L’IA générative menace les artistes du monde de Harry Potter
Depuis quelques années, l’Intelligence Artificielle (IA) générative a envahi internet. Si l’IA peut être en soi un outil d’analyse incroyable, notamment dans le domaine médical, l’IA générative spécifiquement, utilisée par le grand public et certains professionnels pour générer des textes ou des images, représente un véritable danger pour le secteur artistique.
De nombreux comédiens et comédiennes actifs dans le monde du doublage se sont ainsi engagés au sein du mouvement « Touche pas ma VF« , qui appelle à légiférer sur l’utilisation de l’IA dans leur domaine. Pas seulement au cinéma, mais aussi dans le monde du jeu-vidéo. Parmi eux, des voix françaises liées à la saga Harry Potter, comme Margaux Laplace (Ginny Weasley), Kelyan Blanc (Harry Potter), mais aussi Adeline Chetail, qui incarne la voix du personnage féminin dans Hogwarts Legacy.
D’ailleurs, cette dernière a même porté plainte récemment, à titre personnel, contre une plateforme ayant mis sa voix à disposition de ses utilisateurs. La propagation de l’IA ne représente pas qu’un danger pour le métier d’acteur.ice, c’est aussi un vol d’identité et une menace pour l’information. Avec l’imitation des voix, il est facile de faire dire n’importe quoi à n’importe qui ; le procédé a déjà été utilisé en politique. Dans le fandom, c’est aussi une méthode pour générer des clics.
Un impact bien réel sur le secteur vidéoludique
Le risque dont parlent les comédiens de doublage n’est pas celui d’un futur hypothétique : c’est déjà une réalité. Par exemple, Françoise Cadol, voix iconique de Lara Croft dans les jeux originaux Tomb Raider, a appris que sa voix avait été clonée par IA afin d’ajouter des lignes de dialogue dans les versions remastérisées de Tomb Raider IV-VI. Elle a découvert les faits lorsque certains fans lui ont demandé comment s’étaient passés ces nouveaux enregistrements !
En temps normal, l’éditeur ou le distributeur français aurait dû la contacter pour enregistrer de nouvelles répliques et la rémunérer ou, a minima, obtenir son accord pour les reconstruire sur base d’enregistrements préalables. Ça n’a pas été le cas. Elle a donc été privée d’un revenu à cause de l’IA.
C’est également dans ce contexte que plusieurs jeux-vidéos à venir n’ont, pour l’instant, pas de VF (Voix Française) prévue ! En effet, les comédiens refusent de s’engager à doubler les jeux s’il n’y a pas de garanties sur l’utilisation de l’IA… que les studios refusent d’intégrer. L’enjeu derrière ces sorties de jeux, parfois très attendues, c’est aussi de démontrer que le doublage n’est plus nécessaire, car le jeu se vendra potentiellement bien sans. Le seule solution si nous voulons soutenir les voix françaises, c’est donc de ne pas consommer ces jeux tant qu’ils ne sont pas doublés.
Une menace qui va au-delà du jeu-vidéo : illustration, traduction…
Bien entendu, tous les secteurs artistiques sont ainsi concernés. Les voix françaises pourraient être générées par IA pour les films, les séries… Avec l’IA générative, les couvertures des livres pourraient également être dessinées par une machine, privant des artistes de contrats et les fans de créations magiques.
Nous pensons également à la traduction, que certaines maisons d’édition se mettent à confier à des IA. Mais comment une IA pourrait-elle imaginer des traductions aussi créatives que Poudlard pour « Hogwarts« , ou Choixpeau pour « Sorting Hat » ? Elle en est, et en sera toujours, incapable ! Même quand les éditeurs demandent à un.e traducteur.ice de relire le travail d’une machine, il s’agit pour elleux d’un travail tout aussi conséquent (voire plus important) mais moins bien payé, sous prétexte que le « gros » du boulot est fait de manière automatique.
Quel que soit le domaine, les productions de l’IA générative volent le travail d’artistes. Hayao Miyazaki, cofondateur du studio d’animation Ghibli, l’a rappelé lorsqu’une mode s’est emparée de la toile, poussant des millions de personnes à « imiter son style » grâce à une IA. Microsoft s’est retrouvé dans la tourmente après avoir recommandé d’utiliser des livres piratés, dont Harry Potter, pour entraîner l’IA.
Ces usages volent le travail d’artistes, en plus de les précariser.



Par ailleurs, plutôt que de partager des dessins réalisés par de vrais artistes, des fans et des pages de fans se mettent à publier des création générées avec l’IA… alors que des illustrations officielles (ou des fanarts réalisés avec talent) existent. C’est un appauvrissement complet de notre fandom ! Ci-dessus, les deux premiers plans de Poudlard sont des illustrations officielles, tandis que le dernier (avec un terrain de Quidditch ne comptant que 4 poteaux sans anneaux et 3 maisons en tout) est le fruit d’une IA posté sur une « fanpage« .
Si nous sommes fans d’un univers et de ses artistes, valorisons leur travail plutôt que de le leur voler !
La désinformation à portée de clic
Enfin, l’IA générative menace également notre communauté à travers la désinformation. Certaines pages et médias n’hésitent pas à s’en servir pour illustrer des annonces, comme le Retour à Poudlard au château de Versailles, créant ainsi de fausses attentes sur ce à quoi pourrait ressembler l’événement. Nous pouvons vous garantir que la soirée ne ressemblera pas à ça et que les fans seront déçus, comme à chaque fois qu’ils ont cru aux promesses exagérées des médias non-spécialisés et peu scrupuleux ! Le château ne ressemble d’ailleurs même pas à Versailles sur certaines de ces images.




Malheureusement, ces choix médiatiques d’illustration générées par IA contribuent à normaliser son utilisation.
Plus nous normalisons cet usage, moins le grand public y verra un véritable problème pour les artistes.
Plus nous normalisons cet usage, plus il sera compliqué de légiférer contre celle-ci dans le domaine artistique.
Mais d’autres vont encore plus loin, et créent carrément de fausses informations, comme cette page qui invente de toute pièce une inauguration de statue en l’honneur d’Alan Rickman et la présence des acteurs des films à cet évènement. De même pour une prétendue rencontre entre Daniel Radcliffe et Dominic McLaughlin, qui incarnera Harry dans la série reboot. Comme l’indique le nombre de likes et de partages, les fans sont nombreux à tomber dans le panneau.


Nous avons aussi eu droit aux fausses images de la série, qu’elles soient présentées comme des dessins conceptuels ou des « photos volées » sur le tournage. Alors qu’il est de plus en plus compliqué de distinguer le vrai du faux, l’IA générative vient brouiller les pistes. La communication d’une information exacte ne peut pas cohabiter avec son utilisation.




Cette banalisation a des conséquences bien au-delà de quelques clics. Elle participe à nourrir un système qui menace les créateurs, comédiens, illustrateurs, traducteurs… qui font notre richesse culturelle, en plus de faciliter la désinformation.
Mobilisons-nous pour notre fandom !
Affirmer son soutien aux comédiens et comédiennes de doublage, en plus de signer la pétition « Touche pas ma VF« , est un début, mais ce n’est pas suffisant. Si nous avons conscience du danger que représente l’IA pour le milieu artistique, il faut tout simplement en cesser l’usage pour toute « création ». C’est le seul moyen de défendre les voix françaises, mais aussi tous les autres artistes du monde magique, et au-delà ! Sans même parler de l’impact environnemental énorme.
« C’est juste pour s’amuser« , « c’est juste une fois« … mais des millions de « juste une fois » font des millions de vols ; de déçus ; de vues en moins sur des comptes d’artistes ; de données ingurgitées et régurgitées plus tard par l’IA qui s’améliore et prend donc plus facilement la place des professionnels. Avec l’intelligence artificielle générative, chaque utilisation contribue à renforcer l’outil, et donc à précariser les artistes.

Alors, Potterheads, mobilisons-nous vraiment pour les acteurs, actrices, traducteurs, traductrices, illustrateurs et illustratrices… celles et ceux qui nous ont fait rêver pendant des années, et qui ne pourront continuer à le faire que si l’IA n’est pas banalisée :
- Refusons les « trends » IA ;
- N’illustrons pas nos propos avec de l’IA, mais avec des images réelles ;
- Signons les pétitions appelant à légiférer autour de l’IA dans le domaine artistique ;
- Ne partageons et n’interagissons plus avec des créations IA.
Il n’y a qu’ainsi que nous pourrons affirmer notre soutien de manière cohérente, par des actes concrets plutôt que par de simples paroles.
Sources : Touche pas ma VF, En Chair et en Os, BFM TV, JeuxOnline, A. Chetail, Le Monde
