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Le fandom Harry Potter a un problème d’insatisfaction et d’information

20 septembre 2017

/ !\ Cet article ne reflète pas l’opinion de l’intégralité de la rédaction / !\

Je vous ai parlé il y a quelques temps d’un festival Harry Potter annulé car il rencontrait un trop grand succès. Ce nouveau revers pour un projet a priori sympathique m’a poussé à réfléchir à l’attitude difficile et parfois paradoxale à laquelle les organisateurs sont confrontés. La sortie récente de l’édition définitive de la pièce Harry Potter & the Cursed Child et les réactions qui ont suivi m’ont conforté dans l’idée qu’un éditorial s’imposait.

Trop médiatisé, Warner Bros. intervient

Ce n’est pas la première fois, ni la dernière, qu’un projet Harry Potter est annulé à cause d’une trop grande médiatisation. Les soirées, festivals ou fanfilms qui dépassent un certain seuil de visibilité sont rapidement ciblés par les ayants droits qui exigent des compensations ou que toute référence immédiate à la saga soit éliminée. Pour ne pas avoir à payer des sommes astronomiques, les organisateurs s’exécutent généralement, ce qui pousse parfois les fans à se désintéresser. Nous en sommes au point où certains événements Harry Potter refusent que les médias parlent d’eux afin d’éviter tout problème !

Lorsque la licence est exploitée de manière commerciale, ceci paraît logique, mais lorsque des fans bénévoles montent un projet sans aucun but lucratif et que celui-ci prend une ampleur considérable, il est regrettable de voir leur projet s’effondrer simplement parce qu’ils n’ont pas pu utiliser les mots Poudlard, Serdaigle, Gryffondor, Serpentard, Poufsouffle ou Auror.

S’ils veulent voir de plus nombreuses initiatives fleurir, les fans doivent donc mettre de l’eau dans leur vin et cesser de réclamer des projets qui se servent des noms officiels. Quand le projet Maguss est balayé d’un “ce n’est pas vraiment un Harry Potter Go” parce que les factions ne portent pas les noms des quatre maisons, on se demande réellement quelle serait la différence. J’ai vu des fanfilms de qualité presque professionnelle minimisés parce qu’ils étaient produits par des fans : comme si le fait d’être “officiel” était un gage ou un critère de qualité.

Il faut se faire à l’idée que, si on veut voir une plus grande diversité de projets se développer autour de l’univers, ça passe par une plus grande tolérance des déformations nominales.

Le paradoxe de la sous-médiatisation

Parfois, les fans eux-mêmes sont la cause de l’annulation de manière encore plus directe, comme lors de cette après-midi à laquelle les fans adultes n’étaient pas conviés ou pour le festival Harry Potter en Écosse sus-mentionné.

Ces cas illustrent véritablement la difficulté de communiquer adéquatement au sujet des initiatives liées à Harry Potter. Les fans se disent souvent attristés de ne pas avoir entendu parler de telle ou telle initiative ; il se précipitent ensuite sur le premier projet venu, générant un buzz colossal et risquant de le faire couler pour des raisons diverses dont celles évoquées ci-dessus.

On entre alors dans un cercle vicieux car, pour limiter les risques, les événements Harry Potter locaux cherchent à se faire discrets ; les fans ont donc le sentiment que rien ne se produit, ils se jettent donc sur le premier évenement venu, etc...

De plus, cette précipitation a souvent pour effet de générer des attentes infondées et, donc, de causer une certaine déception : s’imaginant le Nirvana des Potterheads, ils se ruent sur un petit festival sans prétention, prêts à faire des centaines de kilomètres pour une activité organisée dans une bibliothèque qui ne cherche qu’à animer la localité. De peur de manquer leur chance, ils se précipitent avant même de savoir ce que la soirée leur proposera, sans même se renseigner sur les organisateurs.

De telles attentes font également enfler le projet, ce qui produit souvent un buzz qui forcera les organisateurs à se distancer des noms officiels afin de satisfaire les ayants-droits ; nouvelle cause de mécontentement.

Là où certains projets ne voient jamais le jour, parce qu’ils ne trouvent pas leur public, en manque d’information, d’autres souffrent d’une surmédiatisation qui attire l’attention des ayants-droits et gonfle les attentes. Il est très difficile de trouver le juste milieu.

S’adapter à l’échelle de l’événement

Pourtant, des événements ou projets Harry Potter sympas, il y en a plus souvent qu’on ne le pense. La Magikzone des Geek Faëries, en live ou en ligne ; la soirée Génération Harry Potter de Poudlard 12 ; le spectacle Pottermania ; le spectacle Harry Potter Jukebox ; les tournois de quidditch ; le bal des sorciers de Magical Events... pourtant il est rare que ces initiatives “buzzent” autant qu’un nouveau produit dérivé ou que la présence d’un acteur à une grosse convention sans âme.

Il y a toujours de bonnes excuses mais, quand un Escape Game Harry Potter aux USA génère plus d’enthousiasme qu’une salle similaire à Paris ; ou qu’un bar aux allusions particulièrement obscures à Toronto est présenté comme une initiative géniale alors qu’il existe des dizaines de bars comparables comme Le Dernier Bar avant la fin du Monde à Paris... on finit par comprendre que le problème n’est pas du côté de ceux qui portent les projets, mais de celui des fans.

Se plaindre d’un manque d’activité Harry Potter et ne s’enthousiasmer que lorsqu’on annonce la présence d’un acteur, au fond, ça en dit long sur la véritable nature des attentes du public ; ce qu’ils veulent, ce n’est pas du Harry Potter, ce sont des paillettes avec Hedwig’s Theme en fond sonore.
Ce sont les lands Universal à leur porte ; pas une soirée à thème dont ils repartiront déçus “parce que ce n’était pas aussi bien qu’ils l’auraient fait”, même si les organisateurs ont tout préparé sur base d’expériences précédentes. Les fans ne laissent rien passer.

Et pourtant, s’ils apprenaient à se satisfaire de ce qu’ils ont, peut-être qu’ils n’auraient pas ce sentiment de pénurie d’événements Harry Potter. En imaginant une gradation dans le type d’événement et en s’adaptant à celle-ci, on peut également réduire l’impression que “c’est toujours ailleurs que des trucs énormes se produisent” ; si un événement se produit à Ploucville, c’est sans doute à l’échelle de Ploucville, et ça ne sera pas automatiquement mieux qu’un petit événement à Trou-paumé-sur-Seine.

En faisant de la place à ces petites initiatives, on montre que le fandom est en vie ; ce qui incitera peut-être les ayants-droits à organiser plus d’événements officiels avec plus de moyens. En effet, les petites initiatives n’ont pas toujours un budget suffisant pour recréer une maquette de Poudlard à échelle 1/5... mais, plus ces projets seront soutenus, plus leur budget augmentera !

Une information en écho

Bien entendu, l’information (ou la désinformation) a son rôle à jouer... mais les fans ont la responsabilité de s’informer correctement.

Avec le temps, on devrait tous avoir compris que les médias non-spécialisés cherchent à faire du buzz en plus de ne pas toujours maîtriser leur sujet. Ils simplifient l’information, quitte à ce qu’elle soit incomplète, ou carrément inexacte :
- L’édition de répétition de Cursed Child devient un nouveau roman ; on ignorera le fait qu’il ne s’agit pas de l’édition définitive même si c’était annoncé depuis le début.
- Warner Bros. donne son accord pour un film sur Voldemort ; surtout ne précisez pas que c’est un fanfilm et qu’il est donc autorisé par Warner Bros. par défaut, au même titre que toute création de fan sans but lucratif.
- Il y aura un 9ème film Harry Potter... alors que le tournage est destiné à des scènes pour les attractions des parcs Universal.
- Deux nouveaux romans sortiront à l’automne 2017 alors qu’il s’agit de livres guides sur l’exposition de la British Library.
- Un RPG dans un château devient une école de magie dans un château bâtit des mains des organisateurs.
Et la liste se poursuit...

Les fans qui découvrent l’information déformée par les médias débarquent ensuite pour faire valoir leur déception et leur colère : “Comment ça ; mon livre [Cursed Child] n’était pas la version définitive ? Arnaque !
Eh bien oui ! Mais il ne tenait qu’à vous de vous renseigner auprès de sources moins sensationnalistes et plus au fait pour obtenir l’information exacte. Vous auriez ainsi pu décider de ne pas acheter la version de répétition et attendre la version définitive. [1]
De même que personne ne sera en droit de se plaindre lorsqu’en achetant à l’automne 2017 les livres qu’ils pensent être “un nouveau roman” ou “un nouveau livre de cours”, on découvrira un guide sur l’exposition de la British Library.

Pourtant les sites spécialisés ont rarement autant de partages et de visibilité que les sites généralistes ; les fans continuent de partager les infos de gros sites, remplies d’erreurs. Ils font écho et diffusent cette information erronée à d’autres fans, qui se disent que, si c’est partagé, c’est que c’est vrai... et voilà un nouveau cercle vicieux !

En matière d’événement Harry Potter, ces sites généralistes ne partagent que les opportunités qui font le buzz ; du coup, on en revient à ce que nous discutions plus tôt : les fans qui s’informent auprès d’eux ne sont pas mis au courant de plus petites initiatives. Ils découvrent des infos qui buzzent (il y a un escape-game inspiré de Harry Potter aux États-Unis) et se plaignent que ce soit toujours ailleurs ; mais passent à côté d’informations relayées par des sites de fans (il y a une escape-game fortement comparable à Paris, une salle temporaire aux Geek Faëries, et dans le Nord...) qui buzzent moins.

En changeant cet état de fait, on pourrait réduire les attentes infondées et augmenter la visibilité de petites initiatives. Si les fans se mettent à partager les initiatives Harry Potter locales, qu’ils soient concernés ou non, ils augmentent la probabilité que l’information soit reçue par les locaux ; c’est la loi des réseaux sociaux. Ils passeront ainsi moins facilement à côté d’informations qui les concernent.

Les solutions

Pour moi, c’est assez simple. Les fans sont mal informés et s’informent mal. Pour résoudre ce problème, directement lié à l’insatisfaction ressentie par la communauté, il faut un mouvement collectif qui change ses habitudes en décidant de :

- S’informer principalement auprès de sites spécialisés, qui relaient des initiatives qui passent sous le radar des médias généralistes.
- Relayer les informations des sites spécialisés, qui ne déforment pas les annonces et ne cherchent pas à créer des attentes infondées. Leur visibilité s’en verra augmentée et les risques de manquer l’info seront réduites.
- Réagir aux informations des sites spécialisés ; à l’heure actuelle, les réseaux sociaux diffusent plus une information avec laquelle les lecteurs interagissent. Si tout le monde ignore un événement sous prétexte que “ce n’est pas chez moi”, les locaux auront moins de chance de le voir. Si tout le monde réagit et partage automatiquement, nous serons tous gagnants.
- Mettre de l’eau dans son vin et admettre que Coupe de Poudloire, c’est autant un événement Harry Potter que “Coupe de Poudlard”.
- Cesser d’imaginer qu’un événement Harry Potter a pour but de toucher tous les fans ; on peut avoir un thème potterien pour un événement local de petite envergure qui ne mérite pas un déplacement.

Notre fandom a un problème d’insatisfaction, mais il n’est pas insoluble ; il suffit d’adapter nos attentes et notre comportement pour y remédier.

PS :

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[1Même si, nous accorderons le fait que la communication de Gallimard fut moins claire que celle de Bloombsury à ce sujet.


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