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Dossier – Harry Potter, l’enfance traumatisée : victime et agresseur, une relation ambiguë (4)

Note : cette série d’articles n’a pas été écrite par un.e spécialiste de la psychopathologie de l’enfant. Elle survole de manière simplifiée les parallèles qui peuvent être faits entre les aspects psychologiques de la construction de l’enfant en rupture affective et la manière dont est écrit le personnage de Harry. 

Dans nos précédents articles de la série Harry Potter, l’enfance traumatisée, que nous vous conseillons vivement de lire avant d’entamer celui-ci, nous abordions les questions de la construction émotionnelle, de l’apprentissage de la nuance et de l’identité. Dans ce quatrième article, nous allons parler des relations qui peuvent exister entre la victime et son agresseur. Comment le positionnement ambigu de Harry vis-à-vis de Voldemort illustre-t-il la manière dont l’enfant réagit face à la figure de son agresseur ? Que nous apprend la saga sur la dynamique complexe qui peut exister entre ces deux figures ? Nous allons tenter de le comprendre dans cet article. 

La difficulté à se positionner en victime 

Être capable de se positionner en victime est un élément important de la construction de l’individu ayant subi un traumatisme précoce. Cela nécessite un important décalage, une prise de recul, une distance. L’enfant doit reconnaître qu’on lui a fait du mal, que l’adulte qui s’est trouvé auprès de lui à un moment donné s’est montré coupable d’une faute envers lui. C’est un raisonnement cognitif et émotionnel complexe, surtout pour un enfant. 

Pour n’importe quel enfant, l’adulte a une position qu’il est difficile de questionner. Même lorsqu’il a pris conscience que l’adulte peut être vecteur d’émotions positives comme négatives, il n’en demeure pas moins pour l’enfant une figure d’ancrage. L’enfant, vulnérable et en pleine construction, a besoin de cet ancrage. Il a besoin de pouvoir faire confiance à l’adulte, de le croire capable de le guider. L’adulte doit, en somme, pouvoir incarner une figure de modèle. L’enfant aura davantage tendance à s’identifier émotionnellement à l’adulte plutôt qu’à le questionner, et cela même si l’adulte est responsable d’un traumatisme, de violences, de maltraitance. Les adultes que côtoie l’enfant au cours de sa construction constituent sa norme et cela demeure longtemps ; il est alors difficile pour l’enfant de déconstruire cette image et d’adopter une position de victime. 

Au départ, Harry ne semble pas avoir véritablement de difficultés à se reconnaître comme la victime de Voldemort. Dès le début du récit, il admet volontiers que le mage noir est responsable du meurtre de ses parents, et qu’il est le grand méchant de l’histoire. 

Néanmoins, dans le cas de l’enfant traumatisé, l’agresseur constitue la norme, car il n’a pas été capable de questionner sa position et ses actes. Il peut alors avoir tendance à s’y identifier. C’est ce qui se passe avec Harry dans la suite de l’histoire…  

L’identification à l’agresseur 

Il est fréquent que l’enfant traumatisé s’identifie, d’une certaine manière, à son agresseur, car il partage avec lui une histoire. La relation complexe qu’Harry entretient avec Voldemort est un très bon reflet de ce phénomène. En effet, même s’il a pleinement conscience de la responsabilité de Voldemort dans la mort de ses parents, il n’en demeure pas moins qu’ils ont la même histoire, les mêmes pouvoirs, la même baguette, le même attachement à Poudlard, la même capacité à parler Fourchelangue… Ce sont autant de points communs profonds qu’Harry ne parvient pas ignorer et qui lui pèsent énormément.

Plus le temps passe, plus Harry prend conscience de ce lien qu’il entretient avec celui qui est responsable de son traumatisme, jusqu’à l’apothéose, dans le tome cinq, où il réalise que Voldemort est capable de s’infiltrer dans ses pensées. Harry vit alors une véritable crise identitaire qui le terrifie et le conduit à se murer dans un silence et une solitude, de peur que Voldemort ne prenne le dessus sur lui. Il craint que son histoire l’ait souillé et que, d’une certaine manière, il soit incapable d’échapper à tous les points communs qu’il a avec Voldemort. 

scène Harry Potter
Il faudra beaucoup d’efforts à Harry pour chasser Voldemort de son corps et de son esprit.

L’identité est rudement mise à mal par cette relation avec son agresseur, auquel il s’identifie, de la même manière que peut le faire un enfant ayant subi un traumatisme précoce. 

Il est fréquent que cette crise identitaire, qui survient alors qu’Harry a une quinzaine d’années, soit mise en parallèle avec la crise d’adolescence au sens large, qui est bien souvent un moment où l’adolescent cherche à s’émanciper de sa famille pour trouver son identité propre. Ainsi, on peut voir Voldemort car une figure paternelle non-désirée, à laquelle Harry s’identifie malgré lui mais de laquelle il désir s’émanciper. Pour se construire, Harry doit nécessairement passer par cette phase de « crise » qui le conduira à devenir un individu entier, unique et détaché de cet héritage trop lourd. Il en est de même pour tout enfant traumatisé pour qui ce passage de l’adolescence à l’âge adulte est l’occasion de s’émanciper d’un passé douloureux.

Quant à la position de victime, Harry commence également à avoir du mal à l’adopter. Il ne parvient pas à craindre Voldemort comme il serait raisonnable et normal de le faire – il prononce d’ailleurs son nom quand personne d’autre, ou presque, ne le fait – et il porte sur ses épaules un besoin de réparation, une responsabilité qui ne lui permet pas d’accepter pleinement qu’il est la victime du mage noir. Et si lui aussi agissait mal ? Et s’il n’était pas une véritable victime, mais un agresseur potentiel, lui qui a eu envie d’attaquer Dumbledore après s’être retrouvé dans la peau de Nagini ? 

Victime ou agresseur, Harry oscille entre ses deux statuts qu’il remet sans cesse en cause et même les mots de Sirius ne parviendront pas à le rassurer totalement quant à sa véritable identité. 

Harry Potter et Sirius Black
« Tu n’es pas quelqu’un de mauvais. Tu es quelqu’un de bon à qui il est arrivé de mauvaises choses. »

L’hallucination traumatique 

Notons qu’il arrive parfois que l’enfant traumatisé soit victime de ce qu’on appelle des hallucinations traumatiques, durant lesquelles il n’est plus victime, mais agresseur. Il a introjecté le modèle et les émotions de l’agresseur et cela reparaît soudainement dans des situations de jeu, dans le quotidien… où l’enfant met en scène des choses en lien avec son agresseur. On pourra par exemple se retrouver dans une situation où un enfant, victime de violences par un parent, rejoue ces mêmes violences avec des poupées, de manière inconsciente. 

Tout au long de la saga, et d’autant plus à partir du cinquième volet, Harry est victime de visions dans lesquelles il se trouve dans l’esprit de Voldemort, et vice-versa. En ce sens, ces visions peuvent être mises en lien avec ce phénomène d’hallucinations traumatiques. Pendant un bref instant, Harry prend la place de son agresseur, il devient lui-même agresseur et rejoue des scènes de violences… Il parvient à ressentir les émotions de Voldemort, de la même manière que l’enfant traumatisé pourra avoir introjecté les émotions de son agresseur. 

Ainsi, la dynamique entre l’enfant et son agresseur est complexe et mouvante, et les liens qui existent entre Harry et Voldemort en sont fortement symboliques. Cette alternance entre culpabilité, identification et sentiment de responsabilité provoque chez notre héros des questionnements existentiels et une véritable remise en cause de son identité, qui constituent un axe fort du récit. 

Cet article vous a plu ? N’hésitez pas à aller lire les autres articles : 

Source : analyse inspirée d’un cours de psychopathologie donné par le docteur L.Boissel à l’Université de Picardie Jules Verne (AMIENS) en novembre 2021.

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