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Que célèbre t-on au juste à Noël chez les Sorciers ?

18 décembre 2012

A l’approche des fêtes de fin d’année partout dans le monde moldu, il est drôle de se rappeler que les sorciers aussi fêtent Noël ! Revenons sur le sens exact de cette célébration dans le monde sorcier. Est-ce un choix cohérent compte tenu de l’absence presque totale de références à tout arrière-plan culturel religieux ou même chrétien dans Harry Potter ?

On peut dire que la relation entre Harry Potter et la religion a toujours été un sujet quasiment tabou : certains réfutent toute influence, d’autres en voient partout et même J.K. Rowling a toujours brouillé les pistes en laissant au lecteur la liberté d’interpréter et de deviner les passages potentiellement inspirés par ses propres convictions. Le but de cette analyse sur la signification des célébrations de Noël dans le monde sorcier n’est pas de démontrer quoi que ce soit mais de prendre au sérieux ce problème de l’influence au moins culturelle du christianisme dans Harry Potter. La Gazette du Sorcier n’a pas l’habitude de laisser de coté des questions sous prétexte qu’elles sont polémiques ou politiquement incorrectes, même quand il s’agit d’attaquer des personnages très populaires comme Dumbledore et c’est dans cet esprit que j’aimerais mener mon analyse.

On pourrait régler rapidement la question en disant que le monde moderne a perdu de vue l’origine chrétienne de Noël et que dans une grande majorité, célébrer Noël ne préjuge en rien de qui on est, chrétien ou pas. Noël est devenu principalement une fête « neutre », profane (d’autres diront commerciale) comme un prétexte pour se retrouver en famille, s’échanger des cadeaux et « boustifailler » ! Rien de plus. Pourquoi ça ne serait pas aussi le cas dans le monde sorcier ? Étant donné qu’on insiste beaucoup sur le caractère inter-pénétrable du monde moldu et du monde sorcier, en tant qu’ils ne forment pas de manière absolue deux mondes renfermés l’un sur l’autre mais qu’ils communiquent souvent entre eux, cette hypothèse n’a rien d’absurde. Noël serait aussi laïc dans les deux mondes et la famille, les cadeaux et la bonne nourriture auraient la même place.

Sauf que ce n’est pas drôle de s’arrêter là. On oublie un point essentiel : avant de questionner le sens d’une telle célébration chez les sorciers, et d’en conclure de suite à un sens purement profane et familial, comment les sorciers en sont-ils venus à fêter Noêl, à généralement l’appeler « Christmas » alors que les sorciers ne semblent connaître ni d’Ève ni d’Adam un certain Jésus-Christ, connu traditionnellement dans le monde moldu pour être né ce jour-là. Ce qui est certain, c’est qu’au moins dans le tome 4, ce n’est pas Noël qu’on fête à Poudlard le soir du bal donné en honneur du Tournoi des Trois Sorciers mais Yule, une fête païenne d’origine germanique pour célébrer le solstice d’hiver. Noël, tel qu’on le pratique actuellement, s’en inspire étant donné qu’on en a repris des traits caractéristiques comme les sapins, le houx, le gui, etc... Rien ne dit que cela soit vraiment Yule qui soit fêté chaque année chez les sorciers mais cela irait dans le sens d’une meilleure cohérence d’ensemble par rapport à l’univers entier d’Harry Potter où la présence de la religion est quasi nulle.

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Toutefois, à part les adeptes de la Wicca et les plus cultivés, qui connaît vraiment Yule parmi les jeunes et les moins jeunes lecteurs de la biographie du Survivant et pourrait facilement faire le lien entre cette fête et Noël ? La référence aux fêtes de Noël semble un choix judicieux pour ne pas trop dépayser le lecteur et rendre le monde sorcier moins étrange, plus familier et surtout plus vraisemblable. Ainsi, les sorciers adoptent nos propres habitudes notre propre calendrier et ses festivités. Après tout, après plusieurs lectures, on peut très bien passer à coté de ce détail visiblement incohérent selon lequel les sorciers fêtent Noël sans pourtant que notre lecture soit gâchée. Ce n’est que lorsqu’on s’intéresse à la cohérence de l’univers de Jo, quand on pousse notre lecture plus loin qu’on le remarque.

A priori, les sorciers ont toute l’apparence de fêter le même Noël que le Moldu moyen, si l’on s’en tient aux quelques détails qui décrivent comment Noël est fêté. Tout y est : décorations (on se rappelle des 12 sapins à Poudlard), festin, distributions de cadeaux. Bien sûr, les cadeaux prennent une grande place pour les sorciers autant que pour nous comme les célèbres pulls façon Weasley, les friandises ou les cadeaux très généreux des Dursley (mention spéciale au cure-dent dans La Chambre des secrets !). Toutefois, Noël est souvent l’occasion d’introduire des éléments déterminants pour l’intrigue sous forme d’objets : la cape d’invisibilité, l’éclair de Feu, le couteau ou le miroir à double sens offerts par Sirius.

Même quand les cadeaux ne sont pas offerts à Noël, c’est à cette période qu’ils prennent un sens, comme les objets que le trio héritent de Dumbledore des mains de Scrimgeour dans le tome 7. Ron entend la voix de Hermione à Noël, Harry découvre que le Vif d’or “s’ouvre au terme” et Hermione découvre que la marque dans son livre de contes a sans doute une signification plus profonde. Noël a avant tout cette fonction d’introduire de la nouveauté, des rebondissements dans l’intrigue sans que les cadeaux qui y sont partagés n’aient une valeur assez symbolique pour nous aider à décrypter le sens de cette fête en question pour les sorciers.

Plus que les cadeaux, Noël a avant tout un aspect folklorique très marqué et on le retrouve dans les quelques chants de cantiques de Noël, qui est une tradition plus nettement anglo-saxonne que ce que l’on connaît chez nous. Vous vous souvenez peut-être de l’épisode où Harry découvre les décorations de Noël spécialement conçues pour le bal de Noël (Yule Ball) dans La Coupe de Feu où des armures sont ensorcelées pour en chanter (quand Peeves ne s’y introduit pas pour chanter des chansons paillardes !). Étrangement, elles chantent « Il est né le divin enfant », qui est un chant très célèbre de la Nativité et on doute que « l’enfant » en question fasse référence à quelqu’un d’autre que Jésus, pas même à la naissance d’Harry le Survivant, l’Élu. L’autre mention se trouve dans le tome suivant au 12, Square Grimmauld où Sirius chante un air visiblement sans rapport avec Noël : « De bon matin, j’ai rencontré l’hippogriffe ». Cet air est une variation d’un autre cantique de Noël « La marche des rois mages » qui commence de la même manière, sans mention d’hippogriffe bien sûr ! Le deuxième chant est plus nettement un clin d’œil, au même titre que les nombreux jurons que Jo adapte à la sauce sorcière comme « par la barbe de Merlin » pour ne pas dire « par tous les saints » ou d’autres expressions plus marquées religieusement. Toutefois, le premier cantique est clairement une incohérence ou laisse entendre que l’univers chrétien n’est pas si étranger aux sorciers, du moins culturellement, contrairement au folklore typiquement moldu.

A vrai dire, rien n’est dit sur les croyances religieuses des sorciers ou même des quelques sorciers d’ascendance moldue que l’on rencontre, par exemple Hermione ou même Harry qui pourrait expliquer le lien. Quel sens a pour eux Noël vu qu’ils sont davantage censés en connaître l’origine chrétienne, c’est un mystère. On peut même supposer que Harry a été baptisé (Rowling parle de “christening”) puisqu’il a un parrain, Sirius Black. Mais, là encore, on ne sait pas exactement quel sens cela a pour les sorciers et s’il s’agit d’un rite magique quelconque, à la manière du serment inviolable qui sert à créer un lien entre ceux qui y participent et qui est le lieu d’une grande promesse de fidélité.

De simple coutume ou pratique d’un folklore, on sent que la connotation religieuse du Noël chez les sorciers est difficilement niable donc encore plus problématique. Ça l’est d’autant plus la dernière fois que l’on voit Harry fêter Noël, justement en présence d’Hermione, à Godric’s Hollow, la veille de Noël, devant la tombe de ses parents. Si l’élément de la famille est toujours un symbole très important pour définir les fêtes de Noël, autant d’un point de vue religieux que profane, il marque d’autant plus ce Noël-ci. Harry et Hermione passent devant un monument aux morts qui n’est autre qu’une statue commémorative en l’honneur des Potter. C’est en famille qu’ils y sont représentés et le symbole n’est pas anodin tant il rappelle la « sainte » famille célébrée ce soir-là. C’est toutefois la tombe des Potter qui est la plus symbolique. Harry y lit une inscription en épitaphe : « Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort », qui n’est autre qu’une citation tirée de la première épître aux Corinthiens de Saint Paul. Vous allez me dire, et alors ? Harry interprète faussement cette épitaphe d’un point de vue sorcier : cela serait une devise parfaite pour des Mangemorts, ce qui lui fait froid dans le dos de la part d’anciens Aurors comme ses parents. Or, Hermione lui donne une explication qui elle n’a rien de profane : c’est l’expression même de l’espoir d’une vie après la mort, d’une renaissance.

Et d’une certaine manière, c’est un peu ça aussi le sens profond de Noël : l’espoir, le désir d’une vie nouvelle ou justement d’accomplir ce que l’on désire. Le solstice d’hiver, célébré par Yule (et Noël ensuite) marque le moment où les jour s’allongent à nouveau, le retour de la lumière : le sapin lui même, amené à l’intérieur, est symbole de survie. Ce n’est pas rien si le Miroir du Risèd apparaît dans le premier tome pendant les fêtes de Noël : « Je ne montre pas ton visage mais de ton cœur le désir. » Si Noël a bien ce sens-là, autant chez les sorciers que chez les Moldus, et même parmi les plus croyants d’entre eux, c’est peut-être qu’il s’agit d’un moment universel, qui rassemble tous ceux qui sont séparés, comme le Miroir du Risèd lui-même.

Ainsi, quel que soit le sens profond de la célébration de Noël chez les sorciers, et ce que cela nous apprend sur le lien particulier qui uni Harry Potter et la religion, ce qui est sûr, c’est que Noël est magique que l’on soit sorcier ou moldu !

Pour vous le prouver, laissez-vous tenter par ce morceau de Wrock « Christmas Mirror » du groupe « The Butterbeer Experience ». Si vous le désirez, vous y retrouverez le Miroir du Risèd !


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