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Une théorie qui se tient : le Quidditch au coeur de la saga

3 avril 2016

L’article suivant est basé sur une théorie développée sur le forum même de la Gazette du Sorcier et présentée lors de la LeakyCon London en 2013.

La racine du vocabulaire créatif de J.K. Rowling (“Potterspeech”) a souvent permis de comprendre l’utilité ou les caractéristiques d’un objet, d’un personnage ou d’une idée unique au monde magique. Exemple évident et simple, le rappeltout qui sert d’aide-mémoire et rappelle tout.

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Certains mots ont résisté à l’analyse pendant des années, comme dans le cas de Dumbledore, ou leur signification reste débattue, comme dans le cas de Peter Pettigrow. Parmi ces mots étranges qui paraissent n’avoir aucune étymologie, il y a le mot Quidditch.

Il existe pourtant un mot très proche phonétiquement, tant en anglais qu’en français, qui, si on accepte de le lier au mot Quidditch, ouvre grand les portes de l’interprétation de la saga : quiddité (quiddity, en anglais).

Quiddi-quoi ?

La quiddité est un concept philosophique défini par le Oxford Dictionary comme “la nature réelle de quelque chose”. C’est la réponse à la question “de quoi s’agit-il ?”.

Le Quidditch est lui-même au cœur du monde magique et de sa culture : être sorcier implique pratiquement le fait d’aimer ce sport.

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La pratique occupe également une place bien plus centrale dans les livres qu’on ne pourrait le croire a priori. Une lectrice du LeakyCauldron a ainsi publié un essai fascinant intitulé “Quidditch in Harry Potter ; The Games, the Players, and How It Reflects Harry’s Abilities as a Hero” (Le Quidditch dans Harry Potter : le sport, les joueurs et comment l’ensemble reflète le rôle héroïque de Harry) qui souligne le fait que chaque match décrit dans la saga est un moment clé dans la narration, voire l’intrigue condensée au point d’approcher la préfiguration. Songez au cognard fou qui s’attaque à Harry dans La Chambre des secrets : il s’agit d’un objet corrompu (comme le journal de Jedusor) qui casse le bras de Harry le rendant ainsi inutile. Juste après, Harry doit affronter la bêtise de Lockhart. Plus tard dans le même tome, un croc du Basilic rend le bras de Harry inutile, après quoi il est confronté à la bêtise de Lockhart.

D’autres exemples (liste non-exhaustive) :
- ES : Quirrell et Rogue...
- CS  : Malefoy prend le rôle de rival immédiat...
- PA  : l’intervention des détraqueurs et la réalisation d’un rêve (obtention de la coupe/d’une famille pour Harry) ...
- OdP  : Harry perd son rôle d’élu/d’attrapeur avec l’intervention du ministère...
- PSM  : Harry devient le capitaine, comme il devient le leader de la résistance...

L’article, que j’encourage à lire dans son intégralité (en anglais) ICI, détaille le parallèle entre le Quidditch, les personnages et leurs interactions, mais ce n’est pas le sujet ici. L’important est de se rendre compte à quel point le Quidditch occupe une position centrale dans la saga, à son cœur ; à quel point on peut la résumer au travers de ce sport.

Harry Potter, une quête philosophique

La saga est un roman d’apprentissage ; une quête de la vérité et de la sagesse. Le Quididtch peut-il être représentatif de ce fait ?

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Dans une approche didactique, il y a souvent un échange. Le souafle est ce symbole d’un dialogue qui permet de faire avancer la quête. C’est l’argument, le progrès, ce qui fait évoluer la situation comme marquer des points fait progresser le match.

Il y a également des écueils, des obstacles et des déroutes. Les cognards sont une manifestation physique des ces erreurs, empêchant la progression du héros.

La troisième balle du Quidditch, le vif d’or, représente l’achèvement de la quête. C’est la vérité, la solution au problème, la fin de tout : une fois le vif obtenu, il n’y a plus de quête. C’est d’ailleurs pour ça que l’attrapeur s’appelle the seeker (chercheur) en anglais, pas the snatcher/catcher (attrapeur) : sa tâche principale durant le match est de chercher, pas d’attraper.

Le vif représente la réponse à toutes les questions existentielles (Qui suis-je ? Où vais-je ? Y a-t-il un au-delà ?) qui ne peut s’obtenir que lorsque la fin arrive. La mort et l’accomplissement de la quête sont intimement liés.

Comme le disaient The Who

They call me The Seeker,
I’ve been searching low and high.
I won’t get to get what I’m after
Till the day I die.

(Ils m’appellent [l’attrapeur],
J’ai fouillé ciel et terre.
Je n’obtiendrai ce que je cherche
Qu’au jour de ma mort.)

Lorsqu’on se demande ce qu’est Harry Potter, une réponse possible est que la saga est comme le Quidditch : une grande quête dialectique dont la solution ne s’obtient qu’à la fin.

L’amour et l’acceptation de la mort

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La grande révélation au cœur de la saga, qui marque l’achèvement de la quête du héros, c’est l’importance de l’amour et de l’acceptation de la mort. Les deux sont intimement liés : les trois derniers tomes posent en permanence la question “Comment peut-on faire face au fait que toute vie a une fin ?”, tandis que les 4 premier tomes répètent qu’on survit à la mort par l’amour que l’on transmet. Notez que la réponse vient avant la question ; ce n’est pas une erreur.

Comme expliqué plus tôt, le vif d’or symbolise “la réponse”. Lors de son premier match de quidditch, Harry avale le vif d’or ; une manière de dire qu’il a la réponse en lui depuis le début. C’est toujours l’amour qui a permit à Harry de survivre et le lecteur sait que c’est la seule réponse possible à la question à laquelle les derniers tomes le confrontent.

L’autre partie de la solution, c’est l’acceptation de la mort comme un phénomène naturel. Pour réussir, le héros doit comprendre que “la mort n’est qu’une grande aventure de plus”, une morale parfaitement illustrée par le conte des Trois Frères. Le premier frère veut humilier la mort, ce qui cause sa perte ; le deuxième frère veut lutter contre la mort et échoue ; le troisième accepte l’inéluctabilité de la mort et vit une longue vie heureuse. Le conte est là pour rendre explicite la morale de la saga ; cependant, elle était présente dès le début grâce au Quidditch !

Quel est le rapport entre le Quidditch et les Reliques de la Mort ?

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Il y a trois reliques, qui symbolisent trois attitudes envers la mort ; il y a également trois balles au Quididtch, qui sont autant d’attitudes adoptées lors d’un match. Puisque les matches de Quididtch représentent souvent bien plus qu’un évènement sportif, il est facile d’établir un parallèle.

- La baguette de sureau est à l’image des cognards : elle sert à frapper avant que l’adversaire ne frappe. Elle rend la victoire de l’adversaire plus difficile, mais elle n’est pas une garantie de réussite : au contraire, elle attire les représailles.

- La pierre de résurrection est assimilable au souafle : la pierre est un système d’échange entre le monde des morts et celui des vivants, comme le souafle qui passe d’une équipe à l’autre. Le souafle ne garantit pas la victoire ; en lui-même, ce n’est pas un solution efficace contre l’adversaire.

- La cape d’invisibilité est, bien évidemment, l’équivalent du vif d’or. Elle appartient à Harry depuis le début de sa quête, de la même manière que le vif d’or est l’attribut de Harry depuis son premier match.

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À la manière du troisième frère qui accueille la mort à bras ouvert, Harry n’hésite pas à mettre fin au match une fois le moment venu. L’auteur insiste même lorsque Harry part se sacrifier, un vif à la main : “Le long match était terminé, il avait attrapé le vif d’or, le moment était venu d’atterrir [1] (“The long game was ended, the Snitch had been caught, it was time to leave the air...”). Dans la vie comme au Quidditch, il faut accepter la fin quand le moment est venu.

Ce n’est pas par hasard que, au moment où Harry accepte la mort, endosse le rôle du troisième frère, qu’il possède symboliquement les trois reliques... on nous rappelle son rôle d’attrapeur. Depuis le premier tome, le Quidditch était là pour nous préparer à l’ultime morale de la saga.

Conclusion

On ne saura jamais si Quidditch vient véritablement du mot quiddité mais l’hypothèse permet de lever le voile sur la symbolique du sport des sorciers dans la saga. En replaçant le Quidditch au cœur des livres, on ouvre la voie à de nouvelles analyses qui en font plus qu’un élément de décor sans plus d’importance que le calamar géant.

Tout comme Harry, le lecteur avait la “solution” sous le nez depuis le début. Bien que la morale ne soit explicitée que dans le dernier tome et présentée via le conte des Trois Frères, l’idée qu’il faille accepter la fin au moment venu était déjà bien présente au travers du Quididtch.

Le sport sert de parallèle à la plupart des tomes, mais aussi aux trois reliques de la Mort et à la quête existentielle de la saga. Le Quididtch est l’essence même de Harry Potter ; sa quiddité. On peut y lire une métaphore intégrale de la quête de Harry.



[1p.745, tome 7, grand format


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