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J.K. Rowling chez Oprah Winfrey (1/2)

4 octobre 2010

J.K. Rowling a été reçue par Oprah Winfrey, grande prêtresse de la télévision américaine. Voici la traduction de la première moitié de l’entretien, avec les vidéos (en anglais).

Traduction par la Gazette, d’après une retranscription de HPP.

(Voir la seconde partie ICI.)

Première partie

OW : La légende de JK Rowling commence avec un merveilleux livre pour enfants au sujet d’un sorcier orphelin avec une cicatrice en forme d’éclair - un garçon à la destinée magique. Cette destinée est partagée par sa créatrice. JK Rowling est la première écrivain milliardaire de l’Histoire ; elle a vendu plus de 400 millions de livres, captivé des lecteurs dans 69 langues et 200 pays à travers le monde. Le dernier tome des aventures de Harry, les Reliques de la Mort, est le livre qui s’est vendu le plus vite de toute l’Histoire. Ce n’est pas étonnant qu’on dise qu’elle a plus fait pour la promotion de la lecture que n’importe qui d’autre sur terre. Son empire comprend des films, des produits dérivés, et même un parc d’attractions. La saga cinématographique des Harry Potter a enregistré plus d’entrées que toute autre, avec plus de 5.3 milliards de chiffre d’affaire à ce jour.

OW : C’est la première fois que nous nous rencontrons.

JKR : Oui, c’est vrai.

OW : Et mes producteurs me disent que vous vous appelez Jo. J’ai toujours cru que vous vous appeliez "JK".

JKR : (rires) Oui.

OW : JK est...

JKR : C’est juste mon nom de plume. C’est parce que quand le premier livre est sorti, mon éditeur anglais pensait "voici un livre qui va plaire aux garçons", mais il ne voulait pas que les garçons sachent que le livre avait été écrit par une femme. Ils m’ont demandé s’ils pouvaient utiliser mes initiales, j’ai dit "pas de problème". Je n’ai qu’une seule initiale ; je n’ai pas de second prénom, alors j’ai pris le prénom de ma grand-mère préférée, Kathleen.

OW : Kathleen.

JKR : Oui, Kathleen.

OW : Jo Kathleen.

JKR : Joanne Kathleen.

OW : Et les garçons sont tombés dans le panneau.

JKR : Oui, mais pas bien longtemps.

OW : Pas bien longtemps.

JKR : Ma photo a commencé à paraître dans la presse et plus personne ne pouvait prétendre que j’étais un homme.

OW : En effet. Et je n’ai pas l’impression que les garçons vous en veulent.

JKR : Non, ça ne m’a pas empêché de réussir, n’est-ce pas ? Clairement pas.

OW : Pas le moins du monde. Quand nous sommes arrivés - je suis arrivée hier - c’était magnifique. L’Écosse est magnifique.

JKR : C’est extraordinaire. Oui, extraordinaire.

OW : Et le vert est plus vert que n’importe où ailleurs. Sauf l’Irlande.

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OW : Vous pensiez que cet endroit serait particulièrement stimulant pour votre processus créatif. C’est pour ça que vous vouliez venir ici ? Pour conclure ?

JKR : Il se trouve que c’était stimulant. Alors que je finissais les Reliques, il y a eu un jour où le laveur de vitres est venu, les enfants étaient à la maison, les chiens aboyaient, je n’arrivais pas à travailler et une ampoule au dessus de ma tête faisait des siennes et je me suis dit "je peux régler ce problème grâce à l’argent". Pendant des années et des années, j’allais dans un café et je restais assise à travailler au milieu d’une autre sorte de bruit. Je me suis dit "je peux aller dans un endroit calme". Je suis venue dans cet hôtel parce qu’il est magnifique, mais je n’avais pas l’intention de rester. Ils ont été tellement gentils avec moi - les écrivains ont tendance à être superstitieux - et le premier jour d’écriture s’est bien passé alors je suis revenue encore et encore et au final j’ai fini le dernier livre Harry Potter dans cet hôtel.

OW : Nous avons beaucoup en commun.

JKR : Oui.

OW : Comme vous le savez, c’est la dernière année que je fais l’Oprah Show. Je vais partir et faire d’autres choses mais quand je suis arrivée à la fin des Reliques - "la dernière trace de fumée s’évapora dans l’air automnal", "le train prit un virage", "Harry faisait encore au revoir de la main", "’Ça va aller’, murmura Ginny. Harry la regarda, baissa la main et d’un geste machinal toucha la cicatrice sur son front. Elle ne lui avait pas fait mal en 19 ans. Tout était bien." Quand je suis arrivée à la fin j’étais en deuil pas que pour la fin de la série mais pour vous. Je ne peux pas imaginer ce que ça vous a fait.

JKR : C’était énorme.

OW : Je ne peux pas imaginer.

JKR : Je n’arrêtais pas - c’était un deuil. Vraiment un deuil. C’était énorme. D’une certaine façon, même si je savais que ça arrivait, nous savons tous que les gens que nous aimons sont mortels - nous sommes mortels. Nous savons que ça finira un jour. On ne peut pas s’y préparer. Alors même si j’ai toujours su que ce serait sept livres et pas plus, même si je savais comment ça finirait, j’étais en état de choc quand j’ai fini.

OW : Qu’avez-vous fait quand vous avez fini ?

JKR : Au début, j’étais très joyeuse, mais ensuite je me suis mise à pleurer. J’ai pleuré comme je n’avais pleuré qu’une seule autre fois dans ma vie, quand ma mère est morte. C’était incontrôlable, alors que je ne pleure pas souvent.Vous savez, il m’arrive de pleurer, mais je ne suis pas le genre de personne qui pleure pendant des heures ; vous voyez ce que je veux dire ? Il y a des gens qui peuvent faire une inondation pendant des heures. Moi, jamais - seulement deux fois dans ma vie. Pendant 17 ans j’ai eu ça - à travers des temps très tumultueux pour moi - et j’ai toujours été comme ça. Et si ça a été une échappatoire pour tous ces enfants, vous imaginez ce que c’était pour moi. Et ce n’était pas que le monde, c’était aussi la discipline du travail et la structure que ça donnait à ma vie, et je savais que j’allais continuer à écrire mais il fallait que je fasse le deuil de Harry.

OW : Vous saviez que la dernière phrase serait "Tout était bien" ?

JKR : Oui, je savais.

OW : Et vous l’aviez toujours su ?

JKR : C’est une bonne question, parce que pendant longtemps j’ai pensé que le dernier mot serait ’cicatrice". C’était formulé différemment, mais je l’avais dit aux fans. Le dernier mot allait être "cicatrice", et puis j’ai changé d’avis. J’avais juste envie que les derniers mots soient "tout était bien".

OW : "Tout était bien".

JKR : "Tout était bien", oui.

OW : Mais vous savez ce qui se passe ensuite.

JKR : Oui, je sais. Je ne pouvais pas m’arrêter. Je crois que quand on a été impliqué avec les personnages pendant aussi longtemps, on ne peut pas s’arrêter. Tout est encore là. Ils sont tous encore dans ma tête. Je veux dire... je pourrais écrire - je pourrais certainement écrire un tome 8, 9, 10. Facilement.

OW : Vous allez le faire ?

JKR : Je ne vais pas dire que je ne le ferai pas. Je ne pense pas que je le ferai. J’ai adoré écrire ces livres. J’ai le sentiment que j’ai fini, mais on ne sait jamais.

OW : Dites-moi : avez-vous jamais eu le sentiment de ne pas pouvoir résister à la pression ? Quand vous avez commencé le premier livre, le monde ne savait pas. Et ensuite, une fois que les contrats étaient signés et que l’industrie et tous l’univers de Harry Potter a commencé, je suis sûre que la pression devait parfois être insupportable.

JKR : Oui. Ça l’était. Je peux le dire maintenant parce que je suis livre. À l’époque j’avais l’impression que je devais faire comme s’il n’y avait pas de pression ; c’était ma manière de faire face. C’est arrivé tellement vite pour moi et ça n’aurait pas dû m’arriver. Vous voyez ? C’était un livre pour enfants. Pire, un livre pour enfants dont on m’avait dit encore et encore qu’il n’aurait aucun succès commercial ; j’avais eu droit à beaucoup de lettres de rejet. Alors, quand je suis sortie de l’obscurité et que je me suis retrouvée comme les Beatles, il y a eu un moment où c’était vraiment fou.

OW : C’est une très bonne analogie.

JKR : Sauf qu’il y avait quatre Beatles, alors ils pouvaient se tourner les uns vers les autres et se dire "mon Dieu, c’est fou !". Moi, je n’avais personne vers qui me tourner. La pression était dingue. Nous sommes arrivés à une séance de dédicace lors de ma seconde tournée américaine - ma première tournée américaine n’avait pas été un franc succès - alors quand je suis arrivée pour ma seconde tournée, je pensais que ce serait pareil. Nous étions dans une voiture dans la rue et il y avait cette queue pendant des dizaines et des dizaines de mètres. Je regardais par la fenêtre et j’ai demandé à la fille de la maison d’édition "il y a des soldes ?". Et nous avons pris un virage et nous sommes arrivés devant une immense librairie Barbes & Nobles et je me suis dit "Oh mon Dieu". La queue serpentait dans la rue, dans la librairie, à travers les quatre étages ; ils ont dû me faire entrer par la porte de derrière. Ils ont ouvert la porte et les gens se sont mis à hurler. Tous ces projecteurs étaient sur moi. Je me suis dit "oh mon Dieu", et j’ai dédicacé 2000 livres, et il y avait encore des gens dans la queue, et nous avons dû partir.

OW : Aux États-Unis, on appelle ça une ligne [line], pas une queue.

JKR : Les lignes.

OW : La ligne n’en finissait pas.

JKR : Oui, voilà, la ligne n’en finissait pas.

OW : C’est à ce moment-là que vous avez su.

JKR : Oui. C’est un grand moment pour moi. Je savais que ça prenait de l’importance - les journalistes parlaient de moi et tout ça, mais pas à ce point. C’est ce moment qui pour moi, m’a fait sentir "Beatle-esque". C’est là que ça a commencé à devenir dingue. Vous me parliez de la pression ? À ce moment-là, je disais aux gens "Oui, oui, ça va". Mais il y avait des moments où je ne tenais qu’à un fil.

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Seconde partie

OW : C’est le pays des cornemuses, du whisky, des kilts et des châteaux. L’Écosse est aussi la patrie de la reine de l’édition, la maman milliardaire, JK Rowling. J’ai été à Édimbourg pour rencontre JK dans la ville où son jeune sorcier, Harry Potter, a surgi de son imagination fantastique et a conquis les cœurs de millions de personnes. Au milieu des rues pavées et des cafés vieux-jeu, JK, qui était alors une mère seule et qui avait du mal à joindre les deux bouts, a écrit l’école des sorciers, à la main, avec sa petite fille endormie à ses côtés.

OW : C’est intéressant que dans le premier livre, quand Harry est déposé chez son oncle, il y a une prédiction

JKR : Un jour, tous les enfants du monde connaîtront son nom.

OW : Un jour, tous les enfants du monde connaîtront son nom.

JKR : Enfin, le scénariste...

OW : Vous ne vous doutiez pas ?

JKR : Non.

OW : Il n’y avait pas quelque chose en vous qui vous disait... Est-ce que subconsciemment, vous saviez ?

JKR : Je me souviens d’une fois, c’était comme... je vais appeler ça un éclair de clairvoyance. Bien sûr, si ce n’était pas devenu vrai, ç’aurait juste été une pensée folle. Mais je me souviens d’un jour, quand j’écrivais l’École des sorciers, je partais du café où je travaillais sur le premier tome, et une petite voix m’a dit "ce qui sera dur, ce sera d’être édité. Si c’est publié, ça deviendra énorme".

OW : Wow.

JKR : Et c’était tout à fait ça.

OW : Alors vous avez eu cette idée... cette voix vous a dit...

JKR : Enfin ce qu’il faut, c’est y croire, n’est-ce pas ?

OW : Oui.

JKR : Vous savez, je n’avais pas beaucoup de confiance en moi. Je n’avais pas beaucoup de... en fait, je dirais que je ne croyais pas du tout en moi, mais il y avait cette chose dans ma vie à laquelle j’ai cru. La seule chose de ma vie. Je me suis dit "je sais raconter une histoire".

OW : Est-ce que c’est vrai que - vous savez, j’ai entendu une légende que l’histoire vous est apparue dans un train.

JKR : Oui, c’est vrai. J’avais toujours voulu écrire, dès l’âge où on comprend que les livres sont écrits par des gens et qu’ils ne poussent pas sur les arbres.

OW : Donc vers six ans ?

JKR : Oui, cinq ou six ans. J’ai toujours voulu faire ça.

OW : Devenir écrivain.

JKR : Oui. Je n’arrêtais pas d’écrire pendant l’adolescence et quand j’avais vingt-et-quelques années, mais je n’avais jamais trouvé ce qu’il fallait, voys voyez ? Et j’étais sur ce train, j’avais 25 ans, et c’est arrivé. Ce qui est arrivé, c’était "un garçon qui ne sait pas qu’il est un sorcier part pour une école de magie". Bang. Bang. Bang. Et voilà. Il me fallait du papier. J’étais sur ce train de Manchester à Londres qui avait du retard et ma tête était pleine de ce qu’il y avait dans cette école de magie. Il y avait quatre maisons, des fantômes, des fantômes de maisons. Quelles matières y enseignait-on ? Qui étaient les professeurs ? Et je n’avais pas de stylo. Mais c’était ça. Et je ne crois pas avoir jamais été aussi excitée. Je me suis dit "j’adorerais écrire ça". Je n’avais jamais pensé écrire des livres pour enfants. Je n’avais jamais pensé à cibler cette catégorie et pourtant c’était ce que j’étais censée écrire, vous voyez ? Parce que j’avais toujours été fascinée par le folklore. J’adore les mots idiosyncratiques.

OW : Je crois que le meilleur cadeau donnée par la saga Harry Potter au monde est la liberté d’utiliser notre imagination.

JKR : Je l’espère. Je suis très frustrée par les gens qui ont peur de l’imagination. Je trouve ça malsain.

OW : Et qu’en est-il de toutes les critiques que vous avez reçues de toutes ces personnes religieuses qui trouvaient ça trop sombre, que ça faisait trop peur, tous ces sorciers et cette magie ?

JKR : Et bien, je pense...

OW : J’aime beaucoup ce que vous avez dit. J’ai lu quelque part que vous avez que vous ne cherchiez pas à convertir vos lecteurs à la chrétienté.

JKR : Non. Je ne cherche pas à mettre en avant une foi particulière, même s’il y a beaucoup d’imagerie chrétienne dans les livres, on ne peut pas le nier. Dans les Reliques, c’est très clair, mais ce n’étais pas mon but. C’est une allusion à la foi dans laquelle j’ai été élevée. Mais pour répondre à la question sur ce que ça m’a fait...

OW : D’être critiquée.

JKR : D’être critiquée comme ça. J’essayais de comprendre : qu’est-ce qu’ils critiquent ? Si on parle de choses sombres et qui font peur, je crois qu’il est parfaitement légitime qu’un parent dise "mon enfant n’est pas assez grand pour ça" ou "il va falloir qu’on en parle ensemble, on les lira ensemble". Très bien. En fait, c’est parfait ! Asseyez-vous et lisez-les ensemble. Ce serait merveilleux. Si on parle de "il ne faut pas parler de sorcellerie, il ne faut pas représenter les sorcières ou la magie dans un livre", je trouve que ça n’a pas de sens. Aucun sens. Dans 100, 200, 300 ans, il y aura une nouvelle histoire pour enfants avec des sorcières et de la magie. Ce sera toujours là, parce que c’est un ensemble de croyances que les générations se transmettent. C’est encore très attirant. Il y a une citation que j’ai presque utilisée dans HP ; je paraphrase, ce ne sera pas exactement ça : dans la magie, l’homme doit compter sur lui-même. Dans la religion, bien sûr, on cherche de l’aide extérieure, mais c’est ça qui est attirant dans la magie. Je ne dis pas que je crois en la magie. Je n’y crois pas. Mais je crois que c’est pour ça que la magie est attirante : que nous avons le pouvoir, que nous pouvons façonner le monde. Je me dis souvent que c’est un peu comme être très riche - c’est une sorte de super-pouvoir. Je me dis souvent ça, puisque ça m’est arrivé. Les gens se disent "eh bien, vous pouvez tout régler maintenant". Vraiment ? Ce n’est pas comme ça que ça marche.

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Troisième partie

OW : Rowling nous a accordé une de ses rares interviews à Édimbourg, en Écosse - sa ville. Nous nous sommes assises dans l’hôtel historique Balmoral. C’est ici qu’elle a fini les derniers chapitres du voyage de Harry Potter. Quand on sait que 400 millions d’exemplaires ont été vendus, il est dur de penser que 12 éditeurs ont refusé le manuscrit de l’École des sorciers. Treize a été son nombre porte-bonheur. Un éditeur ensorcelé par ce conte spectaculaire a accepté de le publier. Quand JK a signé le contrat, son agent l’a prévenue : "tu n’arriveras jamais à gagner ta vie en écrivant des livres pour enfants’".

OW : Vous ne trouvez pas ça intéressant, ce moment où on se rend compte pour la première fois du pouvoir de l’argent ? On se rend compte qu’on n’est pas obligé d’être dans cette situation où...

JKR : Ça vous a fait ça ?

OW : Oui.

JKR : Vous avez mis du temps à comprendre ?

OW : Et c’est encore le cas.

JKR : Moi aussi ! Je crois que c’est un moment où on doit choisir entre deux choses.

OW : Pareil pour moi !

JKR : Et on se dit : je pourrais...

OW : Je pourrais avoir les deux !

JKR : Mais on n’a... On n’est pas habitué à vivre comme ça.

OW : Exactement, et vous savez pourquoi ? Parce qu’on se rend compte de la valeur de 25 livres sterling.

JKR : Exactement. Toujours.

OW : Oui. Ou de 100 dollars.

JKR : Je me suis sentie tellement extravagante !

OW : Aux États-Unis, on vous connaît comme la première écrivain milliardaire. En quoi est-ce que ça a changé votre perception de vous-même ?

JKR : Je m’habille mieux. Mais ce n’est pas qu’une question d’argent : il y a beaucoup de gens riches qui s’habillent très mal. Mais on peut se permettre d’acheter de meilleurs vêtements. Je crois que la plus grosse chose que m’a donnée l’argent - et bien sûr, j’étais une mère célibataire et je vivais vraiment au jour le jour ; j’étais aussi pauvre qu’on peut l’être au Royaume-Uni sans être SDF. Quand on a été comme ça, on ne pourra jamais partir du principe qu’on n’a pas à s’en faire. Jamais.

OW : Est-ce que vous arrivez à vous dire que vous serez toujours riche ?

JKR : Non. Et vous ?

OW : Un peu. Je commence à y arriver.

JKR : Vraiment ? J’espère que je... Ça a l’air bien.

OW : A moins que je ne sois complètement idiote.

JKR : Mais voilà ! A moins que je ne sois complètement idiote. Et vous savez quoi ? Je n’ai jamais été idiote avec mon argent, alors pourquoi m’en faire ? Mais c’est comme ça. Je me dis "mon Dieu, si je gâche cette chance, comment est-ce que je pourrais regarder les gens en face ?"

OW : Mais vous savez, psychologiquement, c’est difficile, parce que c’est comme se dire... comme se permettre de ne jamais dire jamais.

JKR : Exactement. Et on se dit "je ne veux pas avoir l’air complaisante". "Je veux apprécier les choses à leur juste valeur". Je... Enfin vous savez quoi ? Je raconte n’importe quoi. N’importe quoi. Il faudrait vraiment que je sois stupide, mais ça m’inquiète quand même.

OW : Vraiment ?

JKR : Oui. Pas tout le temps. La plupart du temps, je me sens vraiment bien.

OW : Qu’est-ce que l’argent a changé pour vous ?

JKR : Ca m’a libérée. C’est pour ça que c’est un super-pouvoir. On est libre. On n’est pas obligé... Le luxe de pouvoir s’asseoir et se demander "où est-ce qu’on part en vacances ?" et de n’avoir aucune limite.

OW : J’ai entendu dire que vous ne conduisiez pas.

JKR : Non, je ne conduis pas. Les voitures me font très peur.

OW : Alors vous avez un chauffeur ?

JKR : Depuis peu, j’ai un chauffeur. Depuis très peu de temps.

OW : Est-ce que c’est vrai que vous prenez toujours le bus ?

JKR : Parfois. Au cours de ces douze derniers mois, j’ai pris le bus, en tout cas.

OW : Est-ce que vous aviez imaginé votre vie telle qu’elle est maintenant ?

JKR : Non, jamais. Vraiment jamais. C’est tellement plus que ce que je pouvais imaginer que je n’y étais pas préparée. Je n’ai jamais vraiment parlé de ça. J’étais une écrivain. Il n’y avait personne dans mon entourage personnel ou professionnel vers qui je pouvais me tourner avec des questions comme "qu’est-ce qu’on fait quand les journalistes commencent à fouiller vos poubelles ?" Des choses dingues comme ça qui se produisent. Des choses qui font qu’on se sent...

OW : Mais ce genre de chose n’arrive pas à la plupart des écrivains, vous savez ?

JKR : Exactement. Donc tous mes proches ont été vraiment surpris.

OW : Ce n’est pas comme si vous étiez actrice, vous auriez pu vous y attendre.

JKR : Bien sûr ! Dans ce cas là, on se dit que si on a énormément de succès, ça arriver ; on n’aimera pas ça, mais ça arrivera. Mais en tant qu’écrivain, on ne peut pas se dire "si j’ai énormément de succès, il y aura des photographes avec des énormes objectifs qui voudront me prendre en photo en bikini à la plage". J’étais loin de m’imaginer ça.

OW : Vous n’y étiez pas préparée.

JKR : Pas du tout. Et ça m’a fait peur pendant un bout de temps.

OW : Dites-moi... Nous parlions des critiques tout à l’heure. Avez-vous réussi à être en paix avec Dieu ? Et est-ce que vous appelez "ça" Dieu ?

JKR : Oui. C’est un combat interne permanent.

OW : Mais quand on lit les livres Potter, quand on regarde les films, le thème qui en ressort et qui domine est l’amour. L’amour gagne.

JKR : Oui, et c’est un concept qu’on retrouve dans toutes les grandes religions, sans exception. Et je sais que parfois, et c’est sans doute vrai de tous les écrivains, parfois je sais en quoi je crois grâce à ce que j’ai écrit. Bizarrement, si vous m’aviez demandé en quoi je croyais avant d’écrire, je ne sais pas si j’aurais pu répondre. Mais ça ressort dans les livres Potter. Vous avez raison.

OW : Que l’amour gagne.

JKR : Oui, l’amour gagne. On le sait. Quand quelqu’un meurt, l’amour n’est pas éteint - j’allais dire comme un robinet [tap], mais le terme américain est "faucet", puisque vous avez dû traduire "queue". Ça ne s’éteint pas. C’est très résilient, n’est-ce pas ?

OW : Donc vous croyez en une puissance supérieure ?

JKR : Oui, je dirais que oui. Et je l’appelle Dieu. Par manque de meilleur mot, parfois.

PS :

À très vite pour la seconde partie de l’entretien !


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