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Dossier – Harry Potter, l’enfance traumatisée : appréhender le monde et ses nuances (2)

Note : cette série d’articles n’a pas été écrite par un⋅e spécialiste de la psychopathologie de l’enfant. Elle survole de manière simplifiée les parallèles qui peuvent être faits entre les aspects psychologiques de la construction de l’enfant en rupture affective et la manière dont est écrit le personnage de Harry. 

Dans notre premier article de la série Harry Potter, l’enfance traumatisée, nous abordions la manière dont le traumatisme précoce a un impact sur la construction émotionnelle de l’enfant. Dans ce second volet, nous nous concentrons sur la manière dont l’enfant traumatisé appréhende le monde qui l’entoure dans sa complexité et ses nuances et sur la manière dont cela transparaît dans le personnage de Harry. 

L’apprentissage de la nuance 

Tout comme la reconnaissance des émotions, l’appréhension de la nuance nécessite un apprentissage dont l’adulte est le vecteur. Comme il a été mentionné dans le premier article, lors de son développement, l’enfant passe par une phase où il réalise que sa figure d’affection est capable de l’apaiser et de le frustrer à la fois. Il comprend donc qu’une personne peut être “bonne” et “mauvaise” : c’est sa première expérience de la nuance. Cette prise de conscience aboutit à la position dépressive transitoire du nourrisson, évoquée dans le premier article, et c’est cette transition qui lui permettra, plus tard, de distinguer les défauts et les qualités des autres, de nuancer l’image qu’il en a. La capacité à reconnaître la nuance est évidemment une capacité nécessaire au bon fonctionnement des relations, quelles qu’elles soient. 

L’enfant qui n’a pas été accompagné dans l’apprentissage de cette nuance parce qu’aucune figure d’attachement n’a pu adopter ce double rôle a tendance à diviser le monde en deux : les bons et les méchants. Il n’est pas passé par cette phase d’unification et n’a pas fait l’expérience de la nuance en chaque individu. Il lui paraît donc impossible que l’autre soit à la fois bon et mauvais ! 

Harry a grandi chez les Dursley, qui n’ont pas su l’accompagner dans cette expérience de la nuance. Ces caregivers n’incarnent qu’un rôle négatif, n’offrant que de la frustration, de la colère et du rejet. Ses parents, quant à eux, sont fantasmés comme des êtres n’incarnant qu’un rôle positif, en opposition totale avec les Dursley. Harry, qui n’a aucun souvenir d’eux, est incapable d’envisager qu’ils aient pu avoir un double rôle, à la fois positif et négatif. 

Harry Potter voit ses parents dans le miroir du rised
Harry, n’ayant aucun souvenir de ses parents, les idéalise par opposition avec les Dursley.

Une tendance au manichéisme… 

Pour rappel, le manichéisme est défini comme « une conception du bien et du mal comme deux forces égales et antagonistes ». Il s’agit donc d’une tendance à opposer le bien et le mal de manière stricte en considérant que ce qui est bien ne peut être mal, et vice-versa. De manière vulgarisée, on pourrait résumer le manichéisme comme : d’un côté, il y a les gentils, d’un autre côté, il y a les méchants, point final.

Dans les premiers tomes de la saga, Harry a une vision du monde très scindée, manichéenne. Avant ses onze ans, cette vision manquant de nuance n’a pas de grand impact sur sa construction, car les Dursley n’ont effectivement pas beaucoup de bienveillance à lui offrir. Mais une fois à Poudlard, dans ce monde fourmillant de personnages tous plus divers les uns que les autres, ce manichéisme se heurte à la réalité. 

L’absence de nuance est visible dès les premières paroles qu’Harry échangera avec Ron Weasley, dans le train. Pour les deux garçons, il y a d’un côté les bons (les Gryffondor), et d’un autre les méchants (les Serpentard). En cet instant, Ron fait preuve lui aussi d’un manichéisme certain mais tout à fait pardonnable, car les deux garçons, âgés de onze ans, ont encore beaucoup de choses à apprendre sur le monde. 

Harry Potter et le Choixpeau Magique
« Pas Serpentard, pas Serpentard… »

Dans la suite de la saga, le manichéisme de Harry continue de s’exprimer. Pour lui, celui qui se comporte mal ne peut être que méchant et ne peut rien avoir de bon en lui, tandis que celui qui agit pour le bien ne peut faillir. Ainsi, Harry a énormément de mal à accepter l’éventualité que Severus Rogue puisse avoir bien agi, même lorsqu’Albus Dumbledore l’invite à nuancer sa vision de lui. À de nombreuses reprises, il se persuade que Severus Rogue est coupable : de l’ensorcellement de son balai et du désir de voler la Pierre Philosophale dans Harry Potter à l’école des sorciers, du meurtre de Dumbledore dans Harry Potter et le prince de sang-mêlé

Quand à Albus Dumbledore, il lui voue une confiance presque sans borne, une admiration intense et le considère incapable de la moindre erreur, de la moindre bassesse. C’est une figure idéalisée sur tous les plans.

… et une prise de conscience douloureuse

Ce n’est que plus tard qu’Harry parviendra à sortir de cette vision manichéenne, et ce ne sera pas une expérience facile. Il lui faudra des preuves, et des épreuves, pour admettre enfin que Rogue n’est pas fondamentalement mauvais, mais qu’il comporte plusieurs couches en lui, positives comme négatives. Jusqu’aux dernières étapes du récit, Harry voue une haine sans borne à l’homme qu’il croit responsable de tous ses maux – et plus précisément de la mort de Dumbledore. Mais lorsqu’il visualise ses souvenirs dans la Pensine, après sa mort, Harry se montre enfin capable d’accepter que cet homme qui lui a fait tant de mal a, à plusieurs reprises, agi en son intérêt.

De la même manière, c’est un véritable choc pour Harry quand il découvre, après la mort d’Albus Dumbledore, que son mentor n’était pas aussi parfait qu’il le croyait. Lorsque le livre Vie et mensonges d’Albus Dumbledore, par Rita Skeeter, est publié, Harry a beaucoup de mal à admettre que l’homme ait pu faire des erreurs. Ce constat fait naître en lui de véritables questionnements existentiels sur son ancien mentor mais aussi sur lui-même et sur ses sentiments vis-à-vis de l’homme. C’est pour cette raison, d’ailleurs, qu’il tient tant à rencontrer Elphias Dodge au mariage de Bill et Fleur, et qu’il se trouve si réconforté d’entendre que cet homme était un homme bon.

Notons d’ailleurs que Dumbledore n’est pas la seule figure paternelle dont Harry est contraint de nuancer sa vision. Lorsque Rogue lui donne des cours d’Occlumancie et qu’Harry plonge involontairement dans ses souvenirs, il découvre la fameuse scène durant laquelle son père, James Potter, persécute Severus Rogue. Découvrir ainsi que son père n’était pas l’homme parfait qu’il croyait génère une véritable crise existentielle chez Harry. Il lui faudra échanger avec Remus Lupin pour être rassuré et accepter qu’il y avait chez son père, comme chez tout être humain, du bon et du mauvais.

Ainsi, à plusieurs reprises, sa vision manichéenne du monde se heurte à la réalité humaine, et la compréhension de la nuance qui aurait dû survenir dans ses premières années de vie survient tardivement et douloureusement. 

Harry Potter et la révélation de Rogue
Harry s’apprête à découvrir le statut d’agent-double de Severus Rogue.

Tout comme la construction et la compréhension des émotions, l’appréhension de toutes les nuances de notre environnement et de notre monde n’est pas innée. C’est par l’affection, par l’échange avec des adultes de confiance et des figures d’attachement, qu’elle se développe. Harry, qui a cruellement manqué de cet étayage dans son enfance, est contraint d’apprendre à distinguer toutes ses nuances au cours de son adolescence, tout au long de la saga. Son histoire étant un véritable voyage initiatique, le lecteur l’accompagne au cours d’un apprentissage qui se serait sans doute déroulé avec moins d’accrocs sans la séparation brutale avec ses parents, mais c’est ce qui donne de la profondeur à notre héros.  

Cet article vous a plu ? N’hésitez pas à aller lire les autres articles : 

  • Dossier – Harry Potter, l’enfance traumatisée : la construction émotionnelle (1)
  • Dossier – Harry Potter, l’enfance traumatisée : identité marquée, identité fragmentée (3) à paraître
  • Dossier – Harry Potter, l’enfance traumatisée : victime et agresseur, une relation ambiguë (4) à paraître
  • Dossier – Harry Potter, l’enfance traumatisée : le processus de reconstruction (5) à paraître

Source : analyse inspirée d’un cours de psychopathologie donné par le docteur L.Boissel à l’Université de Picardie Jules Verne (AMIENS) en novembre 2021. 

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