Harry Potter : le mensonge de la Fontaine de la Fraternité magique
Lorsque Harry se rend au Ministère de la Magie pour la première fois, il découvre la Fontaine de la Fraternité magique ; un monument, comme son nom l’indique, à la gloire de l’entente entre les êtres magiques. Très vite, le mensonge qui se cache derrière celle-ci est souligné dans la narration… cependant, ce qu’en ont fait les films et, plus récemment, le parc d’attraction Universal Epic Universe la rend encore plus problématique que dans les livres, et on en parle peu !
Comment est-ce possible ? Zoom sur ce détail que vous n’aviez peut-être jamais remarqué et qui change tout !
La fontaine originelle
Mais avant de plonger dans la version des films, il faut revenir à celle des livres. La première description de la fontaine présente cinq statues d’or, plus grandes que nature, au centre d’un bassin circulaire. La plus haute représente un sorcier qui pointe sa baguette vers le ciel. À ses côtés, on trouve « une sorcière d’une grande beauté » qui brandit elle aussi une baguette. Autours, un gobelin, un elfe de maison et un centaure contemplent les deux humains avec adoration, tandis que de l’eau jaillit, respectivement, de leurs baguettes, de leur chapeau pointu, de leurs oreilles et de la pointe de leur flèche.
Des livres à Pottermore, plusieurs dessins de la fontaine illustrent parfaitement cette description.



Par la suite, Harry observe la statue plus attentivement et il indique : « Il lui sembla [que le sorcier] avait l’air plutôt faible et stupide. La sorcière affichait un sourire vide, comme une candidate à un concours de beauté, et d’après ce que Harry savait des gobelins et des centaures, il était peu vraisemblable qu’on les surprenne à contempler des humains, quels qu’ils soient, avec une telle mièvrerie.»
En effet, le lore du Wizarding World est plutôt clair là-dessus : les gobelins n’apprécient pas les sorciers, les centaures non plus. Les sorciers oppriment les autres êtres magiques, leur interdisant l’usage de baguettes, leur imposant des lois pour lesquels ils ne sont pas consultés… La narration semble indiquer que la fontaine est mensongère, et que personne n’est dupe, pas même les sorciers représentés ; mais…
Le status quo des parcs…
Lorsque Voldemort arrive au pouvoir, la fontaine est remplacée par le monument «La Magie est Pouvoir». Celui-ci est beaucoup plus honnête dans sa symbolique, puisqu’il représente un sorcier et une sorcière assis sur un trône. Celui-ci est en vérité formé des corps nus et écrasés de moldus. Il ne serait d’ailleurs pas incohérent de penser que des elfes, gobelins et centaures auraient pu faire partie de la masse.
Cependant, c’est après que les choses deviennent intéressantes ! Et c’est là, que la symbolique de la Fontaine de la fraternité prend une toute autre ampleur.
En effet, le parc Universal Epic Universe à Orlando dévoile aux fans une représentation du Ministère de la magie britannique après la chute de Voldemort. Les visiteurs sont invités à assister au procès de Dolorès Ombrage, alors que Kingsley Shacklebolt est devenu Ministre de la magie et juge du Magenmagot. Et là, au centre de l’atrium, on retrouve… la même Fontaine de la fraternité magique que celle découverte par Harry avant son audience disciplinaire !


Ce « retour à la normale » n’est pas anodin. Il envoie un message : rien n’a changé. Plutôt que de remplacer la fontaine par une nouvelle statue, qui refléterait un message positif et progressiste, les sorciers ont maintenu cette représentation des êtres magiques « en adoration » devant eux. Si on considère le décor de l’attraction comme « canon » (et il a, après tout, été validé officiellement), le retour de cette statue confirme que la victoire de Harry et de l’Ordre du Phénix, c’est le maintien du statu quo, pas d’une vision progressiste du monde magique.
Combattre Voldemort, oui, mais pas pour améliorer le quotidien de tous les êtres magiques ; seulement pour préserver le confort des sorciers ! Cette problématique fait écho à de nombreux débats actuels, entre progressistes et « centristes ». Les uns estiment que la société doit encore évoluer en matière d’inclusivité, de représentation et de droits, tandis que les autres se satisfont du statu quo dans certains domaines.
… et le patriarcat des films
Pouvoir découvrir la fontaine au parc Epic Universe m’a également ouvert les yeux sur un autre aspect problématique de celle-ci, présent dans les films (et au parc, qui en reprend les décors). En effet, je m’étais toujours demandé pourquoi il n’y avait que quatre personnages sur le socle de la fontaine du film. L’elfe, le gobelin, le centaure et la sorcière sont bien présents, mais pas le sorcier.


C’est donc en visitant le parc, et en découvrant la reproduction à l’échelle du décor que j’ai compris !
L’équipe du film a scindé la Fontaine de la fraternité magique en deux ! Le Sorcier est sur un piédestal à part ! Il s’agit de ce mage gigantesque, qui surplombe l’atrium depuis un autre hall du ministère, et qu’on aperçoit sur certains plans du films. Il est bien là, brandissant sa baguette vers le ciel, exactement comme l’indique le livre.


Sauf que, une fois cette évidence assimilée, vient un nouveau choc. Dans cette version de la Fontaine de la fraternité magique, la sorcière est positionnée en « adoration » avec les êtres magiques ! Bien pire qu’un « sourire vide », elle est reléguée au même rang que les « êtres inférieurs » négligés par les sorciers, sur leur socle. La Fontaine n’est plus seulement un symbole de spécisme ; elle incarnait le patriarcat bien implanté dans la société magique du monde de Harry Potter.
Selon la représentation de Epic Universe, Kingsley, Harry, Hermione et les autres n’ont même pas jugé bon de replacer la sorcière aux côtés du sorcier. Le « renouveau » du Ministère se construit sur les même base, sur un symbole d’inégalité évidente, entre les espèces, mais aussi entre les sexes.
Le fruit de l’interprétation
La fontaine de la Fraternité magique n’est pas le seul exemple d’élément des livres rendu plus polémique ou problématique par un choix artistique des films. C’est notamment le cas des gobelins, dont la description, parfois dénoncée comme reposant sur des clichés antisémites, est renforcée dans les films par la présence d’une étoile de David sur le sol de Gringotts dans Harry Potter à l’école des sorciers.

Dans ce cas précis, il faut noter que le sol est celui de la Australia House, à Londres, qui a servi de décor au premier film. Quand la banque a été reproduite en studio pour Les Reliques de la Mort, puis sur le Chemin de Traverse dans le parc Universal Studios d’Orlando, et enfin au Studio Tour de Londres, l’étoile à six branche a disparu.
En revanche, la Fontaine de la Fraternité magique n’est pas un monument réel qui aurait été conservé à l’écran. Elle a été pensée (et même « repensée », par rapport aux livres) pour les films. L’équipe de décoration aurait pu placer le sorcier avec la sorcière sur un socle, et les êtres magiques sur un autre socle, mais elles ont choisi de positionner le sorcier seul. C’est une décision réfléchie. Si on se positionne dans l’univers de la saga, ce choix a un poids symbolique non négligeable.
Conclusion de l’archiviste
Si la problématique de la Fontaine de la Fraternité magique est soulignée dans les livres, elle ne l’est jamais dans les films. La Fontaine ne sert que d’élément de décor, et l’absence de monologue interne de Harry prive les spectateurs de sa remise en question.
De ce fait, l’esthétique choisie pour le film, et sur laquelle se base les décors des parcs, ainsi que sa symbolique ont longtemps échappé à l’attention des fans. La présence de la Fontaine à taille dans une réplique du Ministère de la Magie, aujourd’hui accessible au grand public, met en lumière ce qui longtemps, est resté dans l’ombre : une nouvelle preuve que le monde des sorciers n’est pas si égalitaire qu’on a parfois pu le penser.
Sources : Wiki Harry Potter, Fandival, Reportage Epic Universe
