait légalement que les femmes transgenres ne sont pas des femmes et peuvent donc être discriminées dans certaines circonstances, notamment pour l’accès aux toilettes publiques. Elles ont récemment obtenu gain de cause et célébré à grands renforts de tweets et de champagne. Rowling a également indiqué par le passé que, à ses yeux, l’argent qu’elle perçoit pour Harry Potter est une preuve de la popularité de son combat.

L’autrice a également lancé ces derniers jours un « fond » pour financer d’autres actions en justice de ce type. Le constat est donc indéniable : acheter des produits Harry Potter, c’est financer le lobby anti-trans et c’est contribuer à renforcer Rowling dans sa certitude d’avoir une « majorité silencieuse » derrière elle.

Les conséquences de la décisions de la Cour Suprême britannique

Il peut être utile d’évoquer brièvement les conséquences de ce combat, puisque la décision des juges affectera, en réalité, bien plus que les femmes transgenres. Cependant, cette décision récente n’étant pas le sujet principal de notre article, nous plaçons ces éléments sous spoiler pour ceux qui souhaiteraient raccourcir leur lecture.

Effacement des personnes intersexes

Dans sa décision, la cours suprême britannique a affirmé que la définition légale se base sur « la biologie« . Les juges n’ont cependant offert aucune définition « biologique » exhaustive et, la première conséquence de cet aspect, c’est l’effacement complet des personnes intersexes. Par exemple, une femme qui serait née avec des testicules internes et des chromosomes XY pourrait être légalement définie comme « un homme, » alors qu’elle a toujours été éduquée, perçue et a vécu en tant que femme, et qu’elle se définit comme tel.
Selon la cour suprême britannique, cette femme doit être exclue des refuges pour femmes ; des toilettes pour femmes ; des équipes sportives féminines ; des bourses destinées aux femmes, etc…

« Pas assez féminines »

Les juges ont aussi cru bon de préciser que même des « femmes selon la définition biologique » pouvaient légitimement être exclues de ces espaces et services pour femmes, dès lors que ces personnes ont « une apparence masculine. » L’objectif est d’autoriser la discrimination à l’encontre des hommes transgenres, qui sont « biologiquement femmes » selon cette nouvelle interprétation de la loi… sauf que, par conséquence, des femmes cisgenres perçues comme « masculines » peuvent aussi être exclues de ces services.

Et les cercles militants proches de J. K. Rowling ne s’en cachent pas, comme le prouve ce tweet de Maya Forstater… celle que l’autrice a défendu au tout début de la polémique en affirmant « habillez-vous comme vous voulez« . Voilà cette même Maya qui explique :

Se voir interdire d’utiliser les [toilettes/vestiaires] des hommes ne vous donne pas le droit d’utiliser les espaces des femmes (et inversement). Ça peut paraître injuste, mais c’est un choix de vie. Si vous faites un effort pour ressembler à un homme, ne soyez pas surpris si on vous interdit l’accès aux [toilettes/vestiaires] des femmes.

On résume : « habillez-vous comme vous voulez, mais pas trop non plus. Évitez les cheveux courts aussi.« .

Des femmes cisgenres victimes de cette décision

De nombreuses femmes cisgenres ou personnes non-binaires assignées femmes à la naissance* sont déjà victimes d’agressions et de discrimination parce qu’elles sont « trop masculines.«  (*Ndlr : ce qui signifie, grossièrement, que ces personnes n’avaient pas de pénis à la naissance et donc qu’elles ont été identifiées comme femmes, sans autres indicateurs biologiques.) C’est une réalité (exemples : 1, 2, 3, 4, 5…). Cette décision de justice légitime ces agressions.

Selon nous, il n’y a rien à célébrer dans la légalisation de la discrimination à l’encontre des femmes transgenres, des femmes cisgenres, des personnes intersexes, des hommes transgenres et des personnes non-binaires.

Parler de Harry Potter, c’est déjà trop ?

Cependant, la question ne parle pas d’acheter des produits dérivés ; simplement de les mettre en avant. Alors, est-ce aussi problématique ? Après tout, on peut parler d’un objet sans l’acheter, et donc sans financer directement le lobbying anti-trans. Certes, mais il faut admettre que, lorsqu’on parle d’un produit à un large public, on peut donner envie de l’acheter. Il y a, par ailleurs, une différence entre un quidam qui parlerait d’un nouvel objet Harry Potter et un média comme la Gazette ou un créateur de contenu influent.

Le fait de parler de ces produits confirme d’ailleurs aux marques leur intérêt commercial et contribue à leur popularité. Si les produits Harry Potter font parler d’eux, alors les marques vont continuer à acheter la licence, et donc à verser de l’argent à J. K. Rowling.

Gobelins gringotts

Mais il serait faux d’affirmer que le merchandising est le seul sujet. Parler de la saga d’une quelconque façon entretient sa popularité et contribue donc, plus ou moins directement, à nourrir le combat de l’autrice. Tant que la franchise est populaire et fait parler d’elle, des marques seront intéressées et développeront des produits. Des maisons d’édition publieront de nouvelles éditions. Même les contenus de fans gratuits et engagés comme les fanarts, les fanfictions ou les analyses entretiennent le phénomène. Alors, où tracer la limite ? Ne faudrait-il pas tout bonnement arrêter de parler de la saga ?

La question qui se pose alors, pour nous, n’est pas celle d’arrêter de parler de merchandising, mais de dissoudre notre association et de mettre fin à l’activité de notre média. Contrairement à certains créateurs de contenus, nous ne pouvons pas basculer sur une autre passion, sur un autre univers…

Conserver notre voix

Nous avons fait le choix, à l’heure actuelle, de poursuivre notre activité, et donc de continuer à parler de la saga, sans détourner le regard sur la problématique de l’autrice, et en mettant autant que possible en avant les initiatives de fans. Notre approche n’est pas parfaite et il est important de la questionner régulièrement. Cependant, elle nous permet de dénoncer les propos de Rowling au sein du fandom, et d’informer des fans moins sensibilisés à la question qui, autrement, trouveraient presque exclusivement des sites favorables à l’autrice (ou qui passent ses actions sous silence). A l’heure ou les médias conservateurs se renforcent, nous espérons ainsi participer à l’information sur les réalités LGBTQIA+ qui restent encore méconnues et peu visibles.

Cela implique inévitablement des compromis. Si nous voulons que notre message résonne auprès de fans moins sensibilisés, nous devons aussi parler de sujets qui les engagent autrement. Nous constatons également que notre positionnement apporte du positif à certaines personnes concernées, comme en témoignent certains messages de soutiens et commentaires que nous recevons. Nous voulons nous tenir à leurs côtés et rester une voix pour elles et eux.

On doit alors soulever le sujet de la « pureté militante« . Faut-il être irréprochable pour militer ? Renoncer entièrement à la voiture pour être écolo ? Les végétaliens sont-ils moralement supérieurs aux végétariens dans la lutte pour la cause animale ? Aux yeux de certains, oui ; pour d’autres, dénoncer et tenter d’apporter une pierre à l’édifice est déjà une contribution de valeur. La comparaison pourrait paraître inadéquate, la voiture étant parfois indispensable pour se déplacer, mais, pour certains, l’univers de Harry Potter est un refuge psychologique important ; c’est une passion qui peut être le liant de leur groupe social.

Un choix qui reste personnel

Nous sommes conscients du rapport très différent que chacun entretient avec la saga. Certains vivent leur passion à travers la fanfiction ; d’autres à travers le voyage ; d’autres collectionnent les éditions étrangères des livres tandis que d’autres encore préfèrent les répliques d’accessoires des films. Exiger des fans qu’ils boycottent les produits officiels, c’est leur demander des efforts très différents en fonction de leur vécu. Une personne qui n’est aucunement attirée par le merchandising et n’en achète jamais, quoi qu’il arrive, est-elle plus légitime qu’un collectionneur invétéré qui fait l’effort d’acheter trois fois moins ?

Il revient, selon nous, à chacun de consommer (ou non) en son âme et conscience. Nous ne sommes pas là pour dicter un comportement, mais pour informer, afin que chacun puisse ensuite faire le choix éclairé d’acheter ou non. Il est d’ailleurs possible de se procurer des objets en seconde main (à quelques exceptions près, comme les produits alimentaires) ou de profiter de certaines expériences officielles sans financer directement Rowling. Par exemple, les parcs à thèmes Universal ne lui versent rien sur les tickets d’entrée ; une visite d’un Wizarding World of Harry Potter ne finance donc pas l’autrice, à condition de n’acheter aucun souvenir lié à la saga sur place.

Lecture sans obligation d’achat

A l’heure actuelle, nous n’avons donc pas prévu d’arrêter complètement de parler d’expériences ou de produits officiels. Pour notre événement anniversaire, nous avons fait le choix de ne pas nous associer à des boutiques de produits dérivés et de solliciter uniquement des artisans et créateurs dans le cadre du marché magique. Néanmoins, nous dépendons de partenaires officiels pour certaines dotations importantes ; nous ne pouvons pas attendre d’artisans indépendants des contributions aussi conséquentes. Une librairie sera également présente, pour accompagner les dédicaces d’auteur.ice.s et illustrateur.ice.s.

En ligne, il est à noter qu’une majeure partie des revenus de notre association provient de l’affiliation. Lorsque des lecteur.ice.s achètent des produits via nos liens (Amazon, FNAC, Cultura, LEGO…), nous recevons une commission. Pour faire tourner l’association à l’heure actuelle, nous devons proposer ces liens. Si vous souhaitez nous aider à nous affranchir de cette dépendance (parce que, non, on n’aime pas particulièrement faire de la pub à certaines plateformes), vous pouvez nous faire un don via Helloasso !

Au final, nous sommes conscients que nous ne pourrons jamais satisfaire tout le monde. Notre approche a ses défauts et, si ceux-ci sont rédhibitoires à vos yeux, nous le comprenons parfaitement. Nous espérons qu’informer et dénoncer pousse notre communauté à réfléchir et à repenser sa consommation, le cas échéant, en optant pour les options les moins préjudiciables selon chacun.e, y compris celle de ne pas acheter ou de privilégier la seconde main.

Mais nous ne souhaitons pas dicter le comportement de notre lectorat, ni des membres de notre rédaction ; à chacun de se regarder dans la glace, et de décider de ses limites, en connaissance de cause.

Sources additionnelles : lgbtqnation.com, causonsfeminisme.com

Mots-clésLGBTTransphobie
Vous avez aimé cet article ? Vous pouvez soutenir la Gazette du Sorcier sur Logo tipee.com
Soutenir la Gazette sur Tipeee

Laissez-nous un commentaire !




La Gazette c'est aussi...

Podcast
Podcast
Vidéo
Fandival
Le festival des fandoms des univers imaginaires
@LaGazetteDuSorcier @GazetteSorcier GazetteDuSorcier @gazette_du_sorcier @gazette_du_sorcier Flux RSS