Harry Potter : une édition avec des images de la série
Après 25 ans de résistance, un tome de Harry Potter sera pour la première fois illustré par des images issues d’une production en prise de vue réelle. Les éditeurs anglophones ont annoncé qu’une édition du premier tome avec l’affiche de la série reboot HBO en couverture sera publiée dès le 3 novembre prochain. Ce qui peut sembler être une évidence, ou un non-événement, en dit pourtant très long sur ce qui se joue en coulisses.
Jamais les films en couverture
En effet, J.K. Rowling s’est toujours opposée à ce que les tomes de Harry Potter soient illustrés par l’affiche des films. En 2016, une couverture espagnole avait même été refusée parce qu’elle ressemblait trop aux images des films. Au-delà d’images tirées directement de la production cinématographique, il était donc carrément exigé de ne pas s’en inspirer trop ouvertement ! Même les films Les Animaux fantastiques avaient bénéficié de couvertures illustrées par MinaLima (jusqu’au troisième volet, dont le texte du film servait également de livre making-of).
Pourtant, aujourd’hui, cette règle vole en éclats ! Il semble donc nécessaire de se demander ce qui a pu changer entretemps, et le message qu’un tel changement envoie. Là où, avant, Rowling cherchait clairement à dissocier les films des livres, elle accepte, et veut même, que les livres et la série soient étroitement associés ; mais pourquoi ?
- Cela contribue au message de « fidélité » de la série envers les livres ; « les livres sont la série HBO, la série HBO égale les livres.«
- Cela contribue à effacer les acteurs des films, que Rowling a pris en grippe ; « comme les visuels de la série sont ceux des livres, il faut arrêter d’associer Daniel Radcliffe à Harry Potter !«
- C’est du marketing pour la série qui, si elle n’est pas un succès retentissant, jettera le doute sur la pérennité de la franchise. Le tome sortira en novembre, est sera l’équivalent d’affiches publicitaires en librairie.
- C’est potentiellement un financement pour la série ; en fonction des accords, les éditeurs achètent les droits d’image à Warner Bros…. et ils sont plus étroitement engagés par le succès de celle-ci.
Un nouveau revirement
La validation d’une couverture de livre liée à la série n’est d’ailleurs pas le premier revirement de l’autrice en la matière. En 2015, lorsqu’un fan lui demandait quand arriverait une adaptation de la saga dans un format sériel, l’autrice répondait de manière assez radicale : « Juste après la version opéra, Potter-sur-glace et les Contes de Beedle le Barde en danse interprétative« , en précisant qu’aucun de ces projets n’était réel.

Certains diront « il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. » Mais peut-être faut-il examiner le pourquoi de ce changement d’avis. Ce revirement est-il basé sur une logique ; et la logique d’origine devait-elle réellement être remise en question ? S’il s’agit d’une question purement économique (« ça va faire des sous« ), est-ce vraiment la meilleure logique à suivre ?
Aujourd’hui, il ne fait aucun doute que le projet de série est, en partie rendu possible par la volonté de Rowling de distancer certains acteurs ou artistes de l’univers de Harry Potter. En 2025, elle répond ainsi à un tweet qui demande « Quel acteur/actrice ruine instantanément un film pour vous ? » par : « Trois propositions. Désolé, mais c’était trop tentant. » Une référence manifeste au trio principal des films qui ont exprimé leur soutien aux personnes transgenres.

Cette nouvelle édition est donc clairement un outil. Ce n’est plus une œuvre à part entière qui mérite sa propre illustration ; c’est un objet publicitaire et de revendication. Les librairies deviennent un moyen d’amener vers la série, là où les films étaient un moyen d’emmener les fans en librairie. Les livres sont un accessoire du reboot, mis au service de celui-ci et de la campagne vindicative de l’autrice.
Regardez ! Un nouveau titre !
Les annonces officielles ne mettent bien entendu pas du tout ce revirement en avant. Pas question de souligner qu’il s’agit de la première édition avec des images issues d’une production audio-visuelle ; cela soulèverait trop de questions. C’est pourtant une information, en soi: c’est une première ! Mais le site officiel préfère mettre en avant le fait que l’édition américaine conservera le titre « Harry Potter and the Philosopher’s Stone« , en lieu et place du titre utilisé jusqu’à présent outre-Atlantique : « Harry Potter and the Sorcerer’s Stone. » De quoi capter l’attention de tout le monde, pour balayer la symbolique de la couverture sous le tapis.
Bien sûr, conserver le titre britannique aux USA permet de distancer encore les films de cette nouvelle production. La série y sera diffusée sous le titre originel (« Philosopher’s Stone« ), contrairement au premier film, et le lien entre ce livre et la production de HBO est primordial. Rappelez-vous : il s’agit d’être « ultra-fidèle aux livres, » il semble donc indispensable de respecter également le titre. Cette évolution est cependant beaucoup moins symbolique, puisqu’elle ne trahit pas un revirement majeur de l’autrice, qui renonce à un principe auquel elle s’était toujours tenu.
En France, le titre « Harry Potter à l’école des sorciers » a néanmoins bien été conservé dans la dernière bande-annonce ; un livre adoptant cette même couverture conservera donc inévitablement la même version française. Il est inutile de spéculer sur l’éventuelle parution de « Harry Potter et la pierre philosophale« .
Et vous, que pensez-vous de ce revirement de l'autrice ?
Source : Mugglenet

