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Harry Potter et la religion

16 février 2015

Lors d’une séance de questions/réponses sur Twitter il y a quelques semaines, J.K Rowling a révélé qu’Anthony Goldstein, un élève de Serdaigle contemporain d’Harry, était de confession juive. Elle a par la suite ajouté que la plupart des religions et croyances étaient représentées à Poudlard, à l’exception des Wiccans. Cette annonce ne fait que confirmer ce que beaucoup supposaient depuis longtemps : le monde des sorciers, ou en tout cas les sorciers de Grande-Bretagne, ne semblent pas ignorer la religion, comme nous le montrent certains éléments tels que la célébration de Noël, l’importance des parrains, la présence d’une église à Godric’s Hollow, l’existence du moine gras…

Par ailleurs, il n’est pas étonnant que des sorciers qui ont des parents moldus aient aussi une appartenance religieuse ; jusqu’à l’établissement du Code International du Secret Magique en 1689, les sorciers vivaient librement parmi les moldus, ce n’est donc pas surprenant que certains d’entre eux aient adhéré à leurs religions. Dans le cas d’Anthony Goldstein, par exemple, J.K. Rowling avait déjà précisé, lors du reportage Harry Potter and Me, qu’il était de sang-mêlé. La dernière révélation de J.K. Rowling est l’occasion pour nous de nous interroger sur la coexistence du monde sorcier et des différentes religions. En effet, elle ne nous a rien précisé à ce sujet et l’appartenance des sorciers à une communauté religieuse ne va pas de soi : comment les sorciers perçoivent-ils la religion en général ?

Si l’affirmation de J.K. Rowling est tout à fait recevable, elle n’éclaire néanmoins pas certains points essentiels pour comprendre la place de la religion au sein de la communauté :

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- Il y a des signes d’une influence religieuse à Poudlard comme la célébration de la fête de Noël. De même, sur la tombe de Lily et James Potter se trouve une citation de la première épître aux Corinthiens ; sur celle de la sœur de Dumbledore, une citation de l’Evangile selon Saint Mathieu. Pourquoi ces deux familles ont-elles fait le choix des citations d’inspiration chrétienne pour honorer leurs morts ?
- Par ailleurs, notre auteur préféré ne donne aucune indication pratique : les sorciers né-moldus qui intègrent Poudlard ont-ils à disposition des lieux de culte s’ils veulent continuer à pratiquer leur religion ? (en excluant la Salle-sur-demande, puisque Dumbledore en fait seulement la découverte dans le tome 4). Les élèves croyants peuvent-ils rejoindre leur famille pour certaines fêtes religieuses ?
- Ensuite, quel est, selon J.K. Rowling, l’impact que peut avoir la découverte de la magie sur les croyances d’un jeune sorcier ? Y-a-t-il eu par exemple des cas de familles qui ont refusé que leur enfant sorcier intègre Poudlard ?
- Inversement, comment les sorciers perçoivent-ils les religions des moldus ? Trouvent-ils qu’elles sont compatibles avec leurs activités ? S’en méfient-ils depuis les persécutions des sorcières ?
- Nous connaissons tous le personnage du moine gras : son existence est-elle la preuve que sorciers et religieux ont coexisté à une époque où le code du secret international n’avait pas été encore instauré ? Pourtant, il nous est aussi indiqué dans le tome 3 qu’il y a eu de nombreuses chasses aux sorcières dans cette même période…
- Existe-t-il des religions spécifiques aux sorciers ? La culture sorcière, si elle est liée à celle des moldus, reste malgré tout à part, ne serait-il pas possible que les sorciers aient hérité de croyances propres à leur pratique de la magie ?

En somme, il faut se demander quelles sont les limites de cette cohabitation entre religions moldues et pratique de la magie. Par exemple, que pensent les sorciers qui défendent l’idée que les Sang-Pur sont supérieurs aux autres de ces religions moldues ; l’idée d’un moldu tout puissant ne serait-elle pas complètement invraisemblable pour eux ? On sait, par exemple, que Salazar Serpentard refusait d’enseigner la magie aux enfants de moldus ; comment un sorcier tel que lui aurait-il pu croire en un dieu moldu, obéir à un dogme moldu ? De manière générale, il semble inconcevable que tous les sorciers revendiquant leur statut de Sang-Pur se soient jamais abaissés à partager les croyances de ceux qu’ils méprisent.

En outre, lorsque l’on connait tout l’étendu des différents domaines de la magie, certaines branches de la magie ou certains pouvoirs, comme le fait d’être un animagus, ou de pouvoir fabriquer des poisons mortels, n’entrent-ils pas en contradiction avec certaines croyances moldues ?
Dans la même idée, il semblerait que certaines religions rejettent, dans leurs textes sacrés, tout type de pratique de la magie ou de contact avec les esprits. C’est le cas par exemple de la Tanakh, ou Bible hébraique, qui dit par exemple qu’un homme ou une femme reconnu comme sorcier doit être mis à mort, que toute communication avec les fantômes et les esprits est interdite, ainsi que la consultation d’oracles des morts ; des exigences qui paraissent bien incompatible avec l’identité de sorcier.

De plus, les mythes et miracles évoqués dans plusieurs religions moldues paraissent-ils si extraordinaires pour les sorciers ? A l’exception de la résurrection, quelque chose d’impossible même chez les sorciers, ce que les moldus appellent « miracles » semblent être des actes ordinaires pour ceux qui pratiquent la magie ; la guérison, la métamorphose, la multiplication de la nourriture…
On peut considérer le fait que l’étendue des pouvoirs magiques des sorciers dépasse, en un sens, tout ce que les moldus peuvent espérer ; les croyances moldues sont-elles donc vraiment suffisantes pour les sorciers ? D’où l’idée que les sorciers pourraient très bien avoir leur propre religion (voire plusieurs). Cette religion pourrait alors inclure dans son récit mythique des éléments du monde magique, issus des différentes branches de la magie, tels que les potions, les créatures magiques, le lien entre un sorcier et sa baguette, ou encore l’invisibilité, et serait compatible avec leurs pratiques.
Il est vrai que certains éléments du monde magique font partie du folklore moldu, mais si les sorciers ont réellement une religion qui leur est propre, et qui inclue des éléments comme des dragons ou des licornes, on pourrait penser que les sorciers, avant l’établissement du Code International du Secret Magique, n’aient pas cherché à cacher leur religion aux moldus, et que certains moldus aux oreilles indiscrètes aient propagés des histoires de dragons, centaures, et autres gobelins, qui seraient devenus des éléments « légendaires, folkloriques » pour le monde moldu.

En réalité, la clé se trouve peut-être dans la conception que J.K. Rowling a elle-même de la religion. En effet, même si toutes les croyances sont présentes à Poudlard, J.K. Rowling reste très influencée par la religion chrétienne. Issue d’une famille anglicane, elle a choisi finalement de suivre l’Eglise d’Ecosse. C’est sans doute pour cela que certains symboles chrétiens sont distillés dans son œuvre.
Dans les six premiers tomes, il n’y a guère d’allusions directes à la religion. Ce n’est qu’au septième tome que J.K. Rowling utilise explicitement des références chrétiennes : citations de textes bibliques ou d’ordre religieux, sacrifice et résurrection d’Harry Potter, qui semble alors se rapprocher de la figure du Christ.

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De même, le mal est incarné par des serpents (Nagini, le basilic, l’emblème de Serpentard…), comme le diable dans la Genèse.
Mais, au fond, peu importe : ce ne sont que des symboles ; la seule véritable croyance que J.K. Rowling met en avant dans ses livres c’est qu’il y a quelque chose après la mort.

Plusieurs éléments, en effet, nous indiquent qu’ils ont toutes les raisons de croire en une vie après la mort :
- Les fantômes qui les entourent au quotidien leur prouvent qu’il existe quelque chose. Il faut néanmoins remarquer que ces spectres n’ont aucune idée de ce qui se passe au bout du chemin, comme l’explique Nick Quasi Sans Tête.
- Les langues-de-plomb font des expériences pour découvrir ce qu’il y a après la mort. Le voile que découvre Harry dans leur département dans l’Ordre du Phénix est le signe que les sorciers sont fascinés par la vie après la mort.
- Dumbledore explique à Harry, après le sacrifice de ce dernier, qu’un train pourrait arriver et l’emmener « plus loin ».

Ainsi, si J.K. Rowling utilise des citations issues de textes chrétiens, dans le septième tome, il est fort probable que c’est avant tout parce qu’elles livrent une réflexion sur la mort : la citation de William Penn présente la mort comme « la traversée du monde », les deux autres citations bibliques se trouvent sur les tombes des Dumbledore et des Potter. Par conséquent, les références chrétiennes dans Harry Potter ne sont là que pour servir le propos de J.K. Rowling. Par exemple, il est significatif que, dans le monde d’Harry Potter les sorciers ne célèbrent que deux fêtes, une païenne, Halloween, la fête des morts et Noël, qui commémore une naissance.

De ce fait, si J.K. Rowling affirme que Poudlard est une école multiconfessionnelle alors qu’on trouve surtout des références chrétiennes et que les sorciers ne parlent jamais directement de leurs croyances dans ses livres, c’est avant tout pour montrer à ses lecteurs qu’elle ne prescrit aucune religion, aucun mode de vie en particulier : à chacun sa façon d’appréhender ce qui l’attend après la mort.


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