Chris Columbus, curieux pour la série Harry Potter
Le réalisateur des deux premiers films Harry Potter, Chris Columbus, a accordé une longue interview au podcast « The Rest in Entertainement » (Le reste est du divertissement) lors de laquelle il est revenu sur plusieurs œuvres de sa carrière, mais aussi la différence entre filmer pour le petit et le grand écran.
Lors de cet échange de près d’une heure, le sujet de la série reboot Harry Potter a inévitablement été évoqué. La première question sur la saga arrive à 17 minutes, dans la vidéo intégrale disponible ci-dessous. Suite à quoi, de nombreux médias ont fait leurs gros-titres sur les propos du réalisateur, souvent en se concentrant sur une petite partie de la discussion.
On a donc eu des articles affirmant que Chris Columbus avait hâte de voir la série, tandis que d’autres le disaient déçu du projet. Alors, qu’en est-il vraiment ?
Rejoindre le monde de Harry Potter
Le réalisateur parle d’abord de ses débuts dans le monde du cinéma, et de son premier film, Gremlins. Quand arrive le sujet de Harry Potter, il explique avoir demandé à son agent de rencontrer l’équipe de production en dernier pour obtenir le poste. Il avait annoté le scénario et préparé un document expliquant sa vision du film.
Une fois choisi, il s’est entretenu pendant de longues heures avec J.K. Rowling, qui a confirmé adhérer à ses idées. À l’époque, trois films étaient déjà envisagés, il fallait donc planifier à l’avance. Comme on le sait, les deux premiers films ont été tournés à la suite l’un de l’autre, et Chris Columbus explique qu’il pensait rester pour toute la saga.
Les enfants dictent le rythme

Concernant le casting, le réalisateur explique que les familles des jeunes acteurs ont autant joué un rôle que le talent des acteurs eux-même. En effet, pour Maman j’ai raté l’avion, il avait choisi Macaulay Culkin pour son jeu d’acteur, mais il n’avait pas fait attention à son contexte familial difficile. L’acteur n’avait donc pas un entourage en mesure de le soutenir et il voulait éviter ça pour Harry Potter.
À la fin de l’interview, Chris Columbus évoque également la difficulté de tourner avec les jeunes acteurs pour le premier film. Il explique que le montage, reposant principalement sur des champs/contrechamps, est dû à la quasi-impossibilité de réaliser des prises de plus d’une ou deux lignes de dialogues.
Par ailleurs, quand les acteurs plus expérimentés s’adressent aux élèves, c’est souvent le réalisateur lui-même qui incarne Harry, Ron ou Hermione hors champs. Une solution également privilégiée étant donné les horaires de travail limité des jeunes comédiens.
Et puis, à mi-tournage du deuxième film, ils sont devenus incroyables. Et, tout à coup, je pouvais envisager un travelling avec le trio qui discute. Et c’était une expérience incroyable d’en arriver là.
Les coupes inévitables
Chris Columbus explique également qu’il avait une obsession pour Peeves. Il confirme que Rik Mayall avait fait forte impression dans le personnage, mais qu’il a dû être coupé… parce que le rendu en image de synthèse ne satisfaisait personne ! Jusqu’à présent, l’explication était restée plus vague, reposant souvent sur le fait qu’aucune prise ne fonctionnait tellement les jeunes acteurs étaient hilares face à l’interprétation du personnage.
C’est à ce moment là (23:57min) que le réalisateur mentionne le projet de série HBO. Il explique :
Du coup, c’est probablement ce qui m’enthousiasme le plus concernant la série : comment vont-ils représenter Peeves ? Parce que nous avions des projets pour Peeves, et il n’étaient jamais satisfaisants. Ils étaient… je ne voudrais pas dire grotesques, mais nous aurions perdu le public.
Quant à la possibilité de l’intégrer aujourd’hui au film et de redonner vie à ces scènes, il n’y croit pas, car il faudrait réaliser l’ensemble des scènes en images de synthèse avant de les intégrer au film. Par ailleurs, la série est également un frein, selon lui, puisque la priorité va à la création de leur Peeves.
Jaloux de la série ?
Le journaliste demande alors à Chris Columbus s’il pense qu’il est plus amusant de réaliser un film qui ne peut pas intégrer tous les dialogues et tous les éléments, ou s’il envie l’équipe d’HBO. LA réponse du réalisateur est sans appel :
Jaloux ? Non, certainement pas. C’est loin derrière. Je l’ai fait, maintenant, on passe à autre chose. J’ai du mal avec l’idée de franchises. C’est pour ça que je n’ai jamais fait Gremlins 2. C’est pareil : c’est fait, maintenant, je passe à un nouveau projet. Je suis fier des premiers films Harry Potter, et j’avance.
Maintenant, j’ai vu hier des photos de Nick Frost dans le rôle de Hagrid, avec le nouveau Harry […] et il porte exactement le même costume qu’on a dessiné pour Hagrid. Je suis partagé entre « à quoi bon ? » et « ok, très bien »… Je pensais que vous feriez quelque chose de différent, que tout serait différent, mais c’est la même chose. C’est intéressant. C’est très flatteur pour moi, bien entendu.
On peut lire dans l’expression du réalisateur un sentiment de déception, plus qu’un reproche.
Hagrid est-il trop similaire ?
Chris Columbus a-t-il raison sur ce point ? Chacun en jugera. Ci-dessous, nous avons rassemblé trois images du demi-géant, issues du tournage de la série, du deuxième film Harry Potter et de la pièce de théâtre l’Enfant maudit. Bien entendu, on retrouve à chaque fois les éléments décrits dans les livres :
- Des cheveux noirs, longs et emmêlés :
- Une barbe broussailleuse (qui lui cache presque tout le visage)
- Un long manteau en peau de castor, d’ours ou un gros pardessus en poil de taupe plein de poches.



Il est évident que le costume de Hagrid pour la pièce se distingue plus du film que celui de la série. On ne peut pas parler d’un costume identique, bien entendu, mais on retrouve les mêmes tons bordeaux et les couches de gilets et chemise sous la manteau.
D’autres éléments aperçus depuis vont dans le sens du réalisateur, tels que le modèle identique de Poudlard Express. Au contraire, quelques décors semblent se démarquer, comme celui de Privet Drive. De même, plusieurs costumes aperçus lors du tournage se distinguent plus de ceux des films, notamment en matière de tenues pour Pétunia ou Dudley.



Cependant, le propos de Chris Columbus ne portait que sur la tenue de Hagrid.
Un mélange de sentiments
Mais le réalisateur des deux premiers films ne s’est pas arrêté là. Il poursuit : « Au final, c’est excitant, d’un côté, car j’ai hâte de voir ce qu’ils vont faire… mais d’un autre côté, j’ai un sentiment de déjà-vu« .
De même, dans une autre interview accordée à Variety, il précise : « [Ce sentiment de déjà-vu, il vient également du fait que] nous étions exactement au même point il y a 20 ans ! On a dû tourner un dimanche avec Dan et Martin Bayfield, la doublure grande taille de Robbie Coltrane pour Hagrid. » Il évoque à nouveau Peeves, en indiquant que « je suis certain qu’il sera dans la série HBO. C’est donc une opportunité de donner vie à ces scènes. »
Ce qui en ressort n’est donc ni du dédain, ni de l’enthousiasme, mais de la curiosité et un peu de nostalgie. Le réalisateur cherche à comprendre le projet artistique, comme tout professionnel qui serait amener à commenter celui-ci.
Il est aussi important de rappeler que ces propos sont tenus dans le cadre d’une interview très longue, et sont loin d’être le sujet principal. De même, si Chris Columbus déclare au sujet de J.K. Rowling « C’est vraiment dommage. Je ne suis pas d’accord avec ce qu’elle dit. Mais c’est juste triste, très triste, » c’est parce que les journalistes lui ont posé la question.
