Retour à Poudlard Lyon – Interview de Pierre Bohanna
Le 31 juillet dernier, veille du 1er septembre, Warner Bros. France organisait pour la première fois un événement « Retour à Poudlard » en dehors de Paris. Nous nous sommes rendus sur place afin de découvrir les animations proposées sur le parvis de la gare de la Part-Dieu à Lyon. A cette occasion, nous avons également eu la chance de pouvoir interviewer Pierre Bohanna, accessoiriste de la saga Harry Potter et LesAnimaux Fantastiques.
Interview de Pierre Bohanna
L’événement est centré sur le Quidditch, quel objet lié à ce sport a été le plus complexe à imaginer ?
Les équipements de Quidditch étaient assez simples. C’est du matériel scolaire, donc rien de fou. On s’est bien amusés avec le tableau des scores. Son fonctionnement était très intéressant. Il était mécanique, donc c’était un vrai défi de le créer.
S’il y avait un accessoire que vous voudriez changer ou refaire, ce serait lequel ?
Il y a toujours des moment où on se dit « je tenterais bien une nouvelle approche. » Mais j’ai oublié ces moments d’hésitation. Et, maintenant, quand je revois les films, je me dis « c’est bon, ça passe. » Ce n’est pas une question qu’on me pose souvent. Harry Potter était réussi parce que tout était très réfléchi ; et je ne parle pas de mon travail, mais de celui de l’ensemble de la direction artistique. Ils passaient énormément de temps à préparer leur sujet, plus que sur d’autres films.
Il y a un élément pour lequel j’aurais préféré qu’ils conservent mon travail. Pour la scène lors de laquelle Sirius parle à Harry depuis la cheminée, dans l’Ordre du Phénix, nous avions développé un système pratique. On avait mis en place une projection et des cristaux transparents, qui donnaient un très bon résultat je pense… Mais ils ont fait le choix des images de synthèses.
Y a-t-il une leçon particulière que vous avez tirée de votre travail sur la saga ?
J’ai appris à être confiant en mes idées. J’ai travaillé avec des personnes très talentueuses, comme Stuart Craig. C’était fascinant de le voir travailler, et de comprendre comment il travaillait. J’ai beaucoup appris. Une carrière, c’est d’apprendre et ne jamais cesser d’apprendre. Stuart Craig n’allait au bout d’une idée qu’une fois qu’il était tout à fait satisfait de celle-ci. Mais, une fois que c’était le cas, il fallait aller au bout et ne pas en dévier. Ses créations, il les avait pensées plus que quiconque ; il les connaissait mieux que quiconque. Donc j’ai appris à me poser les questions avant de foncer. Il y aura toujours des gens qui remettent l’idée en question, douter que ça puisse marcher, donc il faut pouvoir leur répondre et aller au bout.
Pour la série Harry Potter, il va probablement falloir réinventer de nombreux accessoires. Aimeriez-vous relever ce défi, ou vaut-il mieux laisser la main à un regard différent ?
Honnêtement, je me suis déjà posé la question. Je n’ai jamais dis non, et je ne dis jamais non à une opportunité. Mais j’aurais besoin d’en savoir plus avant de me lancer. Une question d’esthétique : vont-ils garder celle créée par Stuart Craig ? Ou vont-ils tout renouveler ? Les films représentaient un très gros investissement financier, et tout refaire va être coûteux.
Mais, au fond, le plus gros sujet, c’est que j’ai 55 ans, et la série représenterait dix ans de travail. Même si on commence dans un an ou deux, j’aurai 66-67 ans lorsque le projet s’achèvera. Donc c’est aussi une décision très personnelle de s’engager ou non. J’avais 31 ans quand j’ai commencé à travailler sur Harry Potter ; je suis arrivé avec beaucoup d’énergie, d’idées et d’imagination. Aujourd’hui, j’ai toujours les idées et l’imagination, mais l’énergie n’est plus la même. Et, avec le temps, on veut explorer d’autres projets. Après, il se disent peut-être aussi : « on ne va pas travailler avec lui ! Il coûte trop cher ! Il a plein d’idées saugrenues ! Il est pénible ! Il est indécis ! Il a pris ma place de parking…«
Si le Retour à Poudlard est devenu une tradition, la réception des fans français n’est pas toujours enthousiaste. Sur place, l’événement est un succès populaire, rassemblant des centaines de personnes, mais de nombreux fans font ensuite part de leur déception, voire de leur colère. C’était le cas avec le Magicobus, en 2019, avec le Poudlard Express en 2021… et l’édition 2024 n’a pas fait exception (voir les commentaires ICI, ICI, ICI). Sachant qu’en 2022, aucun événement physique n’avait eu lieu en France, et que l’édition 2023 a bénéficié d’un format particulier.
L’événement était pourtant globalement fidèle à ce que Warner Bros. avait annoncé : une soufflerie, des anneaux, un point photo avec des accessoires, et les chaussures de Viktor Krum exposées dans une vitrine. On vous l’accorde, le « vif d’or géant d’un envergure de 2m50 » était, lui, un peu plus déceptif, puisqu’il s’agissait d’une structure plate en carton. De même, le vif d’or de la soufflerie était une carte parmi d’autres, mais la mécanique reste amusante.
Malheureusement, les annonces et la manière dont elles ont été relayées dans la presse ont fait croire à certains que l’événement aurait une toute autre envergure.
Exemple d’article au titre particulièrement trompeur. Un « immense » événement « mondial » qui « envahit » la ville ? Clairement, la promesse n’est pas tenue… mais elle ne vient pas de Warner Bros. !
Le succès de 2023 – ou comment faire mieux l’an prochain
Au final, le Retour à Poudlard a été, une nouvelle fois, victime de son succès. Le dispositif mis en place n’était pas pensé pour accueillir et satisfaire autant de fans, venus parfois de loin pour participer à l’événement. Une file de plusieurs heures s’est ainsi formée et l’accès à la soufflerie a dû être limité à un enfant par famille, selon les retours que nous avons reçus. Si Warner Bros. et ses prestataires ne sont pas responsables de la météo (plusieurs fans se plaignent de l’attente en plein cagnard sans ombre ni boisson), la présence d’une foule ne devrait plus être une surprise pour eux, au vu des retours de 2019 et 2021.
Pourtant l’édition 2023 avait échappé à ces critiques. Pourquoi ? Comment ? Sans doute grâce à son format inédit. L’an dernier, l’ensemble des animations avait lieu sur une scène, visible de tous. Pas besoin de faire la file ; pas d’attente ; pas de promesse de décor exceptionnel… Et, s’il y avait eu des activités nécessitant d’attendre, le surplus de fans aurait pu être absorbé par les animations sur scène. L’événement était centré sur un contenu en continu, pas sur des éléments de décors et des gadgets. On peut donc espérer que Warner Bros. France retiendra cette leçon pour les années à venir.
Néanmoins, le fandom doit également apprendre de ses erreurs : cessons d’accorder notre confiance à des sites pièges à clic ! L’idéal serait qu’aucun média ne déforme les faits, mais la baguette magique qui mettra fin à cette pratique n’a malheureusement pas encore été taillée… Et soyons clairs sur la nature des événements, ceux qui méritent de faire plusieurs heures de route, et ceux qui s’adressent à un public local. Vous n’iriez pas traverser la France pour une soirée à thème dans un bar !
La magie des fans
Le Retour à Poudlard a toujours été, en France, une petite animation sympathique pour les personnes qui seraient dans le coin ; pas une destination en soi. C’est l’occasion de se rassembler, de mettre son plus beau cosplay, et de rencontrer d’autres fans. Mais cela reste une opération marketing. Il y a 1000 événements Harry Potter ou approchant, organisés par des fans, avec plus d’âme et pour seul objectif de passer un moment magique.
Il est positif que Warner Bros. France propose, de temps à autres, des animations gratuites autour de la saga. On espère que les retours de fans serviront à améliorer l’expérience la prochaine fois, notamment en matière de gestion de foule, pour qu’aucun potterhead ne reste sur le carreau. D’ici-là, prenons le Retour à Poudlard pour ce qu’il est, et peut-être aurons-nous de bonnes surprises à l’avenir.