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Exclusif : interview avec MinaLima pour l’édition illustrée de Harry Potter à l’école des sorciers

Le 22 octobre dernier était publié chez Gallimard Jeunesse l’édition illustrée de Harry Potter à l’école des sorciers, par MinaLima, graphistes des films Harry Potter et Animaux fantastiques.
Nous avons eu la chance de nous entretenir avec Miraphora Mina à cette occasion, et de revenir sur les origines du projet, ses spécificités, et leur processus de travail.

La Gazette du Sorcier : Tout d’abord, on doit le dire, le livre est absolument sublime, c’est tout ce que nous espérions, et même plus !


Miraphora Mina : Merci ! Pour ce type de projet, il y a beaucoup de pression, donc c’est un vrai soulagement de savoir que le livre est à la hauteur des attentes des fans ! Je suis ravie de voir les retours qu’on a eu jusqu’à présent, on ne sait jamais ce que ça va donner. Cette édition illustrée est une interprétation de l’œuvre, c’est toujours une vision personnelle, un pari, on ne sait jamais si le public partagera cette vision.

Pour revenir aux origines du projet, ce livre illustré est un projet qui vous a été commandé par Scholastics, l’éditeur américain de Harry Potter. Quelle était leur demande initiale ? Vous ont-ils demandé de refaire avec Harry Potter ce que vous aviez fait avec les livres de contes illustrés ?


Je pense que ce sont nos classiques illustrés qui leur ont donné l’idée de faire ça, mais personne ne nous a demandé spécifiquement : « On en veut un comme ça !« . Ils ont aimé la façon dont nous avions réinterprété les contes, et adapté notre méthode de travail de l’écran au papier. C’est devenu une habitude, maintenant que nous avons publié huit ou neuf livres, mais au début, ça nous a demandé beaucoup de travail et d’ajustement. Je pense qu’ils ont aimé ce qu’on avait fait avec les classiques illustrés et qu’ils ont pensé que c’était un format intéressant à explorer et qui n’avait pas encore été proposé. En dehors de celles de Jim Kay, il n’y avait jamais eu d’édition entièrement illustrées de Harry Potter.

Dans la mesure où vous aviez travaillé sur les films Harry Potter auparavant, votre processus était-il différent de celui des classiques illustrés ?


Oui, en quelque sorte, on peut dire que nous avons dû divorcer de cette partie de nous qui avait travaillé sur les films !
Nous sommes beaucoup associés à notre travail sur les films, mais nous avons voulu aborder ce travail comme nos autres livres, en essayant de retranscrire chaque détail de l’histoire, ce qui n’est pas le cas pour un film, puisque le scénario est une version réarrangée, recoupée, du livre.

Il y a des scènes pour lesquels c’est plus difficile, car la plupart des références visuelles actuelles viennent des films, et donc on doit repenser, réimaginer, à quoi ressemblent les lettres de Poudlard, le château de Poudlard…
Certaines choses sont décrites avec beaucoup de précision par J.K. Rowling, ces descriptions avaient été respectées à l’écran, il est donc inévitable qu’il y ait certaines similitudes entre ce que l’on voit à l’écran et ce qu’on retrouve dans le livre.

Harry Potter à l’école des sorciers illustré par MinaLima – Photo MinaLima
Laquelle de ces missions vous a demandé le plus de travail de recherche ?

Pour un film, même s’il y a un scénario, celui-ci est généralement centré autour des dialogues, il n’y a pas d’indications visuelles, il faut donc tout imaginer, tout interpréter avec l’équipe de décorateurs. Pour le livre, même si nous illustrons tout ou presque, c’est une version simplifiée, synthétisée en quelque sorte.

Par exemple, si vous regardez l’illustration du chemin de Traverse, vous ne voyez qu’un seul angle de la rue, alors que dans un film, vous devez tout voir, tout imaginer ; si vous rentrez dans un magasin, tout l’intérieur doit être représenté, à 360°. Un film demande plus de recherches spécifiques ; si on montre des exemplaires de La Gazette du Sorcier à l’écran, on va faire des recherches sur la mise en page de journaux de manière générale, sur des posters de propagande pour le cinquième film par exemple, il faut garder des références communes.

Dans un livre, l’approche est beaucoup plus graphique, plus interprétative. C’est aussi quelque chose auquel on tient, en tant que studio, à garder un style très graphique, et, d’une certaine façon, minimaliste. Parfois, on a tendance à vouloir mettre plein de choses, alors j’interviens et je dis « non, essayons d’alléger tout ça« . Tout est question d’équilibre. Mais, comme pour les films, on ne peut pas résister à glisser quelques easter eggs, parce qu’on sait comment fonctionnent les fans…

Vous travaillez en parallèle sur les Animaux fantastiques ; est-ce que cela a une influence sur la façon dont vous travaillez ?

Si nous travaillions en ce moment sur les films Harry Potter, ce serait très difficile, mais avec les Animaux fantastiques, les histoires sont suffisamment différentes pour ne pas risquer de se croiser. Le processus de travail pour un film et un livre sont suffisamment différents pour ne pas avoir la tentation de mélanger les deux.

Pour le livre, la mission est véritablement de servir l’histoire, de donner la sensation au lecteur qu’il est complètement immergé dans le monde magique.

Notre travail sur les films nous a cependant aiguillé sur certaines réflexions. Lorsque nous avons travaillé sur Peter Pan par exemple, notre premier classique illustré, nous nous sommes demandés à quoi ressembleraient les livres dans la chambre de Wendy. Cela nous a aidé à imaginer l’aspect global du livre, et c’est une réflexion que nous avons conservé par la suite. Pour Harry Potter, notre idée était donc que le livre en tant qu’objet pourrait s’intégrer parfaitement dans les rayonnages de la bibliothèque de Poudlard.

Une des spécificités du livre, ce sont les éléments interactifs ! Comment avez-vous choisi les éléments qui seraient mis en avant de la sorte ? Quelles étaient les contraintes ?

La première chose que fait Eduardo avec chaque livre, c’est un plan du livre, qui indique quel aspect de l’histoire sera illustré, si l’illustration sera en pleine page, si ce sera un petit médaillon, ou un élément interactif.
C’est un travail de préparation indispensable avant de se lancer dans l’illustration

Lorsque l’on conçoit un livre, on doit penser en trois dimensions en permanence. Les éléments interactifs épaississent considérablement le livre, donc il faut prendre en compte ces considérations pratiques ; s’il y en a trop, le livre sera trop épais. Il faut aussi prendre en compte le coût que représentent ces pop-up, et s’assurer que le livre reste à un prix accessible pour le public.

Et le but n’était pas non plus d’en faire un livre pop-up à proprement parler, il y a des gens qui le font très bien et ce n’est pas ce que nous recherchions. Nous voulions garder un côté vintage, ancien, pas trop sophistiqué. Donc il y a de nombreuses considérations un peu ennuyantes à garder en tête…

La répartition des éléments interactifs au sein du livre est également très importante. Il faut créer un rythme naturel, tant pour l’objet livre en lui-même qui doit être équilibré, que pour l’expérience de lecture.
En plus de penser à chaque illustration, il faut garder une vision globale ; est-ce qu’il y a trop d’images sur la page de gauche ou de droite ? L’ensemble doit être harmonieux.

Harry Potter à l’école des sorciers illustré par MinaLima – Photo MinaLima

Nous avons d’ailleurs beaucoup échangé avec les imprimeurs et fabricants pour nous assurer que ce que faisions était réalisable, nous préparions des maquettes pour qu’il puisse tester le bon fonctionnement des animations.

Avez-vous pu conserver tous les pop-up que vous vouliez ? Y en a-t-il certains auxquels vous avez dû renoncer pour des raisons techniques ?

Il y a des choses que nous avons dû changer, parce que l’espace sur la page nous limitait trop, ou parce que le mouvement ne fonctionnait pas. Et certains demandent beaucoup de réflexion.

L’échiquier par exemple a suscité beaucoup de discussions. Quel point de vue adopter ? Est-ce que les enfants devaient se trouver devant ? Comment surprendre le lecteur ?

Même pour des choses très simples, comme le portrait de la Grosse Dame, qui a l’air d’être l’animation la plus simple du monde, nous nous sommes beaucoup interrogés sur quelle partie faire bouger, que mettre derrière le tableau, si l’on pouvait rentrer dans la salle commune…
Nous avons souvent voulu faire beaucoup de couches différentes, mais la plupart du temps, on doit se résoudre à se dire « non c’est trop, il faut en retirer« .

Harry Potter à l’école des sorciers illustré par MinaLima – Photo MinaLima
Vous avez dû réimaginer pour le livre des détails sur lesquels vous aviez déjà longuement travaillé sur les films, comme les lettres de Poudlard, le ticket du Poudlard Express… était-il difficile de réinventer ces objets ?

Je pense que si vous demandez à n’importe quel illustrateur, designer… s’il veut proposer une nouvelle version de quelque chose sur laquelle il a déjà travaillé, il répondra probablement oui ! C’est une opportunité incroyable que de s’entendre dire « vas-y, propose quelque chose d’autre. » Personne n’est jamais satisfait de ce qu’il a fait…

Globalement, on est content de notre travail sur les films, mais il ne faut pas oublier que lorsque j’ai commencé à travailler sur Harry Potter à l’école des sorciers, c’était il y a vingt ans, j’avais donc vingt ans d’expérience de moins que maintenant !

Il y a tout de même certaines choses pour lesquelles nous avons joué sur les ressemblances, par exemple, la lettre de Poudlard, nous avons utilisé mon écriture, comme pour les films, comme un clin d’œil à ce que nous avions déjà fait.

Quelle est votre illustration, ou élément interactif, préférée ?
Harry Potter à l’école des sorciers illustré par MinaLima – Photo MinaLima

J’adore le chemin de Traverse ! Notamment parce que je suis passionnée par l’architecture, les bâtiments, les constructions d’univers… et j’espère que lorsque des enfants ouvriront cette double-page, ils passeront des heures à examiner les moindres détails… Nous avons caché beaucoup de chouettes par exemple dans ce dessin, compteront-ils combien il y en a ?
C’est le genre d’ajout que l’on peut apporter au texte, c’est ce que l’on aime faire en tant qu’illustrateurs, apporter des niveaux de lecture supplémentaires. Il y a aussi un easter egg typique de MinaLima dans ce dessin…

Et puis un peu plus loin, il y a ce plan en coupe des boutiques du chemin de Traverse, qui peut rappeler une maison de poupée. C’est très personnel, quand j’étais enfant, c’était exactement le genre de choses que je dessinais, des immenses maisons de princesses en coupe, avec des dizaines de pièces… C’est génial de se dire que l’on peut poursuivre ses passions d’enfance à l’âge adulte, quarante ans plus tard, c’est le rêve.

Harry Potter à l’école des sorciers illustré par MinaLima – Photo MinaLima
Qu’est-ce qui a été le plus difficile à réaliser ?

La caractérisation de manière générale. Pour moi, c’est bien plus facile d’imaginer un univers, des rues, des châteaux imaginaires, que d’imaginer des personnes. En tant qu’être humain, lorsque l’on regarde le dessin d’un autre être humain, on est bien plus attentif aux détails qu’en observant un objet inanimé. Nous avons dû faire plusieurs essais pour trouver quelque chose qui fonctionnait, imaginer comment ces personnages grandiraient, leur donner suffisamment de personnalité.

C’est sans doute ce qui était le plus difficile pour nous. Nous travaillons en équipe, nous sommes 3-4 graphistes à travailler sur le projet en même temps, nous devons donc passer un certain temps à nous accorder, discuter des caractéristiques, de l’atmosphère de chaque scène ou lieu…

Harry Potter à l’école des sorciers illustré par MinaLima – Photo MinaLima
Travaillez-vous sur un même dessin tous ensemble, ou les illustrations sont réparties entre vous ?

C’est un peu les deux à la fois. Parfois, Eduardo ou moi allons imaginer quelque chose et allons faire un premier croquis, puis quelqu’un d’autre va le retravailler, un autre va travailler sur les personnages, il y a beaucoup d’échanges entre nous.

Et puis il y a aussi l’architecture du livre ; la couverture, les entêtes de chapitres, les fioritures… Pour les entêtes de chapitre, nous avions déjà mis en place avec les classiques un système, assez reconnaissable à présent, qui nous permet d’incorporer toutes sortes de références dans la double-page. Donc il arrive que quelqu’un travaille exclusivement là-dessus.

Et toute l’équipe est très fan de Harry Potter, ce qui est important afin d’anticiper ce qui vient ensuite, et de pouvoir parfois les référencer en amont, comme la mention « bièraubeurre » au Chaudron Baveur.

Illustration de Harry Potter à l'école des sorciers - illustré par MinaLima - Le Poudlard Express ay départ sur le quai 9 3/4
Harry Potter à l’école des sorciers illustré par MinaLima – Photo MinaLima
Vous avez une connaissance pointue de Harry Potter, et vous illustrez le premier tome alors que toute la saga est sortie, ce qui n’était pas le cas lorsque vous avez commencé à travailler sur les films, ou lorsque les premiers illustrateurs travaillaient sur la saga. A quel point ce type de préfiguration est-il conscient ?

C’est très utile d’avoir des grands fans dans l’équipe et d’avoir une vision globale de l’histoire. Par exemple, lorsque l’on a dessiné la chambre de Harry au 4 Privet Drive, on savait qu’il devait y avoir du parquet au sol, puisqu’il cache des choses sous une des lattes plus tard dans l’histoire. Parfois, on discute, on se demande « tiens, et si je mettais de la moquette ? », et on se rend compte que non, on ne peut pas, parce que ça ne serait pas cohérent avec la suite.

Nous avons à cœur de respecter chacun de ces détails, et si nous nous écartons de l’histoire, nous savons que les fans le verront !

Vous avez annoncé que l’édition illustrée de Harry Potter et la chambre des secrets sortirait l’année prochaine. Y a-t-il un élément de ce livre – ou des suivants – que vous avez particulièrement hâte d’illustrer ?

Nous n’avons pas de contrat pour la suite pour le moment, comme pour les films, c’est un à la fois, on adorerait les illustrer tous évidemment, mais pour le moment, nous nous concentrons sur La Chambre des secrets.

Les Weasley sont mes personnages préférés de Harry Potter, donc j’ai hâte de pouvoir en faire plus autour de ces personnages, d’imaginer l’intérieur de leur maison… On n’est pas sur un film, on ne reconstruit pas tout le décor, on doit donc sélectionner quelques moments clefs.

Mon portrait des Weasley dans L’école des sorciers est d’ailleurs une de mes illustrations préférées, il est très simple, mais il capture bien la personnalité de la famille, ils dégagent une certaine folie, une fantaisie, qui me plait beaucoup.

Harry Potter à l’école des sorciers illustré par MinaLima – Photo MinaLima

Un grand merci à Miraphora Mina de nous avoir accordé cette interview.

Acheter le livre :

Vous pouvez aussi visiter le site internet des graphistes (accessible depuis peu en français). Des visites virtuelles de leur galerie londonienne sont organisées régulièrement, rendez-vous ICI pour vous tenir au courant des horaires.

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