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Podcast ASPIC ep. 32 : Imaginales 2022 – Fandom et Transmédia

De retour des Imaginales, festival consacré aux littératures de l’imaginaire qui s’est déroulé du 19 au 22 mai 2022, l’équipe d’ASPIC rapporte une belle table ronde avec elle.

Co-animée avec Crys et Eridan de La Garde de Nuit, référence du fandom francophone du Trône de Fer, cette table-ronde était intitulée « Romans, films, séries, jeux : l’impact de la transmédialité sur les communautés de fans« . En croisant nos expériences dans les fandom Potterhead et autour de l’œuvre de G.R.R. Martin, nous abordons de vastes questions, telles que les débats autour du canon, les différentes portes d’entrée dans un univers, et les questions d’inclusivité.

Vous pouvez également retrouver cette table-ronde en vidéo sur la chaine YouTube de La Garde de Nuit.

Participants : Crys, Eridan, Marjolaine et Alix
Montage : Marjolaine
Graphisme : Salem
Générique : Kalegula, d’après des thèmes de Patrick Doyle et John Williams
Transcription : Rowenaz

MUSIQUE 

Sorcières, sorciers et moldus, érudits ou curieux, bienvenue dans ASPIC, l’Académie des Sorciers, un podcast intéressant et captivant, une émission proposée par la Gazette du Sorcier. 

Marjolaine (M) : Bienvenue dans ce trente-deuxième épisode de l’Académie des Sorciers. Je suis Marjolaine et aujourd’hui, nous vous proposons un épisode un peu spécial puisqu’il s’agit d’une captation de la table-ronde que nous avons eu le plaisir de co-animer avec nos amis de La Garde de Nuit, Crys et Eridan, lors des Imaginales 2022, il y a quelques jours. La Garde de Nuit a capté cette table-ronde en vidéo et nous a autorisé à récupérer l’audio pour en faire un épisode. C’est ceci que vous allez entendre aujourd’hui. Comme il s’agit d’une captation d’un événement live, forcément la qualité du son va être un peu différente de d’habitude mais on espère que tout sera audible et que vous allez pouvoir en profiter. Je vous laisse tout de suite vous remettre dans l’ambiance des Imaginales ou vous mettre dans l’ambiance, pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’être avec nous, pour profiter de cette table-ronde intitulée : « Romans, films, séries, jeux : l’impact de la transmédialité sur les communautés de fans ». 

Crys (C) : Bienvenue à cette table-ronde conjointement menée par La Gazette du Sorcier et La Garde de Nuit, dont l’intitulé officiel est « Romans, films, BD : l’imaginaire à la conquête du transmédia ». On va laisser derrière nous les attributs un petit peu martiaux de ce titre pour lui préférer « L’impact de la transmédialité sur les communautés de fans ». J’espère que vous ne vous êtes pas endormis pendant ce premier intitulé. Sans plus de préambule, je vais donner la parole à La Gazette du Sorcier, donc à Marjolaine et Alix, pour présenter la Gazette, tout simplement. 

M : En effet. Marjolaine et Alix, on fait toutes les deux partie de La Gazette du Sorcier, Alix est même rédactrice en chef de la Gazette ! La Gazette, on est le plus ancien site de fans francophone sur l’univers de Harry Potter. On a une activité sur notre site de publication d’articles de news, d’analyses, d’opinions…etc, mais on a aussi des illustrateurs, on a des podcasts dont ASPIC dont on est toutes les deux les co-animatrices, qui analyse la saga grâce à des invités universitaires ou spécialistes de différents domaines. On est sur Twitch, sur Youtube… voilà, on essaie d’animer la communauté de fans au maximum sur plein de médias différents. On est déjà transmédiatiques ! Voilà pour nous. 

C : Nous, c’est La Garde de Nuit. On fait partie des communautés de fans sur Le Trône de Fer. On a Eridan avec nous et je suis Crys ! On est là depuis 2005, maintenant, Le Trône de Fer étant un cycle qui a des intervalles entre les tomes assez longs, c’est dans ces intervalles là que s’est formée la communauté. 2005, c’était le premier intervalle. Ensuite, on a évolué petit à petit, maintenant on a un statut associatif, on fait tout pareil que la Gazette, en gros, mais avec une fréquence un peu plus réduite en termes de participations, de podcasts, de live, de choses comme ça. On a surtout un Wiki qui a beaucoup servi aux lecteurs notamment francophones pour accompagner la lecture de tout un chacun, cette encyclopédie. 

Eridan (E) : Et qui a aussi accompagné les spectateurs de Game of Thrones. 

M : Pour se faire spoiler, notamment ! 

C : Sur la définition de la transmédialité… Est-ce que quelqu’un veut se lancer ? Alix ? Allez ! 

Alix (A) : La transmédialité, telle qu’on va en tout cas en parler aujourd’hui, c’est le fait d’une œuvre qui est publiée et qui est diffusée sur plusieurs supports différents au fil des ans, des envies de ses auteurs – ou pas. Dans les deux cas, on a commencé sur des supports littéraires mais qui ont évolué au cinéma pour Harry Potter, au format sériel, en série télévisée, au théâtre, en jeux vidéos… Voilà, en gros. 

M : On parle à la fois, dans le transmédia, de l’aspect adaptation d’une œuvre adaptée à d’autres médias mais aussi à une extension de la narration de l’univers qui se développe sous plusieurs formats dans différents médias. Des suites peuvent arriver dans d’autres médias que là où ça a commencé, avec des spin-off aussi qui peuvent se diffuser sur différents supports… On parlera aussi pas seulement des productions officielles mais aussi de la manière dont les fans produisent et font partie de cet univers transmédia dans leurs productions. 

C : Sachant que chez nous, à La Garde de Nuit, il y a déjà un petit frein à la création des fans qui est le fait que George R. Martin n’autorise pas la fanfiction sur son univers, contrairement à J.K Rowling. On a peut-être un peu moins de choses qui existent autour de la fanfiction. En tout cas, elles peuvent exister mais elles ne sont pas très considérées par le créateur de l’univers. 

E : Ni par le créateur, ni derrière par les fans, notamment par les puristes. Ceci étant dit, dans tout ce qui va être transmédialité, notamment tout ce qui va être créations originales des fans, on a quand même eu tout ce qui est autour des jeux, essentiellement des jeux de rôle, de plateau… qui ont des fois été validés par Martin ou sur lesquels il a juste eu un regard à un moment donné. Tout entre aussi, pour moi, dans la transmédialité puisqu’il y a là une vraie volonté d’appropriation de la part des fans de l’univers. On s’en empare et on va créer ensemble une œuvre collective qui ne rentrera certes pas dans le canon mais qui va constituer une expérience transmédiatique intéressante, en tout cas pour ceux qui y jouent. 

C : On va peut-être définir un peu comment ces univers se sont étendus, justement, autour de l’œuvre de départ ? Est-ce que l’un de vous veut commencer, sur les univers étendus ? 

M : On peut très rapidement passer sur les adaptations parce que c’est le plus évident, on en a déjà parlé, que ce soit pour Harry Potter ou Le Trône de Fer, on s’est retrouvés avec des adaptations de l’oeuvre littéraire, en cours de parution d’ailleurs à chaque fois, de l’oeuvre source. 

C : On va quand même dire qu’il y a eu un intervalle un peu plus régulier pour Harry Potter ! 

M : La différence dans Harry Potter c’est que l’œuvre source s’est clos avant la fin des adaptations. 

E : Un univers est plus terminé que l’autre, on va dire ! 

M : Par contre, on a des déclinaisons, si on reste sur le contenu officiel, avec des nouvelles oeuvres qui démarrent sur d’autres supports que le support littéraire puisque les Animaux Fantastiques – ça dépend quel statut on donne au manuel de base mais la saga qui est en cours au cinéma est une saga qui n’existe pas en autre format que ce format cinéma. 

C : Qui a été pensée pour le cinéma, pour le coup. 

M : Qui a été pensée pour le cinéma, oui. Ça va être le cas de certaines des œuvres dérivées autour du Trône de Fer, j’imagine, en série. 

C : Oui, ça va être le cas pour les séries qui ont été validées officiellement pour George R. Martin. House of the Dragon est la première d’entre elles, elle sortira le 22 août en France. On sait qu’il y a quatre autres projets à côté qui ont été validés, certains avec une vraie base littéraire. C’est le cas par exemple pour Dunk et l’Oeuf, les nouvelles qui se passent dans l’univers du Trône de Fer et qui ont été écrites par Martin il y a bientôt quinze ans, je pense, et qui vont être adaptées sous un format série. On a également une série qui est déjà un spin-off de House of the Dragon qui va parler du personnage de  Corlys Velaryon dans sa jeunesse. On a également une série animée sur Yi-Ti qui va être faite. 

M : Yi-Ti !

C : Oui, ce n’est pas l’extraterrestre, c’est une ville très lointaine sur laquelle on a très peu d’informations. Je pense que là il n’y a plus qu’à inventer, clairement. Ça va être une vraie découverte pour nous, en tant que fans de l’univers, puisqu’on ne sait absolument pas ce qu’il va pouvoir y avoir dans cette série. Et enfin, il y a une série qui est quand même assez attendue qui s’appelle Dix-mille navires qui va revenir sur l’arrivée de Nymeria et les dorniens sur Westeros. C’est quelque chose qui est assez apprécié par le fandom, comme sujet. 

E : La différence, peut-être, c’est que les Animaux Fantastiques, dans votre cas à vous, ça part d’un livre dérivé qui est un répertoire d’animaux et on ne s’attendait pas forcément à ce qu’il y ait une histoire qui soit créée et associée autour. 

M : C’est le cas des Animaux Fantastiques et finalement c’est différent parce que c’est un livre qui existe dans l’univers, comme si on avait entre les mains qui existait dans l’univers mais ce n’est peut-être pas si loin de l’Encyclopédie… 

E : Oui, on a effectivement des livres comme l’Encyclopédie ou comme Feu et Sang, justement qui sont censés exister dans l’univers du Trône de Fer. La différence, aussi, c’est que nous, ces séries-là qui vont poper, on a déjà des trames. On a de vraies trames narratives autour, un peu moins sur Yi-Ti, encore que ça dépend de ce qu’ils vont vouloir adapter mais on a déjà une idée de vers quoi ils se dirigent et qu’est-ce que ça va pouvoir raconter. Feu et Sang, par exemple, nous raconte pratiquement déjà tout ce qu’il y a à savoir sur House of the Dragon. Entre autres. 

A : On a aussi, pour Harry Potter, la pièce de théâtre Harry Potter et l’Enfant Maudit où, là, on est vraiment dans explorer la suite de l’histoire sur un média complètement différent : la scène. On est dans une suite et qui a aussi droit à sa publication papier derrière. Il y a eu quand même beaucoup de demandes de rendre l’histoire accessible à tous donc il y a eu à nouveau un… je ne sais pas si on peut vraiment parler d’un dérivé, c’est juste le texte de la pièce qui est publié. Il y a eu cette aventure qui s’est créée et qui attend d’être remodifiée puisqu’elle a été écrite comme une pièce de cinq heures en deux parties et là, depuis la réouverture des théâtres post-COVID, la pièce a été réduite dans le monde entier quasiment, sauf à Londres et en Allemagne, en une pièce d’une seule partie, , de trois heures trente et où il y a énormément d’éléments de l’histoire qui ont été supprimés et d’autres choses qui ont été un peu simplifiées. 

C : Vous savez déjà un peu lesquels ? 

A : On sait un peu. On sait notamment que la romance entre Scorpius et Rose n’existe plus. La romance bien queerbaiting a été supprimée, donc c’est cool. 

M : Le truc évident, la première fois qu’on voit la pièce, le shipping Albus et Scorpius, est plus cohérent et tenu même si ce n’est pas explicite. C’est un peu plus explicite. 

A : Il y a moins ce truc de, à la fin, ce petit revirement de « Oh non, attention, il est hétérosexuel, ne vous inquiétez pas ! ». 

C: Est-ce que tu peux expliciter « shipping » pour les gens qui ne connaîtraient pas ce terme ? 

A : Le ship, c’est le fait d’apprécier, de défendre, de se dévouer corps et âmes à un couple fictif ou réel auquel on croit particulièrement. C’est un couple qui peut exister ou un couple qui peut être complètement imaginé. Par exemple, le Romione, Ron et Hermione, est un couple qui existe, le Dramoire, Drago et l’Armoire à Disparaître, est un couple qui n’existe pas. Rires. Il y a des fanfictions dessus, d’où l’importance de le mentionner ! 

C : Quand je pense que nous on a juste le Sansan, Sansa-Sandor pour ceux qui ne suivent pas, les petits joueurs… 

A : Très simple… 

C : C’est tout à fait simple, je ne vois pas ce que tu veux dire ! Rires

M : Sur les supports, je ne sais pas si on voulait parler d’autres exemples ? 

C : On a un exemple un peu particulier qui est l’exemple, chez nous, du cas Cyanide qui est le cas des jeux vidéos qui ont été produits avant que HBO ne sorte officiellement Game of Thrones, donc entre 2007 et 2011, qui ont fini par être récupérés par la licence HBO. Il y en a un qui est sorti et qui est resté un peu indépendant, qui est était un jeu de stratégie qui était un jeu d’escarmouche entre joueurs qui était prévu pour le multijoueur, qui se passait à Westeros, où un des premiers scénarios était la danse des dragons, quand même, c’était plutôt rigolo. Le deuxième était un jeu de rôles un petit play The Witcher, avec beaucoup moins de moyens, avec l’idée que le joueur fasse énormément de choix et qu’il y ait des fins différentes à l’issue de l’histoire. Ce jeu-là a connu un certain succès, notamment pour son scénario qui est quand même plutôt bien foutu et plutôt dans la veine des bouquins. Dans les faits, HBO a négocié à ce moment-là avec Cyanide et la musique de ses droits à été utilisée et Le Trône de Fer et certains doubleurs sont venus, certains design de personnages ont été récupérés de la série HBO. Ils ont un peu changé leur fusil d’épaule en cours de route. Il y a eu un Telltales mais qui était un produit dérivé de HBO pour la série, pour le coup. Cyanide c’est un peu différent. A tel point qu’à un moment il était même question que les personnages principaux soient mentionnés dans l’éventuel tome 6. On n’y croit plus hein… Mais le Cyanide c’était pour le coup une création un peu de fans à ce niveau-là. 

A : Il y a eu quand même aussi pas mal de jeux vidéos et jeux de plateau dans l’univers Harry Potter, plus jeux vidéos, qui ont aussi bénéficié de contenu créé par Rowling pour les alimenter. Il y a eu toutes les cartes de Chocogrenouille des premiers jeux vidéos, c’est elle qui avait écrit tous les textes, le bestiaire Animaux Fantastiques dont on parlait tout à l’heure… Il a été publié en 2001 mais en fait il y a eu de grosses théories qui circulent sur le fait que quand Warner Bros. a lancé la production des jeux-vidéos, ils avaient demandé une liste de créatures qu’ils pouvaient mettre pour faires des petits duels entre les élèves de Poudlard et les créatures magiques et J.K Rowling leur avait fourni une liste de vingt-trente créatures et un an plus tard il y avait le bestiaire des Animaux Fantastiques qui sortait. Donc ça a potentiellement un peu inspiré ça. Et plus tard il y a eu les jeux Book of Spells, Book of Potions… avec du contenu exclusif sur les autres écoles de magie, notamment l’école de Stonen ??, l’école russe…etc. C’était à nouveau que du contenu créé par l’autrice, disponible que sur ce jeu vidéo, qui a été considéré comme canon, mais qui est très peu connu. On a le cas du Flipendo, qui est un sort qui avait été créé pour les premiers jeux vidéo Harry Potter et qui est revenu dans Harry Potter et l’Enfant Maudit, qui a été réutilisé et qui a été canonisé dans Harry Potter et l’Enfant Maudit. 

C : Et puis vous avez Pottermore quand même, comme extension de l’univers, dans un autre registre. 

M : Ça, peut-être que ça permet de parler un petit peu des contenus de l’auteur… ça fait transitionner sur le canon, je ne sais pas si on parle de ça ? Pourquoi pas. 

C : Ça vient. 

M : Voilà. Là, on a parlé un peu de ce qui existe et on voulait parler, surtout, de quel impact ça a sur les communautés de fans dans la manière notamment dont on parle de nos passions entre fans. Cette multiplication des supports et cette multiplication des sources d’histoires, de détails sur les univers créé des grands débats sur : qu’est-ce qui est canon et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Pourquoi c’est important ? Parce qu’il faut se mettre d’accord sur quoi on discute – ou pas, d’ailleurs, peut-être qu’on n’a pas besoin de se mettre d’accord pour discuter de choses qu’on considère canon ou pas canon. Dans le cas d’Harry POtter, il y a la version très puriste, « biblique », de considérer que c’est uniquement ce qu’il y a dans les sept tomes publiés qui est le canon de référence, et ensuite il y a d’autres fans qui considèrent que c’est tout ce qui vient de Rowling. Ça devient compliqué quand on considère ça parce que Cursed Child a un statut étrange, elle n’est pas autrice de Cursed Child mais en même temps l’histoire vient d’elle à priori, d’après ce qu’on nous dit… Est-ce que tout ce sur quoi elle pose son sceau est canon ? Pottermore, c’était tout un débat, effectivement, du fait que ça rentre dans un format un peu officiel, avec plein d’informations supplémentaires à l’univers, que certains décident d’intégrer à leur canon ou pas. C’est là qu’on commence à voir que le canon ça devient plus quelque chose de personnel, c’est le headcanon comme on dit. Encore une fois, les films, à chaque fois qu’on a une adaptation, est-ce qu’on considère l’adaptation comme ayant son propre canon ou comme étant canon tant que ça ne contredit l’œuvre source ou pas ? Ça crée plein de débats que, j’imagine, vous avez de votre côté aussi. 

E : Beaucoup moins, très franchement. Je pense que la rapport au canon au sein des communautés de fans est beaucoup induit par le rapport de l’auteur à sa propre œuvre. Vous, justement, Rowling a toujours été assez ouverte sur la question des fanfictions, des fanmade, sur la question de la création autour d’Harry Potter, alors que nous George Martin a été clair, direct, cash sur le fait que les créations de fans ne lui plaisaient pas, ne l’intéressent pas partoiculièrement. Il est d’accord pour le jeu de rôle parce que lui-même en a fait et a un affect positif par rapport à ça mais les fanfictions, il est contre. Je crois me souvenir qu’assez rapidement au moment où la série est sortie, il y a eu des frictions de canon, typiquement le cas de Tyrel ? où il y a des personnages qui ont été sabrés, on a quatre enfants Tyrel ? dans les livres, on en a que deux dans la série… Il a très rapidement défini, Martin, qu’il y avait deux canons différents, celui de la série, celui des livres, et que ces deux canons n’étaient pas censés s’interfenêtrer. 

C : On a quand même eu un cas sur la saison 1 où on a pensé qu’on avait la révélation des noms des dragons et au final, non, ce n’étaient pas ces noms là. 

E : Ces noms-là, effectivement, ne sont pas considérés comme canon. On y a cru à un moment donné ! Dans un morceau de dialogue, au moment de la saison 1, vous avez Viserys Targaryen qui donne le nom de cinq dragons qui n’apparaissent nulle part dans le canon des livres – 

Intervention de Marjolaine, inaudible. 

E : Il n’y a que Balerion effectivement. 

M : Dans la scène du bain ?

E : Tout à fait. En fait, pendant un certain temps, certains fans ont voulu croire que c’étaient les noms des dragons, que ça avait été décidé par Martin parce que Martin était présent lors de la création de la saison 1. En fait non, ça n’a jamais été confirmé, le texte n’a jamais confirmé que c’étaient bien les noms des dragons. Pour nous, la question du canon se pose beaucoup moins, il a toujours été assez défini qu’il y avait deux canons différents, parallèles, qu’on pouvait discuter de l’un, qu’on pouvait discuter de l’autre, mais qu’il ne fallait pas prendre les informations de l’un pour discuter de l’autre. 

A : Je pense que ce qui joue un peu par rapport à la problématique du canon de l’univers Harry Potter Wizarding World c’est aussi qu’on a une autrice qui est devenue très intrusive, qui ne s’est pas arrêté d’écrire une fois que les sept tomes étaient publiés, elle a continué à intervenir beaucoup. On a parlé de Pottermore, sur Twitter aussi beaucoup en répondant à des questions, en inventant des réponses… Elle a reconnu elle-même qu’elle improvisait parfois ses réponses. Elle donnait son avis sur certaines théories…etc. Le fait d’avoir ce flux très régulier de nouvelles informations qui arrivaient un peu comme ça, entre la pomme et le fromage sur « Tiens, finalement tel personnage son deuxième prénom c’est Elisabeth parce que j’ai croisé une Élisabeth au supermarché ce matin, elle était gentille. » Du coup ça crée beaucoup de discussions sur : est-ce que tout ce qu’elle dit peut-être considéré comme canon ? Je suppose qu’avec un auteur qui parle beaucoup moins, c’est plus facile ! 

C : On a quand même une catégorie d’informations qui s’appellent les sospect Martin (?) qui sont issus d’échanges entre Martin et ses fans, généralement. Il y a certaines informations qu’on a aujourd’hui dans le wiki de la Garde de Nuit qui sortent de ces correspondances. Mais on n’a pas de confirmation dans l’œuvre, pour l’instant, que c’est vrai. Sauf pour certains cas. 

E : En fait, pour le définir clairement, le semi-canon tel qu’on le conçoit c’est des sources qui soit des sources préparatoires comme des chapitres provisoires d’une oeuvre pas encore publiée, ou qui sont des déclarations de l’auteur et on a tendance à considérer que les informations sont justes tant qu’elles ne sont pas contredites par une source vraiment canon. Typiquement, on a eu un cas de figure lors de la publication de Feu et Sang sur la taille Alysanne Targaryen qui était donnée comme beaucoup plus grande par Martin pendant pratiquement vingt ans et puis un jour apparaît Feu et Sang et finalement elle est petite. Ah. Bah d’accord, on va changer les informations sur le wiki alors, pas de souci. Voilà en gros comment on conçoit les choses. Ça pose quand même la question de la source derrière. Parce que vous avez un auteur qui va pouvoir déclarer beaucoup de choses – 

C : Les yeux de ??

E : Les yeux de ?? oui, par exemple. Ou qui va laisser des zones d’ombre, soit à dessein soit pas… A quel moment est-ce qu’une source devient canon ? Il y a eu des débats autour du fait que « Ah bah oui mais il a supervisé le jeu vidéo donc le jeu vidéo est semi-canon ». Oui, mais attends, superviser ça veut dire quoi ? Il a fait partie du processus de création, il a surveillé toutes les informations, ou juste il a regardé et il a dit « Ah oui, c’est bien ! » ? 

M : C’est un peu l’équivalent de Cursed Child pour nous. Nous, justement, qu’est-ce qui définit le canon ? On a cette question de Pottermore puis maintenant le site Wizarding World puisqu’on se rend compte que c’est fluide, la définition du canon. Si ce site officiel qui a récupéré tous les contenus Pottermore mais qui a totalement la liberté de les éditer, peut évoluer notamment en fonction des Animaux Fantastiques et donc du nouveau canon que créent les Animaux Fantastiques. Alors encore une fois, le débat films-romans-Pottermore…etc se repose puisque ça crée des réactions de fans très très violentes de voir dans les Animaux Fantastiques des choses qui ne correspondent pas à un canon qui parfois s’est défini par des spéculations par rapport à des indices qu’on a dans les livres. D’autres moments, ce sont des choses qui ont été utilisées par Pottermore ou Wizarding World pour l’officialiser. Evidemment, je fais référence à la date de naissance de Minerva McGonagall qui fait plein de débats mais qui, à un moment, s’est plus ou moins officialisée sur Wizarding World. Mais on se rend compte qu’ils l’officialisent à travers le Lexicon qui est quand même une création de fans et qui a essayé de recoller un cohérence chronologique – ce qui est impossible avec Rowling puisqu’elle n’a pas de cohérence chronologique dans sa tête. Ils essayent de recoller les morceaux mais après on a d’autres analyses de fans qui reviennent dessus : « Ça voudrait dire que l’âge de McGonagall dans les Animaux Fantastiques n’est pas cohérent avec le canon officiel, le canon des livres » mais d’autres analyses qui reviennent purement sur le texte disent « Ça peut marcher si on tire certains fils ». Donc ça crée ce genre de débats, de savoir qui définit. Autre exemple avec les Animaux Fantastiques : est-ce que Newt Scamander a eu son diplôme à Poudlard ou pas ? Pareil, on a vu clairement une mention qui était présente disparaître dans certaines éditions du livre Les Animaux Fantastiques en réaction avec une mention dans le premier film du renvoi de Poudlard de Newt Scamander. Ça crée une confusion et des discussions sans fin qui n’ont pas vraiment de résolution. 

C : Vu que ce n’est pas tranché, c’est compliqué. 

M : Même quand c’est tranché d’un point de vue officiel, les fans s’en fichent. Ce qui compte, c’est leur propre cohérence pour eux. 

C : Ça nous amène un peu, puisque tu parlais des Animaux Fantastiques, à la question du canon. On se retrouve avec des œuvres élargies qui ont d’autres portes d’entrée que la « saga principale » – on va utiliser cette terminologie là. Se pose la question de savoir ce qui va relever du spoiler du point de vue des fans, comment est-ce qu’on intègre le spoiler dans les conversations, à quel niveau quelqu’un qui a juste vu… je ne sais pas, peut-être qu’au moins d’août quelqu’un aura juste vu House of the Dragon, n’aura jamais ouvert un bouquin de George R. Martin mais qui est très fan, comment est-ce qu’on peut aller vers lui sans le spoiler ? Comment est-ce qu’on peut discuter entre fans comme ça ? C’est tout un débat, on les a actuellement à la Garde de Nuit. Je pense que c’est des débats que vous avez aussi, vous, de votre côté, par rapport aux informations, justement. C’est le problème des préquelles ! Des informations qui étaient dans la saga d’origine et qui finissent par être… – 

M : Encore plus avec le rapport de cette « préquelle » qui n’était pas présentée comme une préquelle à la base mais qui en devient de plus en plus un, du lien entre les Animaux Fantastiques et la saga de livres et de films Harry Potter. Le premier film n’est pas uen préquelle. A partir du deuxième et à partir du moment où le focus se recentre sur un personnage aussi important que Dumbledore, là ça devient une préquelle. Par contre, il faut le rappeler, les Animaux Fantastiques peut être une porte d’entrée au Wizarding World. Certaines personnes n’ont pas du tout accroché – ou sont beaucoup plus jeunes – à la vague Harry Potter et se retrouvent impliquées, notamment dans le fandom, à travers les Animaux Fantastiques. Ça existe ! Ca créé des portes d’entrée très différentes mais ça existait déjà au moment des adaptations où la porte d’entrée par les films créait aussi une distinction à l’intérieur d’une communauté de fans entre ceux qui rentrent par les films et qui restent côté film pour différentes raisons – pas forcément par flemme de lire, des fois par choix très assumé – et d’autres qui, à l’inverse, vont arrêter de regarder les adaptations et vont rester dans « Les livres ça me suffit ». On n’a plus du tout d’unité, de communauté de fans à partir du moment où on a ces différentes entrées et ces différentes manières de consommer un univers. 

A : Je pense que les différentes portes d’entrées font aussi l’intérêt pour l’œuvre. Chacun a des aspects de l’œuvre qui vont plaire ou au contraire pas du tout en fonction de la façon dont ils sont rentrés dans l’œuvre. Typiquement, on parlait tout à l’heure des théories qui nourrissaient beaucoup le fandom… Pour les gens qui sont rentrés par les films ou par les Animaux Fantastiques, c’est beaucoup moins quelque chose qui les intéresse quand on discute. On a beaucoup de réactions un peu « Mais pourquoi on discute de ça, c’est quoi l’intérêt, c’est quoi le débat ? On verra bien ». Alors que le fait d’arriver par les livres où il y avait une richesse très particulière et vraiment beaucoup d’indices – les tomes d’Harry Potter étaient quand même chacun un peu construits comme des enquêtes policières avec des petits détails parsemés partout pour essayer de comprendre comment l’univers fonctionnait – et une toile de fond qui était très riche, ça donnait toujours envie de creuser plus, de comprendre le lien entre les personnages… Est-ce que tel personnage secondaire va tout à coup devenir beaucoup plus important ? Mais comme les films ont tendance à simplifier les intrigues des personnages parce qu’il faut rester sur l’intrigue principale de Harry versus Voldemort, on a moins ces personnages qui prennent tout à coup de l’importance, on a moins ces intrigues secondaires qui se développent où tout à coup on se dit « Ah, ça je l’avais vu dans le tome précédent ! » et qui donnent envie de se replonger dedans. Ça change le rapport qu’on a l’envie de creuser l’univers. 

C : Tu n’es pas convaincue Marjolaine. 

M : Si, je suis convaincue mais je voulais quand même souligner que ce point de vue encourage un sujet qu’on voulait aborder de hiérarchisation et de tendance au snobisme d’une part du fandom qui considère que les livres c’est l’entrée la plus riche, la manière la plus riche d’appréhender l’univers alors qu’on peut aussi très bien considérer que ce sont des manières différentes. Par exemple, des personnes qui sont absolument, complètement dans les films, vont en sortir des analyses et une manière d’analyser visuelle et même à travers les interprétations des acteurs, qui seront très riches mais différentes puisque ce n’est pas la même base. L’attachement, par exemple, aux acteurs, on a tendance des fois à le considérer avec un petit peu de condescendance par rapport à la richesse avec laquelle sont écrits certains personnages alors qu’en vrai c’est une richesse énorme et une source énorme d’analyse et pour creuser, ne serait-ce que des fois pour des personnes qui sont passionnées par des interviews d’acteurs – j’en connais plein – et qui vont aller à fond et collecter tout ce qu’on peut avoir sur la manière dont un acteur du personnage qu’il interprète et qui crée d’autres discussions qui sont hyper passionnantes aussi. 

E : En fait, le principe même d’être fan c’est d’essayer de développer ses compétences et son expertise dans un domaine donné. Là où on est confronté, de temps en temps, à une petite difficulté, c’est qu’on a tendance à parler d’une communauté sauf qu’on n’est pas tous là pour les mêmes raisons. Moi, mon kiffe c’est de remplir un wiki, on n’est pas nombreux dans mon cas honnêtement. On entre tous de manière différente dans une communauté de fans, on a tous des raisons d’être là, ce n’est pas toujours les mêmes. Nous, on avait été assez étonnés et surpris au moment de la diffusion de la saison huit, parce que nos attentes et notre perception des épisodes de la saison huit ne correspondaient pas toujours aux attentes et à la perception des personnes auxquelles on a été confrontés. On était souvent invités sur des plateaux ou à des podcasts… Pour nous, la saison huit était assez laborieuse, on ne va pas se le cacher, et on a été confrontés à des gens qui, au contraire, voyaient vraiment des qualités dans cette saison huit : des qualités cinématographiques, des qualités d’acting, des qualités de mise en scène… auxquelles on était nous, des fois, complètement hermétiques. Ça apportait en réalité une véritable richesse au débat. C’est quelque chose qui, moi, me paraît important quand on a une communauté de fans et qu’on veut la faire vivre, d’essayer de concilier les différentes composantes de cette communauté. On n’est pas tous là pour la même chose mais on partage tous quand même, à un moment donné, une forme d’affect très fort sur cet univers-là qu’on essaie de s’approprier par une porte d’entrée, quelle qu’elle soit. Ça semble être une belle expérience à vivre et à valoriser. Partant de là, effectivement, toute la difficulté c’est de se dire : entre celui qui sait déjà depuis vingt ans, peut-être, ce qui se passe dans House of the Dragon – parce que la résolution on la connaît, elle est dans les bouquins d’origine, on a vu, en 2005 je crois, qu’était publiée la première mention et elle nous spoile toute la résolution de la série ; si je veux, là, en deux minutes, je peux vous la spoiler, voyez comme c’est simple – comment on va réussir à concilier ces gens là avec ceux qui vont débarquer parce qu’ils vont découvrir House of the Dragon et ils vont se dire « Oh, les costumes sont trop bien, l’acting j’adore, les interprètes sont formidables ! ». C’est toute une réflexion qui est à mener et om il faut essayer de trouver des solutions, quand on gère une communauté de fans. Ça me paraît important, moi, en tout cas. M : Et, s’ils étaient fans de la série, qui vont peut-être avoir envie de suivre House of the Dragon avec la même excitation et l’attente et la peur du spoiler… ce genre de choses, avec le vrai suspense qu’ils ont vécu avec Game of Thrones, peut-être. Ce qui, pour le coup, n’existe pas pour une partie. Alors qu’on était tous au même niveau sur la fin des dernières saisons… Il y a eu ce décalage au début mais après, une fois que ça a rattrapé les livres, on était tous sur la même œuvre, même si ceux qui avaient lu avaient peut-être des idées différentes que d’autres mais il n’y avait rien de confirmé. Je pense qu’il y aussi la manière dont on va consommer collectivement l’univers, ou en tant que fan, qui va être très différente pour House of the Dragon que la fin de Game of Thrones. 

C : Puisqu’on parle des choses qui vont bientôt sortir et qu’on va bientôt se mettre à chanter aussi (ndlt : on entend des chants en fond sonore), un des points dont découlent les nouvelles productions qui étendent l’univers, c’est les nouvelles thématiques qui n’existaient pas il y a parfois vingt ans, dix ans, quinze ans… et qu’il faut intégrer aussi dans les communautés de fans. Comment est-ce qu’on s’en empare et comment est-ce qu’on fait pour que tout le monde y trouve son compte ? 

A : Pour définir un peu de quelles thématiques on veut parler… La question de l’inclusivité est beaucoup plus médiatisée aujourd’hui et on est tous d’accord ici, n’est-ce pas, que c’est très bien. C’est une très bonne chose ! Il faut le prendre en compte. Le premier tome de Game of Thrones c’était au début des années 90, pour Harry Potter, 1997, donc c’était à peu près au même niveau d’évolution de la société sur ces questions. Aujourd’hui, la question n’est plus du tout la même. Comme l’univers est encore en vie, la question se pose sur comment on représente un personnage aujourd’hui qui a été imaginé dans les années 90. Ce n’est pas forcément : « la personne est forcément blanche parce qu’il n’est pas précisé qu’elle a une autre couleur de peau ». On a notamment eu le cas pour Harry Potter et l’Enfant Maudit avec le casting d’Hermione qui a été interprétée, au début à Londres, par Noma Dumezweni, qui est une actrice d’Eswatini. Le choix de casting a fait énormément de débat parce qu’il y avait une grosse polarisation entre les fans qui refusaient l’idée qu’Hermione puisse être noire parce que le personnage n’avait pas été décrit comme tel, parce qu’elle avait été jouée par une actrice blanche au cinéma donc ça rompait avec la vision qu’ils avaient pu avoir. Aussi par les couvertures des livres… Mine de rien il y a eu beaucoup de couvertures à travers le monde et ça a aussi beaucoup façonné l’imagination des lecteurs, surtout des jeunes lecteurs. Hermione était toujours représentée comme un personnage blanc. Pour beaucoup de personnes, ça a été « Mais ce n’est pas possible, elle n’a jamais été comme ça ! ». Pour beaucoup d’autres, ça a été aussi « Moi je trouve ça génial parce que j’imaginais Hermione noire, et même si je ne l’imaginais pas noire je trouve ça super d’avoir un personnage aussi important qu’Hermione qui n’est pas blanc. » Et il y a aussi un troisième groupe de personnes qui disaient « C’est très bien mais c’est du redcon  » c’est à dire que c’est l’autrice qui dit « Oui, bon, regardez comme mon univers est inclusif » alors que si il avait vraiment voulu être inclusif, il aurait pu l’être dès le départ. 

Intervention dans le public : C’est le cas de Dumbledore. 

A : Ce qui est le cas de Dumbledore. 

M : La sexualité de Dumbledore. 

A : Voilà, la sexualité de Dumbledore, qui a été annoncé comme homosexuel en 2007, juste après la sortie du tome 7 mais ça n’a pas été écrit dans les livres et il a fallu 15 ans et les Secrets de Dumbledore, qui est sorti il y a un mois, pour dire officiellement dans une production Wizarding Wolrd « Dumbledore est gay ». Pour Hermione, il y a vraiment un gros débat. Est-ce que plutôt que de voir changer la couleur de peau qui avait été écrit comme blanc parce qu’il ne suffit pas de dire dans le livre « ce personne est blanc, noir…etc », c’est la façon dont sa personnalité se construit parce que ça a une influence sur la construction sociale des personnages, sur la façon dont ils sont perçus. On parle du racisme dans le Wizarding World, Rowling disait « Mais il n’y a pas de racisme dans le Wizarding World ! ». Sauf que les personnages de couleur son inexistants, un personnage comme Angelina Johnson qui est une jeune femme noire, lorsqu’elle se coiffe avec des tresses on lui dit qu’elle a des vers qui lui sortent de la tête… On ne peut pas dire ça et à côté dire « Le racisme n’existe pas dans le monde magique ». Il y a ce décalage qui se crée. On aurait pu écrire un personnage avec le contexte social qui va avec, le fait d’avoir un personnage comme Hermione qui est née-moldue, qui a grandi dans un monde moldu raciste, et donc qui aurait dû être impacté par ça et qui ne l’est visiblement pas dans les livres. On en parlaut un peu tout à l’heure, en off, sur la façon dont elle réagit à l’sclavage des elfes de maison, qui n’a pas du tout la même réception que c’est un personnage blanc qui fait cette démarche ou si c’est un personnage racisé. Ça n’a pas le même impact. 

E : Ça soulève effectivement tout un tas de réflexions, de questionnements, de débats. La thématique de la représentation à l’heure actuelle, dans les œuvres culturelles, est quand même très très très présente. Les trois grands pôles étant : comment on représente les femmes, comment on représente les minorités essentiellement afro-américaines – vous remarqueerez qu’on a beaucoup moins ce débat-là sur les asiatiques, actuellement – et comment on représente l’homosexualité ou les formes de sexualité alternatives ? 

A : LGBT…-

E : LGBTQIA+, oui, entre autres. Nous, on est confrontés un petit peu au même problème actuellement, justement sur House of the Dragon parce qu’une personne qui est une sorte de… Comment dire ça ? Une sorte d’Hermione un petit peu. Dans le canon des livres, il est blanc parce qu’on le devine blanc, parce qu’il a des actions de blanc, parce qu’il a un rôle de blanc, parce qu’il a un statut de blanc, parce que tout un tas de choses fait que, logiquement, il est censé être blanc. On se retrouve dans l’adpatation avec un personnage noir. Pour le moment, il y a juste eu un effet d’annonce avec, comme tu le disais, des réactions très polarisées entre ceux qui tout de suite essaient de trouver des théories pour justifier le fait que ce personnage puisse être noir et ceux qui le rejettent complètement en disant « Mais non, c’est complètement impossible ». Je garde quand même cette idée que les œuvres dont nous sommes fans ont été effectivement écrites dans les années 90, avec une certaine idéologie, avec une certaine manière de représenter les choses. De l’homosexualité il y en a dans votre univers, il y en a dans le nôtre, souvent elle est dépeinte de la même manière : c’est une information qui est cachée, c’est un secret entre l’auteur et ses lecteurs qu’il faut arriver à débunker. C’était la manière de faire des années 90-2000. Est-ce que c’est encore judicieux, dans des adaptations et des oeuvres de nos jours, de représenter ces thématiques-là, de représenter les femmes comme elles l’étaient dans les années 90, de représenter les minorités ethniques comme elles l’étaient dans les années 90 et de représenter les sexualités alternatives et les LGBTQIA+ de la manière dont ils l’étaient dans les années 90 ? Non. Pas forcément. Les temps changent et les produits culturels doivent évoluer avec eux. Je pense que ce n’est pas très surprenant si, actuellement, on a une tendance générale qui va vers beaucoup plus de représentativité. Doctor Who va être incarné par un acteur noir, au surplus gay. La série a toujours été très friendly de ce côté là mais… – 

M : Avant c’était une femme. 

E : Oui, avant c’était une femme, tout à fait, la première femme Docteure. Vous avez aussi des acteurs afro-américains qui ont été castés dans les univers de GOT (ndlt : Game of Thrones), dans les univers d’Harry Potter, dans les univers du Seigneur des Anneaux. j’y arrivais. On a là un vrai changement de paradigme culturel. La question c’est comment est-ce qu’on l’accueille ? La réponse est personnelle. 

M : C’est tout l’enjeu du transmédia. A quoi sert le transmédia ? A garder vivants un univers et une œuvre. Comment on la garde vivante ? Pas en l’enfermant dans le contexte dans lequel elle a été écrite et en entretenant une nostalgie sur cet âge d’or du moment où elle a été écrite qui devient très rapidement poussiéreux – et aujourd’hui, de plus en plus rapidement poussiéreux voire problématique. C’est tout l’enjeu d’avoir à la fois des réadaptations et aussi une extension de l’univers, des questions qui sont posées, des histoires qui sont racontées… de le rendre littéralement vivant et de le faire évoluer avec les questions qu’on a envie de poser et de mettre en avant aujourd’hui. Même si, comme les autres questions qu’on a posées sur le canon, l’effet concret qu’on vit dans les fandom c’est du clivage permanent et du débat permanent qui a une image… on l’avait mis dans les notes, qui n’est pas propre aux univers de fans. 

C : C’est toute la société. 

M : C’est ça, c’est un contexte de société et de manière de parler les uns avec les autres qui est assez… C’est plutôt les communautés de fans qui sont à l’image de la société. 

C : Sachant que pour nous, l’âge d’or n’est pas fini puisque nous n’avons toujours pas de dernier livre. 

M : Vous espérez ! 

C : Ce qui peut être intéressant par contre c’est qu’il y a quelque chose sur le Trône de Fer qui est un peu particulier c’est qu’elle a été une oeuvre considéré comme novatrice en fantasy au moment où elle est sortie et elle va probablement se terminer en étant complètement à l’ouest par rapport aux thématiques actuelles. Je fais confiance un peu à Martin, quand même, mais dans les faits on peut se dire que ce sera quand même une œuvre de Papi quand ça se terminera. Ce sera vraiment un peu désuet je pense, dans le paysage de la fantasy, même si ça gardera son importance. 

E : Pour rebondir là-dessus… Feu et Sang, qui est censé être une préquelle, est sorti il y a quatre ans maintenant, je crois. On sent que MeToo est passé par là, on sent qu’il y a une petite volonté d’essayer de faire quelque chose d’autant que Martin a toujours été assez réceptif aux femmes fortes dans un univers qui les rejette, ça fait partie de ses thématiques. Il n’empêche que Feu et Sang est censé dépeindre l’échec des femmes à s’imposer d’un point de vue politique et surtout le fait que la disparition des dragons, entre autres, va contribuer à cet échec. Ça ne se termine pas très bien pour les femmes. Tu te dis quand même que le panorama qui est adressé à la fin de Feu et Sang sur la situation des femmes n’est quand même vraiment pas reluisant. Il essaie de tourner ça de manière à le dénoncer, bien entendu, mais ça n’enlève rien au fait que si vous voulez un message d’espoir avec une représentativité des femmes qui vous satisfasse, je ne pense pas que Feu et Sang soit forcément le bon livre à lire. Je ne sais pas si House of the Dragon sera la bonne série à regarder de ce point de vue là. Je ne parelrai pas des autres quetsions parce qu’en terme de représentation des minorités et d’homosexualité, là aussi, on sent que la société de Westeros est un petit peu à l’image de la nôtre, avec des tabous sur ces questions-là ou avec des freins sur ces questions-là. D’autant plus que Martin se revendiquant d’une espèce de réalise médiévalisant, il a tendance à accentuer le fait que quand tu es homosexuel tu dois te tecacher, quand tu es noir tu ne peux pas aspirer à de plus hautes fonctions parce que la méritocratie n’existe pas… Je ne sais pas, effectivement, comme tu disais, si à la fin de la saga on aura des réponses intéressantes à ces thématiques-là, ou en tout cas les réponses que notre société actuelle a envie et besoin d’attendre dans une œuvre culturelle. 

A : Je pense que le point commun dans ces deux oeuvres c’est qu’aujourd’hui, quand on les regarde avec le bagage culturel et les connaissances qu’on a là-dessus, qu’on regarde un produit culturel des années 90, on se dit « Ouh là là, ça date et il y a des trucs qui ont mal vieilli ! ». En soi, le problème ce n’est pas que l’oeuvre a mal vieilli : c’est le produit de son époque, c’est logique et quelque part c’est une très bonne chose qu’on se rende compte que ça a mal vieilli, ça veut dire qu’on a évolué en tant que personnes en société, c’est plutôt une bonne nouvelle. Le problème ce n’est pas que les livres sortis à l’époque soient vieillots, le problème c’est que ce qui sort aujourd’hui n’arrive pas à se détacher de ça. On est toujours dans cette continuité un peu de cet âge d’or, de « Il faut rester à ce qu’on faisait avant » alors que non. Ça n’a pas besoin de rester pareil, justement. 

C : Le récit ne change pas, on reste un peu sur les mêmes thématiques, la seule chose dont on peut se satisfaire du côté du Trône de Fer c’est sur les équipes de production de HBO. On a quand même une place de la femme qui est vraiment passée de quelque chose d’aboslument horrible… – si un jour vous mettez le nez dans l’ouvrage de James Bird « Le Feu ne tue pas le dragon » qui raconte comment est tourné Game of Thrones, vous vous rendrez compte à quel point la femme-objet sur les plateaux de cinéma, quand elle est à poil, c’est absolument immonde. Aujourd’hui, on est passé à un pool de scénaristes pour House of the Dragon qui est à 50% composé de femmes, ce qui n’était absolument pas le cas de GOT qui était une production d’hommes en tous points. Même si le récit, malheureusement, comporte encore des traces de cette époque-là, on peut se féliciter qu’il soit adapté par des gens qui ont envie que ça change d’un point de vue de la société. 

E : Je voulais rebondir sur ce qu’a dit Alix. Je suis d’accord, c’est bien que les productions s’actualisent par rapport aux thématiques de la société. Là où je peux comprendre qu’il y ait un petit problème, et c’est plus le côté puriste qui parle, c’est que la plupart des choses qu’on nous propose désormais ce sont des préquelle justement, pour vous avec les Animaux Fantastiques, pour nous avec House of the Dragon. On est censés, dans une préquelle, respecter l’univers tel qu’on va le découvrir dans la série phare (donc au début d’Harry Potter ou de GOT) et même donner des explications sur comment cette société peut se retrouver comme ça, comment est-ce qu’on a pu accoucher de cette société-là. Lorsqu’on fait intervenir… – typiquement, le cas de Corlys – lorsqu’on fait intervenir un personnage noir dans la généalogie d’un personnage blanc, comment est-ce que derrière on arrive à le justifier ? Est-ce que ça va être traité ou pas ? Ça peut soulever quand même des débats, des questions qui peuvent être intéressantes à poser. J’ai quand même ce souci-là avec les préquelles, je reconnais. C’est pour ça que je préférerais qu’il y ait des séquelles. Oui, le mot est moche ! 

C : Il y a des séquelles de la saison huit. 

E : rires. Il y a des séquelles de la saison huit, je suis d’accord. Je préférerais personnellement, des séquelles, même à 500 ans d’écart et avec des histoires réellement innovantes plutôt que des préquelles ou de temps en temps on se dit « Tiens, ça c’est pas très logique par rapport à l’univers qui m’avait été présenté il y a 10 ans, qui a vieilli, évidemment, mais pourquoi est-ce que cet élément-là que je vois dans ce qui est censé être une préquelle, je ne l’ai pas eu dans la séquelle ? ». Typiquement la sexualité de Dumbledore dont on n’a jamais parlée. C’est quand même très enterré, franchement, dans le deuxième film où ce n’est pas du tout évoqué, et ça l’est de manière extrêmement explicite dans le troisième film. Est-ce que c’est une bonne chose ou pas ? Moi j’aurais tendance à dire que oui puisque c’est dit de manière très ouverte et que c’est dit plusieurs fois et que ça ne choque personne en soi, donc c’est une bonne manière de la représenter. Mais est-ce que ça ne pose pas quand même des questions vis-à-vis du canon, de la cohérence… ? Je pense qu’on peut sacrifier la cohérence et le canon au profit d’une représentation un peu plus ouverte, entendez-moi bien. Ça donne presque le sentiment que c’est dommage quand même et que tout ça arrive bien tard. 

M : Nous, on commence de plus en plus à se poser la question, du côté Harry Potter, d’une nouvelle adaptation des romans. C’est un peu tôt mais en même temps, dix ans que la première saga de films est finie, vingt ans qu’on a eu les premiers… Ça arrivera dans un avenir plus ou moins proche. Ça va être assez passionnant de voir ce que ça peut donner. On imagine probablement plutôt un format série qui laisse beaucoup plus le temps que des films et qui laissera peut-être un peu plus de libertés dans la manière dont ils vont vouloir se réapproprier cette histoire. Ça va poser d’autres questions. On sera ni dans du sequel, ni dans du prequel, on sera dans une vraie interprétation. Comment on va choisir de mettre en avant telle chose ? Peut-être, pourquoi pas, rajouter des choses à l’histoire sur des interstices qu’on n’a pas explorés, quié chappaient au point de vue de Harry – puisqu’on est dans une série uniquement du point de vue d’un jeune garçon blanc. Est-ce que Harry sera blanc dans la réadaptation ? Ce n’est pas évident. Ça va être une autre manière de… pas forcément de réactualiser, en partie oui mais pas seulement, aussi de relier d’une manière différente. C’est ça aussi, l’intérêt d’une œuvre : on peut la relire à différents âges, à différentes périodes. Tolkien, c’est le cas, quand on le relit aujourd’hui on ne le lit pas de la même manière qu’on le lisait à l’époque ; pas forcément parce que c’est daté mais parce qu’on y projette des choses différentes. C’est ça aussi, réactualiser. Ce n’est pas changer, c’est aussi mettre en avant une analyse des thématiques qui étaient présentes dans l’œuvre mais avec notre bagage actuel. On les voit de manière différente, on a envie de les mettre en lumière alors qu’elles ne l’étaient pas dans une adaptation dans les années 2000, par exemple. 

C : Sur ces belles paroles, il va être temps de conclure. Vous l’aurez compris si vous nous avez suivi, en tant qu’impact de la transmédialité sur les fandoms, on va dire que ça entretient de manière très vivante les fandoms. On peut dire que ce ne sera jamais vraiment la fin de l’univers tant qu’on aura un fandom qui continuera à produire des choses en parallèle de l’existence de la matière originelle.

M : Exactement ! D’un côté, on a montré qu’il y a le côté pessimiste de voir que ça a éclaté, on n’a plus du tout d’unité, d’une communauté de fans autour d’un univers comme on pouvait l’avoir avec Harry Potter au moment de la publication des livres. Donc ça a un côté clivant et parfois difficile à vivre en tant que fan, de se retrouver coupé d’une partie de notre communauté parce qu’on ne s’entend pas du tout sur un point. Mais d’un autre côté, ça rend les discussions hyper vivantes et intéressantes quand on décide de l’aborder du point de vue du débat riche plutôt que du clivage qui sépare une famille ! Ca reste positif de se dire que c’est vivant, c’est ce qui nous permet d’exister, qu’on n’est pas juste un club de millenials – 

E : Un club d’anciens ! 

M : C’est ça ! 

C : Qu’on n’est pas juste des gardiens du temple, finalement. 

M : Exactement. C’est sur cette belle conclusion que s’achèvent cette table-ronde et cette conférence. On remercie encore nos amis de la Garde de Nuit ainsi que l’organisation des Imaginales pour cette belle opportunité. Vous pouvez retrouver ASPIC sur toutes les plateformes de podcasts. Tant que vous y êtes, allez aussi écouter les autres podcasts de la Gazette, Salut les Sorciers ! et le Rappeltout. Vous pouvez nous contacter sur nos réseaux sociaux, sur Facebook (L’Académie des Sorciers), sur Twitter (aspic_gds) ou sur tous les réseaux sociaux de la Gazette du Sorcier. Vous pouvez aussi nous envoyer un mail à redaction@gazette-du-sorcier.com. On se retrouve très vite pour un prochain épisode. Et surtout, cher auditeur, n’oublie pas… passe tes BUSE d’abord ! 

Pour aller plus loin sur les thématiques du canon et du transmédia, vous pouvez vous (re)plonger dans notre épisode 11 avec Anne Besson, autre grande habituée des Imaginales.

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