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Exclusif : interview de Alena Piatrovič, traductrice biélorusse de Harry Potter

Près de 25 ans après la sortie du premier tome de Harry Potter au Royaume-Uni, de nouvelles traductions de la saga sont publiées chaque année, avec les ajouts récents du yiddish, du maori, ou encore de l’hawaïen.

En décembre 2019, c’est la Biélorussie qui a eu droit pour la première fois à une édition dans sa langue de la saga. La sortie du deuxième tome a suivi en octobre 2020. Jusqu’alors, c’était principalement la traduction russe qui était lue en Biélorussie.

La Gazette a eu l’opportunité de s’entretenir avec Alena Piatrovič, traductrice de Harry Potter en biélorusse.

La traduction biélorusse de Harry Potter est très récente ; comment est né ce projet ?

J’avais entendu dire que la maison d’édition Januškievič prévoyait de publier une traduction de la saga. Il existait déjà plusieurs traductions non-officielles sur Internet, et l’éditeur pouvait donc choisir n’importe laquelle d’entre elles. J’ai pensé que je pouvais proposer mieux, j’ai donc écrit à cet éditeur, avec qui j’avais déjà travaillé auparavant, et lui ait dit que j’aimerais traduire ce livre.

Pour le convaincre que j’étais la meilleure, je lui ai joint ma traduction des deux premiers chapitres, pour qu’il puisse la comparer avec les traductions existantes. Une semaine plus tard environ, il m’a répondu qu’il avait beaucoup apprécié mon travail et qu’il serait ravi de me prendre comme traductrice pour ce projet. Mais ce sont les ayants-droits qui avaient le dernier mot, il fallait donc les convaincre eux aussi.

J’ai d’abord envoyé un CV (sur lequel j’ai oublié de mentionner mon doctorat), puis un CV mis à jour, et ils m’ont posé quelques questions sur ma future traduction ; comment je pensais traduire les noms propres, les sorts en latin, etc. Avant qu’ils me le demandent, je n’avais pas encore d’avis très tranché sur cet aspect, et surtout, je ne savais pas quel serait la « bonne » réponse. Je veux dire, je ne savais pas ce qu’ils voulaient entendre pour m’autoriser à traduire Harry Potter. Alors j’ai répondu honnêtement, ce qui me semblait être le mieux sur le moment. Et une semaine plus tard, ils ont répondu qu’ils avaient beaucoup apprécié cet échange et qu’ils voulaient que je sois en charge de la traduction biélorusse de Harry Potter.

Comment était-ce de travailler sur une histoire qui est déjà célèbre, et dont les noms originaux des personnages déjà bien connus du public ?

Ici, en Biélorussie, nous vivons en quelque sorte dans l’ombre de la culture et de la langue russe. Les personnages sont plus souvent connus sous leur nom russe que celui de la version originale.

D’un côté, il y avait cette tradition des noms en russe, car en plus les films ont été diffusés avec un doublage russe uniquement, c’était donc un peu risqué de modifier les noms auxquels le public était habitué. Mais d’un autre côté, beaucoup de grands fans de Harry Potter n’étaient pas très enthousiastes des choix faits pour la traduction russe. C’était donc un vrai défi pour moi, et j’aime les défis ! Une fois ma traduction publiée, j’ai reçu beaucoup de critiques positives à propos des noms que j’ai traduit, et ceux que j’ai laissé tel quel.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la traduction des néologismes en biélorusse ? Lequel était le plus difficile à traduire ? Quel est votre préféré ?

Mon approche était la suivante : tout d’abord, c’est un livre anglais. Ce n’est pas un livre d’Europe de l’est, ce n’est pas un livre slave. La deuxième chose importante, c’était de traduire uniquement les noms dont la signification était importante pour l’histoire (par exemple, en russe, ils ont traduit les noms de Snape (Rogue) et Neville Longbottom (Neville Londubat) ; je n’ai pas fait ça.).

Dans l’ensemble, j’ai gardé les noms en version originale, avec quelques exceptions, comme Sprout (Chourave), car c’est un nom très parlant, mais je voulais quand même garder une sonorité britannique, j’ai donc choisi le nom « Mackorań » (oui, elle est devenue écossaisse, désolée ! Les celtes apprécieront !). Korań veut dire « racine », donc ça fonctionne plutôt bien.

Pour les sortilèges, j’ai fait le choix de traduire les formules anglaises (ou plutôt, les parties anglaises des formules), mais pas les formules latines. Ici en Biélorussie, le latin fait partie de notre culture, dans une certaine mesure. Il y a beaucoup de catholiques qui sont familiers du latin à travers l’Église et la Bible, certains étudiants apprennent le latin à l’université, et au Moyen-Âge, nous avions notre propre tradition de littérature écrite en latin. Un des livres biélorusses les plus connus, et quand je dis connu, je veux dire, presque hymne national, est Song of the bison, et il a été écrit en latin [Le chant du bison d’Hussovianus, Ndlr]. Donc ça fait partie de notre histoire. Un exemple de sortilège qui a été traduit est le sort de lévitation, Wingardium Leviosa. En biélorusse, c’est devenu liatavium leviosa, puisque wing signifie « ailes », (liatać en biélorusse), et avium est une référence à avia, qui existe aussi en biélorusse. Leviosa, qui est latin, est resté tel quel. C’est comme ça que j’ai procédé pour ma traduction.

Le plus difficile, et aussi mon préféré, est difficile à expliquer à un public qui ne parle pas biélorusse, mais je vais essayer. Il s’agit du Chemin de Traverse [Diagon Alley en anglais, qui sonne comme « diagonalement », Ndlr]. Je n’ai pas pu garder exactement le même jeu de mot que la version originale, avec l’idée de chemin/rue/allée ou autre terme similaire en biélorusse. Donc j’ai décidé de jouer sur le sens de « diagonalement », en gardant à l’esprit que je voulais que ça ressemble à un vrai nom de rue. J’ai donc choisi le nom Kryvy zavulak. Zavulak veut dire « allée » et kryvy veut dire « courbe ». Dans les légendes ou les contes de fées, ce terme est souvent utilisé pour désigner un lieu mystérieux , donc c’est un petit clin d’œil pour ceux qui auront la référence.

Les références culturelles sont souvent un des éléments les plus difficiles à traduire. Avez-vous été confronté à un mot, un concept, particulièrement difficile à expliquer dans votre langue ?

Comme je l’ai dit précédemment, je voulais conserver la dimension typiquement anglaise du livre, je ne voulais pas remplacer les références à la nourriture, ou ce genres de choses, par des équivalents locaux. Dans plusieurs interviews que j’ai donné ici en Biélorussie, j’ai dit clairement « Harry Potter en biélorusse ne mangera ni de draniki ni de babka » (ce sont deux plats traditionnels biélorusses).

C’était très intéressant pour moi de faire des recherches sur ces plats typiquement anglais, et j’ai ajouté quelques mots pour expliquer de quoi il s’agissait. J’ai juste fait quelques modifications lorsque leur nom sonnait bizarrement en biélorusse.

Etiez-vous fan de Harry Potter avant de vous lancer dans la traduction ? En quoi votre travail a-t-il changé votre perception de la saga ?

C’est une drôle d’histoire en réalité. Lorsque le premier tome de Harry Potter est sorti en Biélorussie, dans la traduction russe, j’avais environ 15 ans, et je trouvais que j’étais trop vieille pour lire un livre pour enfants de ce genre… La première fois que je l’ai lu, j’avais environ 25 ans, et c’est là que j’ai vu que ce n’était bien plus qu’un livre pour enfant avec un petit garçon qui vole sur son balai et agite sa baguette magique. C’est un livre très important sur notre société contemporaine, le type de difficultés qu’on peut y rencontrer, la pression du gouvernement, la rébellion, c’est véritablement une histoire de lutte pour la vérité, après tout.

Donc, pour répondre à votre question, je n’étais pas une fan, dans le sens conventionnel du terme, parce qu’en tant qu’adulte (si on peut me qualifier comme tel), j’ai lu ce livre avec ma raison, plus qu’avec mon cœur, mais oui, j’aimais déjà ce livre et avais beaucoup d’admiration pour lui avant de me lancer dans la traduction.


Couverture biélorusse de Harry Potter à l'école des sorciers (Гары Потэр і філасофскі камень)

Alena Piatrovič nous a également confié être en train de travailler sur la traduction de Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban. La date de sortie n’est pas encore connue.
Le premier tome peut être commandé ICI.

Pour aller plus loin, nous avons consacré un épisode de notre podcast L’Académie des Sorciers aux traductions de Harry Potter !

Un grand merci à Alena Piatrovič d’avoir répondu à nos questions !

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