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Bryony Evens, la femme qui a découvert Harry Potter.

7 juin 2015

Cet article est la traduction d’une interview réalisée par le site Always JK Rowling.

Bryony Evens est la femme que nous devons remercier pour avoir fait de Harry Potter « Le Survivant ». Sans elle et son œil vif, Harry ne serait jamais devenu le sorcier le plus célèbre de l’Histoire. Bryony travaillait à l’agence littéraire de Christopher Little qui devint le premier agent de J.K Rowling, chargé de la publication de Harry Potter au Royaume-Uni et aux Etats-Unis et qui a vendu les droits de la saga à Warner Bros.

Bryony était, entre autre, responsable des manuscrits non-sollicités : c’est donc chez elle que la farde contenant la premier version d’Harry Potter est arrivée. Dans le monde de l’édition, un auteur propose d’abord les trois premiers chapitres de son roman et, si l’agence littéraire considère que le manuscrit a du potentiel, elle demande le reste. Il est extrêmement difficile de convaincre en seulement trois chapitres et, pourtant, ce manuscrit a fait de Bryony Evens la toute première fan d’Harry Potter. C’est grâce à elle que l’aventure a pu commencer.

1- En quoi le manuscrit de Harry Potter à l’école des Sorciers se démarquait des autres ?

Il y a eu deux choses. D’abord, le manuscrit est arrivé dans un classeur à pince, ce que je n’avais jamais vu auparavant. Il a donc attiré mon attention et m’a poussé à lire le synopsis et les trois chapitres qui avaient été envoyés. J’ai commencé à lire le manuscrit, et j’ai tout de suite adoré la tonalité du texte. Lorsque je suis arrivée à la ligne où Mrs Dursley appelait Mr Dursley pour lui dire que Dudley avait appris un nouveau mot (« Veux pas ! »), j’ai ri, et j’ai compris que j’avais là quelque chose de vraiment bon ! […] Après avoir lu tout le manuscrit, j’ai constaté qu’il possédait toutes les caractéristiques des romans qui me plaisaient ; une intrigue policière, une école, de la magie, la révélation que les origines d’un personnage sont très différentes de ce qu’il pensait au départ, tout comme dans les contes de fées,…et bien sûr, il y avait aussi un train !

2- Est-ce vrai que vous avez poussé Christopher Little à devenir l’agent de J.K Rowling ? Si oui, qu’est-ce qui vous tenait autant à cœur dans Harry Potter ?

Nous ne représentions pas les livres pour enfants d’auteurs débutants, donc je devais refuser le manuscrit par principe. Cependant, j’avais lu et adoré les premiers chapitres, j’ai donc demandé à Christopher si ça le dérangerait si je demandais le reste du manuscrit, et cela ne lui posait pas de problème. Lorsque j’ai demandé la suite du livre, je ne savais pas si je serai autorisée à l’envoyer à des maisons d’édition, mais je voulais au moins savoir ce qu’il se passait ensuite ! J’ai écrit à Jo pour lui demander le reste du manuscrit.

Lorsqu’il est arrivé, je n’ai pas pu m’arrêter avant de l’avoir terminé. Il était déjà très semblable au livre que vous avez désormais tous lu, vous pouvez donc imaginer d’après votre propre expérience de lecture ce que j’ai pu ressentir en le lisant. J’ai demandé à Christopher d’y jeter un œil, puisque j’étais convaincue que l’on tenait là quelque chose de vraiment spécial. Il l’a lu en une nuit, et nous avons discuté de la réponse que l’on donnerait à Jo.

Christopher pensait que les règles du Quidditch devraient être plus détaillées (c’était un peu difficile à comprendre à ce stade) puisque cela plairait aux garçons, et je pensais que Neville, qui était un personnage mineur mais très engageant dans ce premier jet, devrait tenir une place plus importante. J’ai écrit à Jo en lui disant que si elle pouvait faire ces ajouts, nous serions ravis de la représenter. Je ne pense pas avoir eu besoin de pousser Christopher, nous étions tous les deux d’accord sur le fait que c’était un très bon livre et étions conscients de son potentiel, malgré le fait qu’il n’était pas une priorité pour l’agence.

3- Comment s’est déroulé le procédé de publication de Harry Potter pour vous ?

Comme le livre n’était pas une priorité pour l’agence, j’ai eu juste assez de budget pour faire trois copies du manuscrit, chacune faisant un peu moins de quatre centimètres d’épaisseur. Pour vous donner une idée, à l’époque je faisais régulièrement onze ou douze copies de manuscrits de dix centimètres d’épaisseur pour pouvoir toutes les soumettre d’un coup à des éditeurs. J’ai envoyé le manuscrit à trois maisons d’édition de livres pour enfants pour lesquelles Harry Potter semblait convenir, et j’ai attendu.

Durant les mois qui ont suivi, j’ai beaucoup attendu ; je ne pouvais contacter un nouvel éditeur tant que l’on ne m’avait pas renvoyé un manuscrit, alors j’ai dû relancer les éditeurs et les secrétaires de rédaction à de nombreuses reprises, ce qui était très frustrant dans la mesure où je savais qu’ils tenaient là un très bon livre ! Progressivement, huit ou neuf éditeurs refusèrent le manuscrit, et alors qu’un exemplaire était encore chez Harper & Collins, qui étaient plutôt convaincus par le livre, Christopher m’a suggéré d’envoyer le manuscrit à Barry Cunningham, chez Bloomsbury, qui venait de publier Toots and the Upside Down house, de Carol Hughes, une auteur que nous représentions depuis de nombreuses années.

Christopher pensait que Barry avait le bon état d’esprit en ce qui concernait les livres pour enfants. […] Peu de temps après avoir reçu le manuscrit, Barry m’a informé que ses collègues et lui étaient si convaincus par le livre qu’ils en avaient fait des copies pour tous leurs collègues à la réunion d’acquisition à laquelle ils devaient se rendre, et avaient joint à chaque exemplaire une boîte de Smarties, signe qu’ils pensaient qu’il pourrait gagner le Smarties Prize (Ils avaient raison ; les trois premiers tomes de la série remportèrent le prix avant d’arrêter d’y être présentés, afin de donner une chance aux autres auteurs !). Ils ont fait une offre pour le livre, et nous avons négocié un tout petit pourcentage pour Jo.

Nous espérions que Harper & Collins feraient une offre, ce qui ferait monter le prix, mais ils nous ont annoncé que, bien qu’ils aimaient le livre, ils n’avaient pas le temps de négocier un contrat, et que nous devrions accepter l’offre que l’on nous faisait. Peu de temps après que l’affaire ait été conclue, j’ai quitté l’agence, je n’ai donc pas rencontré Joanne à ce moment-là. Elle était venue à Londres avant que je parte pour rencontrer Christopher et Barry, mais je ne m’étais pas jointe à eux.

4- Dans quelle mesure avez-vous collaboré avec J.K Rowling ?

Après avoir écrit à Jo à propos de Neville et du Quidditch, elle a répondu qu’elle serait ravie de faire ces modifications. Elle avait en réalité supprimé les règles du Quidditch en pensant que ce serait trop technique, il serait donc très facile de les rajouter au manuscrit. Quant à Neville, c’était un de ses personnages préférés, elle était donc ravie d’écrire un peu plus sur lui.

Comme nous le savons désormais, elle a beaucoup plus écrit sur son univers que ce que l’on peut en voir dans les livres, ces modifications n’ont donc pas dû lui demander beaucoup de temps. Lorsque le manuscrit est revenu, j’étais prête à l’envoyer à des éditeurs, je n’ai donc pas eu grand-chose à retravailler avec Jo ! Je ne trouve pas que le livre que j’ai reçu était très différent de celui que j’ai envoyé aux éditeurs, mais comme il s’est passé près d’un an entre le moment où j’ai eu le livre sous les yeux pour la première fois et la date de publication, j’aimerais beaucoup pouvoir relire les deux premiers manuscrits un jour pour voir quels changements ont été apportés à la première version, et quelles modifications ont été faites par Bloomsbury !

5- Avez-vous été surprise du succès de cette série que vous avez aidé à lancer ?

Oui, et c’était une merveilleuse surprise ! J’ai fait de mon mieux pour promouvoir le livre, je me suis assurée qu’il était visible sur toutes les étagères de librairies pour enfants, etc, durant la première année qui a suivi la publication. Je ne me souviens pas comment j’ai pris connaissance du véritable buzz qui l’entourait, mais lorsque le deuxième tome est sorti, j’ai lu un article dans le London Evening Standard à propos d’une avocate qui s’était rendu à Dudley pour une audience, alors qu’elle aurait dû être à Dursley, 65km plus loin ! (ou peut-être était-ce l’inverse). J’ai écrit au journal en suggérant qu’elle avait peut-être lu à ses enfants ce fantastique livre, Harry Potter and the Philosopher’s Stone, et qu’elle pensait au personnage de Dudley Dursley, ce qui aurait pu provoquer cette confusion. Ils ont publié la lettre, ce qui était incroyable !

Ils parlaient aussi du contrat avec les éditeurs américains, ce qui je pense a fait connaître le livre au grand public — qui faisait alors surtout le buzz auprès des enfants, grâce au bouche à oreille. Le contrat pour l’adaptation cinématographique a fait beaucoup de bruit également, beaucoup plus de gens entendirent parler du livre après cela.

J’ai su que ça devenait vraiment quelque chose d’important lorsque les libraires n’ont pas eu le droit de mettre en vente Le Prisonnier d’Azkaban avant 17h afin que les enfants ne sèchent pas l’école pour aller l’acheter. J’ai également été très agréablement surprise d’entendre le genre de questions que posaient les enfants à Jo lors de sa lecture de la Chambre des secrets au Cheltenham Literary Festival, au moment de sa sortie. Ils étaient tellement passionnés, et connaissaient les deux premiers tomes par cœur, ce qui a mené à une discussion vraiment très intéressante avec Jo, sur toutes sortes de choses. Je pense qu’elle aussi a été très impressionnée par leurs réactions !

6- Quels effets ont eu Harry Potter et J.K Rowling sur vous ?

Cela fait bientôt vingt ans maintenant depuis que cette première enveloppe est arrivée sur mon bureau. Je suis très fière du petit rôle que j’ai joué dans l’histoire de J.K Rowling et de Harry Potter, ça prouve que je sais reconnaître quelque chose de bien lorsque j’en vois une !

Au fil des ans, j’ai rencontré J.K Rowling à quatre reprises, et j’ai eu l’opportunité de vivre des choses merveilleuses, ce qui ne serait jamais arrivé si je n’avais pas joué ce rôle. J’ai eu droit à un photo-shoot pour People Magazine, j’ai été invitée au Oprah Winfrey Show, […], et j’ai été créditée dans L’Appel du Coucou par Jo, avec trois références à mon rôle dans l’histoire de Harry Potter ; le plus grand des honneurs !

J’adore également rencontrer des personnes qui ont grandi avec Harry Potter et voir à quel point ils ont été touché par ces livres. Je suis vraiment heureuse d’avoir contribué à leur apporter cette histoire et son fandom. Je suis aussi sidérée par la fréquence des références à Harry Potter dans la pop-culture, et je suis très émue par mon rôle dans tout ça. J’ai même vu une pile de Harry Potter et la Chambre des Secrets dans une salle de classe, étiquetés comme livre de lecture. C’était un grand moment, lorsque je repense à combien j’aimais mes livres de lecture à l’école.


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