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5 Noises

Pas de sexe, s’il vous plait ! C’est de la littérature pour enfants !

16 juin 2003

texte écrit par Karen Brooks, proposé par Haryr, traduit par Pruneau.

Au début de Harry Potter à l’école des Sorciers, Minerva McGonagall, la directrice adjointe du Collège Poudlard, École de Sorcellerie, discute de Harry Potter, encore bébé, avec son patron Albus Dumbledore. Elle s’exclame : « il va devenir célèbre - une véritable légende vivante - tous les enfants de notre monde connaîtront son nom ! »

Depuis le jour où Harry est sorti pour la première fois de son placard au 4, Privet Drive, et a commencé à captiver des générations de lecteurs, chaque mot, ligne, chapitre et personnage des quatre romans a été analysé. Les métaphores, les symboles, les similarités avec d’autres contes pour enfants, tels que ceux écrits par Roald Dahl, Enid Blyton ou même T.H.White, les liens avec des mythes et des légendes, tout a été longuement analysé et comparé à la vie des lecteurs.

De quelque façon que vous lisiez les romans sur Harry Potter, que vous y voyiez l’histoire d’un garçon courageux et loyal opposé à une grande adversité, passant de la misère au bonheur, ou un pamphlet contre l’autoritarisme, ou encore un vœu d’évolution
d’une société de plus en plus aliénante et aliénée, presque tous les critiques sont d’accord : J.K. Rowling a trouvé un filon.

En fait, elle a tellement trouvé le filon qu’elle ait désormais la femme la plus riche d’Angleterre. Et alors que le cinquième épisode ne saurait tarder, son relevé de compte en banque sera bientôt absolument obscène.

Tous les fans de Harry savent que Harry Potter et l’Ordre du Phénix racontera la cinquième année de Harry à Poudlard. Et comme Harry Potter est désormais pubère, ses aventures vont certainement de plus en plus refléter son côté adulte. Il doit déjà supporter des problèmes émotionnels dus à la mort de ses parents, le harcèlement psychologique de Voldemort qui le poursuit, les brimades de ses camarades, des accusations injustes, son statut de célébrité, des amitiés mises à l’épreuve, et le traumatisme affreux de la mort d’un de ses pairs. Que va-t-il encore devoir affronter ?

Clairement, la seule chose qui manque à ces merveilleuses aventures, c’est un peu de sexe. Harry a été confronté à un grand nombre de créatures pendant ses quatre ans à Poudlard, mais pas à sa sexualité. Ce territoire-là est encore vierge. [1]

En fait, aucun commentateur n’a osé se risquer sur ce domaine dangereux, à part l’immonde Rita Skeeter, journaliste pour la Gazette du Sorcier - et regardez ce qui lui est arrivé.
Malgré la peur des critiques moldues qui ne manqueront pas de s’abattre sur quiconque osera évoquer l’identité sexuelle de Harry, il est intéressant d’examiner les livres sous cet angle de vue. En tant qu’élève d’un internat mixte, il était inévitable qu’il rencontre des membres du sexe opposé. Il a même toléré qu’un certain nombre de filles fantasment sur lui - Ginny Weasley par exemple.

Parmi ses meilleurs amis se trouve Hermione Granger, une fille de moldus intelligente sur qui il peut compter, mais l’amour est rarement au rendez-vous entre eux. Alors qu’Harry est sur le point d’avoir seize ans [NDT : sic], il faut se poser la question : est-ce qu’il aime les filles ? Et trouvera-t-il une petite amie ?

Rowling nous rappelle sans cesse que même si Harry est assez petit, sa baguette est plus grande que bien d’autres sorciers, et, comme le dit M. Ollivander, le marchand de baguettes magiques du Chemin de Traverse, c’est une ’combinaison originale’.

Harry passe son temps à nettoyer sa grande baguette et son balai, tout d’abord un Nimbus 2000, puis un inégalable Éclair de Feu. Il aime la liberté que lui offrent ces différents balais, qui lui permettent de s’échapper momentanément des bornes imposées par Poudlard et les mœurs sociales, et lui apportent tant de félicitations après une excellente performance au Quidditch.

Il n’y pas de serpents dans les pantalons, mais ces reptiles rampants, et le pouvoir qu’a Harry de leur parler en Fourchlang sont légion. Et comme Harry est un membre loyal et dévoué de Gryffondor, il est facile d’oublier que le Choixpeau magique a hésité à le mettre dans cette bande d’efféminés de Serpentards.

Les références phalliques plus subtiles sont plus que nombreuses - ce qui est normal dans des romans qui, de par leur public, doivent sublimer les allusions sexuelles évidentes. Les chaudrons, les baguettes, les balais, et les plantes et créatures aux formes bien particulières qui émettent du pus, des jets empoisonnés et toutes sortes de fluides sont fréquents. Et il est assez clair que Harry préfère la compagnie des hommes. Mais comme dirait un autre personnage de fiction, Homer Simpson, ’Comme tout le monde, non ?’

Même Ron Weasley, l’éternel compagnon de Harry, devient jaloux de se célébrité et de sa richesse. Un peu à la manière de deux amoureux se prenant le bec, ils refusent de se parler pendant plusieurs semaines, jusqu’à ce que la vie de Harry soit menacée par un dragon.
En fait, ce n’est que dans le quatrième tome, Coupe de Feu, avec tout d’abord la Vélane Bulgare, puis la sirène de la salle de bain des préfets, et en fin le Bal de Noël, que Hermione et tant d’autres filles sont vues sous leur jour vraiment féminin.

Harry n’a le choix qu’entre des mères, des sœurs et des personnages autoritaires et harcelants, alors comment s’étonner qu’il préfère les gens du même sexe que lui ?
Bien des critiques ont disserté sur le portrait problématique des femmes et des filles dans Harry Potter. Il y a un amalgame entre plusieurs stéréotypes négatifs. Hermione apparaît tout d’abord comme une bourgeoise réprobatrice pour ne devenir rien d’autre que - comme l’a remarqué Julia Eccleshare dans son Guide de Harry Potter, publié sans lien avec l’auteur - une ’zélote en croisade’ pour que les elfes de maison aient des conditions de vie équitables. Elle est plus une figure maternelle qu’un centre d’intérêt.

De même, Ginny Weasley, qui rougit dès que Harry lui parle, devient une victime qu’il faut sauver dans HP et la Chambre des Secrets.

Et si Harry s’intéresse à Cho Chang, une fille de Serdaigle plus âgée, c’est surtout parce qu’elle est jolie et partage sa passion pour le Quidditch.

Les femmes plus âgées sont encore pires. Mrs Weasley, bien que gentille, est une dominatrice, et quasi asexuée. Mrs Dursley est tout simplement infecte et les femmes professeurs à Poudlard ne sont rien d’autre que des variations sur le thème de l’institutrice d’école…

Il est peut-être approprié que, dans des livres destinés à attirer des garçons, comme l’a remarqué Danielle Crittenden du Wall Street Journal, les filles soient réduites à être simplement des stéréotypes fonctionnels, sans pour autant désillusionner le lectorat féminin. Faut-il que nous approfondissions ?

Selon Philip Nel, l’auteur du livre Les Romans de J.K.Rowling, une des critiques les plus intéressantes après la publication des livres parut sur un site Internet, Slate.
Polly Shulman et A.O. Scott ont eu une discussion épistolaire sur les articles publiés sur Rowling et les œuvres elles-mêmes. Tous deux ont observé les thèmes adultes dans les romans, mais Scott a fait un lien intéressant entre le fait d’être un sorcier et l’homosexualité.
« Vous grandissez dans un monde hostile régi par des codes et des normes qui n’ont aucun sens pour vous, et vous découvrez à un certain âge qu’il y a des gens comme vous, et même qu’il y a toute une culture avec ses propres codes et normes, parallèlement à la culture classique (moldue), mais qui reste étrangement invisible. »

Harry n’est peut-être pas gay (« bien que ça ne pose pas de problème »), mais comme tant de garçons moldus de son âge, sa sexualité reste à définir.
Alors que notre héros réticent se trouve sur le seuil du monde adulte, alors que sa testostérone se fait de plus en plus pressante, il sera intéressant de voir le chemin qu’emprunte Rowling.
Gary Crew, un Australien qui a gagné beaucoup de prix de littérature pour enfants, pense qu’un des raisons pour lesquelles les livres de Rowling ont autant de succès est l’absence de sexualité de Harry.

Un peu comme Claude, dans le Club des Cinq de Enid Blyton, dont la sexualité n’est jamais définie (même si, comme le note Crew, elle est « sans doute homosexuelle »), Harry n’a pas le droit d’intimider ses lecteurs en devenant un objet de désir sexuel. En fait, comme le dit Crew, « Harry est un objet commercial. Nous l’avons volontiers adopté comme un objet de tous les jours - regardez la profondeur et la largeur de la franchise. »

Inclure de la sexualité sous n’importe quelle forme pourrait potentiellement nuire aux profits engrangés, et à la rémunération de Rowling. Comme la Forêt Interdite, ce domaine demeure prohibé.
Néanmoins, maintenant que le jeune acteur Daniel Radcliffe est bien installé dans l’imaginaire populaire comme la personnalisation de Harry, la franchise pourrait avoir des problèmes.

Il est facile de garder un personnage de fiction confiné dans un certain domaine quand il vit dans un monde à deux dimensions et ne peut se promener en liberté que dans l’imagination du lecteur. Mais une fois que ses qualités et caractéristiques ont été transposées chez un acteur à trois dimensions, des problèmes peuvent apparaître.
Radcliffe grandit et, comme le Harry qu’il incarne, va être confronté à une foule de problèmes « normaux » à l’adolescence, y compris la sexualité.

Il est certain que ses rencontres intimes étancheront bientôt la soif de rumeurs du public. Aussi, même si Rowling n’a pas l’intention que Harry devienne un objet de désir sexuel, elle ne sera peut-être pas capable de contrôler la perception que le public aura de Radcliffe, ni ses prédilections personnelles, à moins de jeter un autre sort ou de remettre Harry (et Radcliffe ) dans un placard.

Dr Karen Brooks est auteur de livres fantastiques et professeur de culture populaire à l’Université de Sunshine Coast.



[1sans mauvais jeu de mot - NDTR


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