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Une théorie qui se tient : pourquoi Harry Potter survit vraiment ?

20 février 2016

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Il faut l’admettre, la fin de la saga en a rendu plus d’un perplexe : Harry meurt, mais en fait il ne meurt pas. Comment fait-il pour survivre ? L’explication est intégralement présente dans les livres, mais son manque de clarté a forcé J.K. Rowling a réexpliquer la situation sur son ancien site internet. Si cette explication est la seule raison de votre présence sur cet article, cliquez ICI pour vous rendre directement à la section concernée.

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Par RmNorton

Malgré tout, certains croient encore que les Reliques de la Mort ont un rôle à jouer dans le retour à la vie du Survivant. Non seulement ils se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate mais une telle idée va complètement à l’encontre du message des livres ; la défendre, c’est crier haut et fort qu’on est passé à côté de tout l’enjeu du dernier tome d’Harry Potter. À nouveau, c’est J.K. Rowling qui le dit. [1] La nature fortement symbolique et spirituelle de la chose n’y est probablement pas étrangère.

Avant de revenir sur la survie de Harry, nous allons donc nous pencher sur le conte des trois frères et la légende des Reliques de la Mort, afin de clarifier leur rôle dans la saga.

Rappel : le conte des trois frère et la légende des Reliques

Vous connaissez le conte des trois frères : selon l’histoire, ils obtiennent chacun un objet de grand pouvoir des mains de la Mort. L’aîné reçoit une baguette qui, selon le conte, le rend invincible, le cadet reçoit une pierre qui permet de faire revenir les morts dans le royaume des vivants, et le benjamin obtient la cape d’invisibilité qui le rend invisible aux yeux de tous, y compris la Mort.

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Ceci n’est, bien entendu, qu’un conte : si les objets existent bel et bien, ils ne sont pas des dons de la Mort mais des créations de trois sorciers très puissants. La preuve en est que leur pouvoir ne sont pas réellement ceux du conte. La baguette est loin d’être invincible ; la pierre ne fait apparaître que des fantômes et très temporairement ; et la cape ne protège pas réellement plus qu’une autre cape d’invisibilité (combien de fois Harry reçoit-il un sort alors qu’il est caché sous la cape ?). D’ailleurs, ce fait transparaît dans le conte lui-même pour la baguette de sureau et la pierre de résurrection : si la cape semble fonctionner, c’est simplement parce qu’elle est le vecteur de la morale.

Cette morale est double : le conte nous transmet qu’il vaut mieux vivre humblement et loin des conflits si on veut vivre vieux, mais aussi qu’il faut accepter la mort comme un fait inéluctable. Les deux premiers frères vouent leur vie à la violence (baguette) et à la nécromancie (pierre), ce qui précipite leur fin.

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Par dessus ce conte vient se greffer une légende : réunir les trois reliques fait de leur propriétaire le maître de la mort ce qui, selon l’idée de certains, signifie devenir immortel. Notons que cette notion n’est nullement présente dans le conte originel et est née de l’imaginaire de sorciers corrompus comme Grindelwald et, un temps, Dumbledore, ainsi que d’autres mages aux idées douteuses.

Ce pouvoir prêté aux reliques une fois rassemblées n’est qu’un mythe, comme nous l’explique ce commentaire des Contes de Beedle le Barde par Dumbledore :

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La morale du conte des Trois Frères ne saurait être plus claire : les efforts humains pour fuir ou vaincre la mort sont toujours condamnés à la désillusion [...] L’ironie veut que se soit développée autour de cette histoire une curieuse légende qui en contredit précisément le sens original. Cette légende prétend que les présents offerts par la mort aux trois frères sont d’authentiques objets qui existent dans le monde réel. La légende va plus loin : si quelqu’un parvient à posséder légitimement ces trois objets, il ou elle deviendra le “maître de la mort”, c’est à dire invulnérable et même immortel [...] en dépit du message très clair que la mort finit toujours par venir à nous, certains sorciers persistent à croire que Beedle leur a envoyé un message codé, qui est exactement l’inverse de celui tracé dans l’encre [...]

Une fois rassemblées, les reliques n’ont aucun pouvoir. Il est d’ailleurs insensé de penser qu’il faille obtenir les trois reliques pour être immortel alors que, si on prend le conte au pied de la lettre, la cape d’invisibilité suffit !

La symbolique du Maître de la mort

C’est à nouveau Dumbledore qui nous l’explique, cette fois dans le tome 7 de la saga : Harry est le véritable maître de la mort parce qu’il a accepté la mort comme une chose inévitable. A la manière du troisième frère, il a accueilli la mort “comme une amie”, sans chercher à lutter contre. C’est là la véritable signification de l’expression, qui est purement symbolique. Il n’y a aucune nécessité de rassembler les trois reliques pour obtenir ce statut. C’est écrit noir sur blanc.

Tu es le vrai maître de la mort parce que, la mort, le vrai maître ne cherche pas à la fuir. Il accepte le fait qu’il doit mourir et comprend qu’il y a dans le monde des vivants des choses pires, bien pires, que la mort (Tome 7, King’s Cross)

D’autres interprétations révèlent la source des erreurs que commettent ceux qui croient à la légende. Il est notamment évident que le pouvoir des trois reliques, si on les rassemble et qu’on les prend au pied de la lettre, font du propriétaire un dieu sur terre qui donne la mort (baguette), ramène à la vie (pierre) et est intouchable (cape) ; mais, à nouveau, il ne serait en rien nécessaire de posséder les trois reliques pour être immortel. En ce cas, être maître de la mort signifie simplement en “maîtriser tous les aspects”, et les amateurs de la légende des reliques sont une nouvelle fois dans l’erreur.

Il y a trois façons de comprendre l’expression maître de la mort :

Alors pourquoi Dumbledore met-il Harry sur la piste des reliques ?

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Il ne le met pas sur la piste des reliques, mais sur celle du conte des trois frères. Il veut faire comprendre à Harry, au travers de la morale du conte, que la seule stratégie gagnante face à la mort n’est pas la lutte mais l’acceptation. Il ne cherche pas à ce qu’il entre en possession des trois reliques (il lui est presque impossible de garantir que Harry rentrera en possession de la baguette de sureau) mais qu’il comprenne justement qu’elles ne sont pas la solution et que, une fois encore, Voldemort fait fausse route en cherchant à mettre la main sur une baguette plus puissante.

Pourquoi lui donner la pierre alors ?

D’abord parce que c’est un horcruxe et qu’il vaut mieux le garder en sûreté afin que Voldemort ne se rende pas compte que son secret est éventé. Ensuite parce que, vu son pouvoir, Dumbledore sait que celle-ci donnera la force d’agir à Harry le moment venu.

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Ce n’est pas la première fois que Harry fait face à Voldemort et que des “ombres” de ses proches viennent le réconforter et l’aident à agir : ce phénomène se produit déjà dans La Coupe de Feu. Dumbledore sait que Harry aura besoin d’être entouré, il sait que la force de son “élu” vient de l’amour... alors il lui donne la pierre pour qu’il puisse puiser le courage de mourir dans les souvenirs de ses proches.

Lorsque Harry l’utilise, on se rend d’ailleurs bien compte une nouvelle fois que la pierre ne fait pas ce que la légende prétend : elle ne ramène pas James, Lily, Sirius et Lupin à la vie mais projette simplement des souvenirs comme ceux qui jaillissent de la baguette de Voldemort lors du priori incantatum. Sauf que, cette fois, ces “souvenirs” sont invisibles à toute autre personne que Harry : une magie très puissante, certes, mais loin de faire revenir les morts à la vie.

Harry possède les trois reliques au moment de sa mort

Coïncidence ? Bien sûr que non ! Artifice littéraire !
Si J.K. Rowling s’arrange pour que Harry possède les trois reliques au moment où il accepte de mourir, c’est de façon a symboliser son apprentissage. C’est une manière de rendre explicite la morale du livre : ce n’est pas parce que Harry possède les trois reliques qu’il est maître de la mort, c’est parce qu’il est maître de la mort qu’il possède les trois reliques. Et, une nouvelle fois, être maître de la mort n’est qu’un titre purement symbolique qui ne confère aucun pouvoir supplémentaire.

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L’auteur doit, à ce moment du livre, nous faire comprendre que son héros a achevé sa quête (Harry Potter est avant tout une saga d’apprentissage), qu’il a intégré ce qu’elle estime être la plus grande leçon de toutes ; et c’est à ça que servent les reliques.

Elle s’est déjà servie du conte des trois frères, une histoire dans l’histoire, pour rendre sa morale explicite ; cette fois, c’est de la légende des reliques qu’elle se sert. Oui, Harry est maître de la mort ; non, pas dans le sens où la légende l’entend.

Comment Harry survit-il ?

Bah oui, si ce n’est pas grâce au pouvoir des reliques rassemblées, qu’est-ce qui lui permet de revenir du King’s Cross blanc ?

C’est grâce à la combinaison de deux éléments. Le premier est le fait que Voldemort n’est pas le vrai maître de la baguette qu’il utilise, ses sorts sont donc moins efficaces. Il l’utilise en plus contre Harry, qui est le propriétaire légitime de la baguette, et celle-ci est donc réticente. Avada Kedavra reste cependant un sort suffisamment puissant pour que, même affaibli, il envoie Harry aux portes de la mort et détruise définitivement l’horcruxe de Voldemort qui sommeille en lui.

Le deuxième facteur qui contribue à la survie de Harry, c’est la protection du sang conférée par Lily. En ayant pris le sang de Harry pour reprendre corps, Voldemort est devenu “une sorte de horcruxe pour Harry (sic J.K. Rowling) ; l’un ne peut mourir tant que l’autre survit, car ils sont des horcruxes l’un de l’autre. Grâce à cette “sortie de secours”, la magie qui coule dans le sang de Harry grâce à la protection de Lily, il peut peut revenir parmi les vivants.

L’auteur insiste cependant sur le fait que ce n’est pas une formule scientifique, que ceci ne garantissait pas sa victoire ; au fond, ce sont les qualités morales de Harry qui lui permettent de triompher de Voldemort. C’est la “compréhension profonde” de ce que Dumbledore lui a inculqué (tant au sujet de la magie que de la symbolique du conte des trois frères) qui sauve Harry, ainsi que les mauvais choix de Voldemort.

Bref, une fois encore, ce qui le sauve, c’est de ne justement pas croire au pouvoir absolu des reliques.

Conclusion

Les raisons de la survie de Harry ne sont pas à chercher dans une quelconque théorie, elle sont en réalité écrites noir sur blanc dans le livre. En revanche, la nature purement symbolique des reliques n’est pas encore perçue comme un fait par de nombreux fans de la saga.

Il apparaît cependant évident que ceux qui pensent encore que les trois reliques rendent immortel une fois rassemblées sont à l’image de Voldemort, qui “ne sait rien [...] des contes pour enfants [...] et il n’y comprend rien” (Tome 7, King’s Cross). Ces objets sont “des leurres pour les sots” (ibid). Ce sont les mots des livres. Le message semble assez clair, même si l’usage symbolique des objets, du conte, et du terme maître de la mort, rendent sa transmission confuse.

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Harry n’est pas immortel parce qu’il possède les trois reliques et est maître de la mort ; il est maître de la mort parce qu’il accepte le fait d’être mortel, et ça fait une grande différence. Il doit sa survie à cette acceptation et avancer toute autre explication va à l’encontre du message le plus profond de la saga.

Pour paraphraser Dumbledore et, au travers lui, J.K. Rowling : “en dépit du message très clair que la mort finit toujours par venir à nous, certains lecteurs persistent à croire que l’auteur leur a envoyé un message codé, qui est exactement l’inverse de celui tracé dans l’encre”.

PS :

Nous reviendrons une autre fois sur l’analyse qui trace un parallèle entre les personnages du conte des trois frères et les personnages de la saga que sont Harry, Rogue, Voldemort et Dumbledore.



[1Nous sommes les premiers à dire que l’auteur devrait se tenir éloignée des théories de fans ou de sa tendance à élargir l’univers notamment via Twitter ; il ne s’agit cependant pas ici d’une théorie mais d’un commentaire et d’une volonté d’expliciter ce qui se trouve déjà dans le livre.


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