Série Harry Potter : le nouveau logo de la saga est-il à l’image du projet ?
Le logo d’une marque raconte toujours une histoire. C’était le cas du logo Wizarding World en 2018 ou lorsque la pièce de théâtre Cursed Child a adopté le logo officiel de la saga, et c’est aujourd’hui le cas du nouveau logo de la série Harry Potter.
Le titre « Harry Potter » a connu de nombreuses formes : écrit en lettre simple sur les premières couvertures de la saga, avant de devenir un véritable emblème figé par Warner Bros. sur la base du visuel créé par Mary GrandPré pour les couvertures américaines. Depuis quelques années, les éditeurs ont repris une certaine liberté en la matière, mais le « logo » Harry Potter associé aux films, à de nombreux produits dérivés et à certains livres, avec son P en forme d’éclair ainsi que ses lettres mal alignées et irrégulières, demeure emblématique.



Pour la série, Warner Bros. et HBO ont décidé de modifier ce visuel ancré dans l’imaginaire collectif. Mais quels messages ce changement communique-t-il ? Quelle histoire se cache derrière le nouveau logo ? Et que nous dit-il de la série à venir ? C’est ce que nous allons chercher à décrypter ensemble.
Conservatisme, nature et harmonisation
Il convient tout d’abord de comparer les deux logos, pour identifier les différences clés. Ci-dessous, l’ancien logo « en relief » et le nouveau logo de la série.
Au premier abord, on remarque peu de changements entre les deux visuels. Warner Bros. et HBO ont conservé plusieurs éléments évidents :
- L’éclair dans le P ;
- Les premières lettres des prénoms (H) et noms (P) sont reliées aux 2e (A et O, respectivement) ;
- La première barre du H plus petite ;
- La silhouette globale des lettres…
On pourrait croire que l’absence de relief métallique est une différence importante, mais il existait en réalité déjà des variations plates et monochromes du logo des films.


Cependant, plus on observe les deux designs attentivement, plus on remarque de petites différences.
- La plus évidente est l’apparition de branches sur le H, le Y et le deuxième T, mais aussi dans le bas du O.
- Il y a ensuite l’alignement des deux T, désormais barrés d’une baguette.
- Les lettres sont plus alignées et régulières, à l’image de la barre de retour du E qui est désormais droite, des deux R ainsi que du premier T et du E qui se trouvent sur la même ligne, mais aussi du Y dont le haut vient se hisser au niveau des autres lettres.
- Le deuxième R se glisse également de manière plus naturelle dans la nouvelle branche du Y, courbée vers le bas.
- Enfin, l’éclair du P redescend en gommant sa première saillie à gauche.
- Et d’autres petites détails, comme le bat des R qui n’est plus plat, mais en pointes, comme le premier T, etc…
Au final, le logo semble donc conserver beaucoup de l’ancien, en y ajoutant des éléments naturels, en harmonisant ses lettres placées de manière plus structurées, et en simplifiant certains éléments.
Mais alors, cette évolution se reflète-t-elle dans les images que nous avons déjà aperçues de la série ? Spoiler : oui.
L’importance de la nature dans les décors
Le premier élément qui frappe dans le nouveau logo, c’est l’ajout de « branches« . Pour certains, elles rappelleront un peu la première image qui annonçait le lancement de Pottermore. Ceux qui ont regardé le documentaire making-of de la série, ou consulté des comptes-rendus comme celui de la Gazette, savent qu’il s’agit d’une volonté d’évoquer la nature, présentée comme la source de la magie.

En cela, l’introduction des branches est donc un clin d’œil à ce nouveau Poudlard, au cœur duquel poussent des arbres, et dont l’emblème (H pour Hogwarts) semble prendre racine. La nature est également introduite sur le quai 9 3/4, par le biais d’une grande fresque, sur le Chemin de Traverse avec des boutiques recouvertes de champignons ainsi qu’une place ombragée devant Gringotts, et enfin dans l’inspiration des friandises du monde magique. La boîte de la Chocogrenouille s’ouvre ainsi comme un nénuphar, tandis que les dragées surprises de Bertie Crochue poussent sur une plante de haricots géantes.









Cette thématique de la nature n’est cependant pas tout à fait nouvelle. Ces arbres qui tiennent Poudlard rappelleront aux fans les plus attentifs à la fois certains intérieurs du château dans Hogwarts Legacy, comme la Salle sur Demande, et des illustrations du château réalisées par Jim Kay. Tout comme le reste du logo, ce n’est pas une idée complètement nouvelle. Une véritable forêt servait ainsi de fondations à une aile du château dans les éditions illustrées, tandis que des arbres encadraient la porte du château, tels des contreforts naturels, lui conférant un aspect plus organique, presque vivant. Sans parler de l’écho à Pottermore, plus anecdotique.



« Il faut préserver ce qui doit être conservé »
Avec ces éléments naturels, le logo reflète donc ce que la série mettra en valeur. Mais s’il est à son image, ce n’est pas le seul aspect à souligner. En effet, comme nous avons pu le constater, le logo ne se renouvèle pas complètement. Il reste globalement très fidèle à ce qui s’est fait précédemment, lui apportant quelques ajustements mineurs pour le rendre plus « structuré ». Si le côté organique peut déjà sembler évocateur de versions antérieures, il n’est pas le seul.
Élément central et caractéristique du logo, l’éclair, représentant la cicatrice de Harry, reste intégré à ce P et se réinvente peu. A son image, l’aspect donné à la cicatrice du héros dans la série n’ose pas se renouveler. Ce choix pourrait être emblématique, incarner une volonté de changement, mais il souligne finalement à quel point les équipes de la série et HBO/Warner Bros. ont peur du changement. Ils s’accrochent à des éléments établis au lieu de prendre une approche radicalement différente. Dans la série, la cicatrice de Harry est ainsi à peine moins schématique, là où bien des fanarts l’ont imaginée véritablement comme un éclair.




Et ce conservatisme n’est pas présent uniquement dans le maquillage du personnage principal. On a ainsi pu apercevoir les « nouveaux » uniformes de Poudlard. Ceux-ci semblent légèrement différents de ceux des films, certes… jusqu’à ce qu’on se rappelle de la description des uniformes dans les livres, qui, notamment, n’inclut aucune cravate ! C’était un choix de Chris Columbus d’établir un uniforme typique des écoles britanniques (chemises, cravate) sous la robe de sorcier, plutôt que des tenues de tous les jours.

Changement dans le décor, en façade…
Il ne faudra pas trop réinventer l’image établie par les films et leur merchandising ! Comment vendre des milliers de cravates aux couleurs des quatre maisons ou de l’école si celles-ci ne font plus partie des tenues officielles ? De même pour les parcs d’attractions et le Studio Tour, il faut sauver certains éléments des décors !
Nous nous étions posé la question, la présentant comme un grand défi de la série : comment ne pas trop interférer avec la popularité des attractions existantes ? Les images de la bande-annonce et du documentaire ne nous ont, pour l’instant, pas révélé la silhouette globale du château de Poudlard, mais nous avons déjà relevé certains éléments.
Par exemple, en ce qui concerne les portes de la Grande Salle dans la série, déjà aperçues à plusieurs reprises, elles sont fort similaires à celles que les visiteurs peuvent déjà admirer au Studio Tour. Avec des motifs comparables sur les panneaux et, coïncidence étonnante, le blason des quatre maison précisément au niveau du troisième panneau, situé à peut près à la même hauteur ! Certes, le décor n’est pas exactement le même, mais, tout comme le logo, il semble modifier l’ancien juste suffisamment pour pouvoir affirmer qu’il a été retravaillé.

Sur le Discord de la Gazette, certains ont également souligné un écho de ce qui semble être le « pont vers nulle part » des films, désormais situé dans le grand hall du château pour la série. En effet, la découpe des fenêtres est très ressemblante et la matière principale utilisée semble être le bois, contrairement à tous les autres ponts de Poudlard qui sont en pierre. Les similitudes sont par conséquent présentes, même si « ce n’est pas tout à fait le même pont« .

Trouver l’inspiration là où elle se trouvait déjà ?
On savait déjà que le Poudlard Express de la série serait identique à celui des films, et les autres éléments s’accumulent. Parfois, c’est la source d’inspiration qui semble être la même pour les films et la série. Il est par exemple de notoriété publique que le vieux quartier des Shambles (ci-dessous à gauche), a servi d’inspiration au Chemin de Traverse des films. Mais lorsqu’on le place en parallèle du Chemin de Traverse de la série (à droite), ils sont frappants de ressemblance.


De même, en ce qui concerne la Grande Salle, on lit souvent que le réfectoire de Christ Church College à Oxford aurait servi d’inspiration à celle-ci dans les films (en haut à gauche des photos ci-dessous). D’ailleurs, des scènes ont bien été tournées dans son antichambre. Mais que dire de la « nouvelle » Grande Salle, celle de la série, avec ses petite lampes au centre des tables (en haut à droite) ? On y retrouve, par ailleurs, les mêmes vasques enflammées le long des murs, surmontées des mascottes des maisons (en bas à droite), que dans la Grande Salle des films (en bas à gauche).




Cette version pourrait ressembler à ce qu’une équipe artistique (ou une IA ?) produirait si on lui demandait de combiner la Grande Salle des films, celle de Hogwarts Legacy, celle de Christ Church College, et celle de Pottermore.
Et, tout ça, c’est lorsque ce n’est pas exactement le même décor qui a servi dans les films et la série ! Ci-dessous, l’escalier en colimaçon de la cathédrale Saint Paul de Londres : dans les films en haut à gauche (Le Prisonnier d’Azkaban), dans la bande-annonce de la série en haut à droite, et dans la réalité (en bas) On notera que la série a conservé l’étoile à huit branches au sol, la passant simplement en négatif.



Plan par plan, avec quelques ajustements
Ce dernier exemple révèle un autre point de similitude entre la série et les films : certains plans montrés dans la bande-annonce sont presque identiques à ceux de la saga au cinéma. La cage d’escalier ci-dessus est filmée en plan zénithal (vue du sol depuis le ciel), exactement comme dans Le Prisonnier d’Azkaban. Cependant, ce n’est pas le seul plan semblable. Je vous propose un petit florilège avec le déballage du Nimbus 2000 (en plan zénithal), le trajet de Harry et Hagrid dans le métro de Londres, les Gryffondors qui s’enthousiasment lors du match de Quidditch ou encore Rogue qui brandit sa baguette…






















Pour certains de ces plans, nous avons simplement retourné l’image, pour rendre la symétrie plus évidente. Et le schéma se répète parfois jusque dans l’enchaînement de certaines images, comme c’est le cas avec la rencontre dans le Poudlard Express ou lors de la réception de la lettre de Poudlard. Celle-ci est filmée avec une légère contre-plongée avant un contre-champs en plongée sur la lettre, comme dans le film.



Même les photos promotionnelles diffusées en parallèle des premières images de la série semblent faire écho à des images très populaires des films. Ce n’est pas un hasard si McGonagall tient ses livres de cette manière, ou si Hermione se trouve derrière un bureau avec une plume inclinée de manière comparable.






Loin d’être accessoires…
Je ne peux achever cet article sans évoquer l’aperçu de quelques accessoires, disséminés ça et là dans les images officielles. Nous avons déjà aperçu le Vif d’Or, un élément extrêmement emblématique et dont la puissance symbolique n’a d’égale que la difficulté à l’attraper. Celui de la série (à droite) ressemble à s’y méprendre à celui des films (à gauche), notamment au niveau des ailes, même s’il intègre un dessin de patte, évoquant le vivet doré.


Les similitudes se poursuivent dans des détails aussi insignifiants, en apparence, que le numéro du 4 Privet Drive. Dans les les films (à gauche) comme dans la série (à droite), le numéro se trouve surmonté de fleurs roses et jaunes évoquant des pétunias.


Au-delà du grand écran
Néanmoins, les films ne sont pas la seule source d’inspiration de la nouvelle équipe de production, ni la seule représentation du monde magique existante à ce jour. J’ai déjà évoqué Pottermore, notamment avec la Grande Salle. C’est également le cas des arches du Quai 9 3/4 et de la façade de Gringotts, dont l’apparence semble être retenue pour ce nouveau projet.




Plus évidente encore, l’inspiration, pour certaines créatures magiques, des jeux vidéos de la saga. L’exemple le plus frappant est un fangieux, dont l’animatronique ressemble fortement au dessin conceptuel de Hogwarts Legacy. (Au passage : lors de la première année de Harry, les fangieux sont le sujet d’un cours du professeur Brûlopot pour les 7ème année selon le jeu Hogwarts Mystery).


A côté de cela, les crabes de feu aperçus sur le Chemin de Traverse se rapprochent davantage de ceux des vieux jeux vidéos et de Hogwarts Mystery, voire de Case of Beasts, que de celui de Pottermore. Après, il est plus difficile de réinventer à quoi ressemblent des « tortues dont la carapace est incrustée de pierres précieuses« , (selon Vie et habitat des animaux fantastiques), que des fangieux qui « ressemblent à un morceau de bois mort lorsqu’ils sont immobiles mais disposent de pattes munies de nageoires » (ibid.).






Vous reprendrez bien un peu de nostalgie ?
Tout comme le logo de la série, les images promotionnelles de la série n’ont pas besoin d’être EXACTEMENT identiques pour activer la nostalgie dans notre cerveau. Il suffit qu’elles les évoquent suffisamment pour que les fans de la première heure se retrouvent en territoire familier. Les équipes de Warner Bros. savent ce qu’elles font. Le fait que les images promotionnelles fassent subtilement écho à des représentations plus anciennes ou populaires n’est ni anodin, ni une coïncidence. S’il n’est pas toujours possible de réinventer complètement la grammaire cinématographique, ce qui explique certains plans similaires, choisir de montrer ces moments et éléments précis dans la bande-annonce ou les documentaires envoie un message clair.
C’est également le cas du logo de la série qui, malgré quelques ajouts et ajustements, reste extrêmement familier. Il reflète à merveille ce que la série semble promettre. Nous allons retrouver un univers connu, que ce soit par les films, les illustrations de Jim Kay et de Pottermore, ou les jeux vidéos, et qui sera juste suffisamment ajusté pour paraître différent.

Du changement, mais pas trop…
Alors, oui, bien entendu, il y aura aussi quelques innovations dans ce reboot : des idées véritablement originales et qui enrichiront l’univers visuel de Harry Potter… mais, en attendant, le logo de la série semble annoncer la couleur, et les premiers aperçus confirment : ne vous attendez pas à ce que Harry Potter soit complètement réinventé. On ne change pas une image de marque aussi simplement. On ne se passe pas de la nostalgie (et du pouvoir d’achat des fans de la première heure) avec autant de facilité !
Et, pour ceux qui seraient tentés de dire qu’il faut cesser de comparer les films et la série, je répondrais que, pour ça, il faudrait que ce nouveau projet cesse lui-même de jouer sur la nostalgie et les clins d’œil. Encore une fois, les images promotionnelles sont réfléchies et choisies dans un but précis : autant de correspondances ne peuvent pas être le fruit du hasard. Peut-être que, si le logo avait été complètement différent, on aurait pu croire à une approche complètement inédite. Mais les ayant-droits eux-même ne semblent pas s’y risquer.


