Les acteurs de la série Harry Potter victimes de racisme, de sexisme et de grossophobie
Cet article reflète l’opinion de son auteur et n’engage pas celle de l’ensemble de la rédaction.
La série reboot HBO de Harry Potter a récemment dévoilé l’actrice qui jouerait Mimi Geignarde dans la deuxième saison, et les réactions sur les réseaux sociaux sont désastreuses. De nombreux commentaires débordent d’une grossophobie immonde, mais ce n’est pas la première fois que des annonces de casting pour la série Harry Potter sont suivies de propos injurieux et discriminatoires. Le jeune Dominic McLaughlin (Harry) a également désactivé son compte Instagram officiel récemment.
Malheureusement, alors que les fans progressistes militants sont de plus en plus nombreux à quitter le fandom, la parole des « anti-wokistes » déclarés (que nous appellerons plutôt « réactionnaires ») s’en trouve libérée et est de moins en moins dénoncée ou marginalisée. Sur des pages qui n’osent plus modérer les commentaires, de crainte d’être taxées d’« anti-liberté d’expression » ou de n’avoir « pas d’humour » (ou qui ont juste la flemme et se fichent des conséquences), les racistes, les sexistes, les transphobes et autres s’en donnent à cœur joie.
Première cible : le trio
Difficile de passer à côté des commentaires grossophobes suite au casting de Molly Hewitt-Richards dans le rôle de Mimi Geignarde. Il suffit d’ouvrir une publication sur les réseaux sociaux (1, 2… captures d’écran de commentaires grossophobes) pour lire des horreurs. Mais peut-être avez-vous manqué les autres cibles de ces flots de haine, et on ne va même pas parler du cas de Rogue ici !
Dès l’annonce du casting du trio, la première à s’en prendre plein la gueule, c’est Arabella Stanton (Hermione). Nous avons vu des commentaires demander s’il s’agissait de « Hermione ou de Mowgli » (sur la première publication de HBO, qui a suspendu les commentaires depuis), la qualifier de « Mexicaine » , de « café au lait bien dilué » … On ne va pas faire l’inventaire complet.
Bien entendu, quand la Gazette a parlé du fait que l’actrice était racisée (définition de « racisé.e », selon la Ligue des droits et des libertés : « Personne qui appartient, de manière réelle ou supposée, à un des groupes ayant subi un processus de racisation » et donc cible de propos ou comportements racistes)… nous avons été traités de racistes ! Parce qu’aujourd’hui, dire qu’une personne est « perçue comme ‘pas assez blanche‘ » par une bande de racistes, ce serait raciste.
Mais Arabella Stanton n’est pas la dernière victime, ni même la seule au sein du trio… Puisque Dominic McLaughlin, Harry en personne, est ciblé, lui par des commentaires sexistes et LGBTphobes. Illustration avec le commentaire ci-dessous, qui contient un bingo intégral et résume exactement ce que dénonce le présent article.

D’autres parlent d’un « Harry Potter lesbien », histoire de faire appel à quelques clichés homophobes au passage ; mais est-ce étonnant dans un fandom où certains normalisent complètement la transphobie de J. K. Rowling ? Ces remarques reposent sur une mécanique proche de la « transvestigation » , une théorie et pratique complotiste qui consiste à suspecter certaines personnalités d’être transgenres et de le cacher, particulièrement populaire chez les personnes transphobes ; songez à la boxeuse algérienne Imane Khelif, que Rowling accuse d’être un homme.
De Susan Bones aux acteurs même pas encore castés
Arabella et Dominic ne sont pas non plus les seuls enfants victimes de ces agressions ignobles. Lors de l’annonce du casting de Susan Bones, un personnage mineur très peu décrit dans les livres, Jazmyn Lewin s’est retrouvée visée également. Interprétée par la fille de Christopher Columbus dans les premiers films, Susan Bones apparaissait alors rousse et blanche de peau, là où Jazmyn Lewin est noire ; on pourrait aussi dire racisée si le terme était compris. Les commentaires débordent donc de remarques sur sa couleur de peau, avec des perles comme « est-ce que cette série c’est HP dans les banlieues ? » , un beau cliché raciste parmi d’autres.


Ces commentaires sont, par ailleurs, l’occasion de tourner en ridicule et d’attaquer des castings pas encore annoncés. Sirius Black, Cho Chang, Voldemort… ils y passent tous et, chaque fois, les réactionnaires s’inventent des scénarios abracadabrantesques, comme si choisir une actrice pour incarner Voldemort était un changement comparable à choisir une jeune fille noire pour jouer un personnage dont la seule description indique qu’elle a « des cheveux longs. »
Un fandom qui se laisse gangréner
Dès l’annonce de la série, j’avais souligné l’un des énormes défis pour le projet : la tension qui me semblait irréconciliable entre des fans réactionnaires et un casting qui devrait inévitablement intégrer plus de diversité. Une partie du public progressiste va se détourner à cause de la transphobie de J.K. Rowling ; tandis que le public réactionnaire va se déchaîner à cause de choix de casting, souvent insignifiants.
De nombreux fans feront aussi comme si de rien n’était ; préférant fermer les yeux et prétendre que ces insultes, ces remarques horribles, sont « juste des blagues », viennent d’une « minorité », qui ne sont « probablement même pas de vrais fans ». Il y en aura même certainement pour critiquer cet article, parce qu’il ne faudrait surtout pas parler de choses négatives ; ils seront plus vocaux envers une dénonciation de ces propos qu’envers les propos eux-mêmes.
Mais c’est cette passivité qui permet aujourd’hui à ce type de propos de trouver sa place sur les réseaux sociaux. C’est la normalisation de ces discours, dans toutes les facettes de notre société, qui libère les propos racistes, homophobes, transphobes, grossophobes, sexistes… Le fandom Harry Potter est un microcosme qui reflète plus largement notre société ; ce que nous tolérons au sein de celui-ci, nous le tolérons ailleurs. Penser qu’il est possible de le préserver comme une bulle d’évasion, où rien de problématique ne peut se produire, c’est illusoire.

Une toxicité devenue systémique
De la même manière que La Gazette a été traitée de raciste pour avoir osé parler du racisme dont Arabella Stanton est victime, il y aura aussi des personnes suffisamment malhonnêtes pour prétendre que ces déferlements de commentaires haineux viennent de personnes critiques de J.K. Rowling. Une notion risible et absurde, qui tentera de prêter à des « wokistes » les propos même qu’ils dénoncent. C’est le contraire du « wokisme » d’utiliser l’idée de « Harry Potter lesbien » comme une insulte, ou d’ironiser sur le physique d’un.e acteur.ice. Il ne faudrait pas confondre les critiques des acteurs adultes pour leur choix conscient de participer à la série et des attaques gratuites sur le physique.
Qu’on ne s’y méprennent : derrière ces injures se cachent des personnes qui soutiennent l’autrice dans ses combats. Ce sont les mêmes « anti-wokistes » qui iront insulter et mégenrer les personnes transgenres, affirmer qu’on voit trop de personnages LGBT dans les séries… et qui minimiseront la réelle implication de l’autrice dans la série pour réconcilier leur vision de Rowling comme chantre de l’anti-wokisme avec le casting réel. Ils s’opposent à un supposé « wokisme » de la série, exactement comme ils dénoncent une prétendue dérive des associations de défense des droits LGBT.
Ce sont les mêmes mécaniques qu’on observe à chaque fois, qui normalisent certains comportements basés sur une vision passéiste de notre société. Une vision sexiste, normative, raciste, dans laquelle tout ce qui ne rentre pas dans le moule hégémonique peut-être dénigré.
La question que chaque fan doit se poser est donc : suis-je prêt.e à partager un fandom avec ces personnes ?
