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Daniel Radcliffe répond aux questions du magazine Parade.

19 janvier 2012

Daniel Radcliffe se confie à propos de sa crainte du succès et de ses faiblesses d’acteur, ses points de vue sur l’amour et les relations, et la comédie dans le dernier numéro du magazine Parade. Dans la vidéo ci-dessous [ndt : en anglais], en même temps qu’une nouvelle série de photos, Dan discute de son travail dans How to Succeed in Business Without Really Trying [ndt : Comment Réussir en Affaire Sans Vraiment Essayer] et la sortie de La Dame en Noir, et de comment il s’est adapté à cette première année après l’achèvement de la saga Harry Potter. Vous en apprendrez plus sur ceci, mais également sur ses considérations concernant la poésie, le mariage, l’homophobie et son thriller surnaturel à découvrir prochainement, dans la suite de cet article.

Sur son engagement.
« Je me suis retrouvé impliqué dans le Trevor Project [une association qui œuvre pour éviter le suicide des jeunes homosexuels] fin 2008, quand je participais à la pièce Equus, à New-York. Quelques-uns de mes amis m’en avait informé. Ça m’avait paru être une idée fantastique. Les gens en ont besoin. Le taux de suicide est quatre fois plus important chez les ados gays que chez les hétéros du même âge. Je n’arrivais pas à croire qu’une telle chose n’ait pas déjà existé auparavant. Je pense que quiconque capable de penser par lui-même, qui serait aisé et aurait des idées fortes sur la question, devrait s’impliquer dans des projets comme celui-ci ou du mécénat aux écoles ou quelque chose de ce genre. La célébrité est très utile pour diriger l’attention vers ces thèmes. »

« J’ai été très bien payé pour faire les films Harry Potter, c’est ridicule. Si quelqu’un me demandait “Pensiez-vous mériter cet argent ?” Non, bien sur que non. “Mais l’auriez-vous accepté quand-même ?” Évidemment. J’ai été pris dans l’engrenage de cette industrie où les gens sont payés des sommes astronomiques. C’est la réalité. Je me sens presque coupable d’avoir aussi bien réussi avec Harry Potter. Mais il y a un impératif moral à aider les autres. Vous savez, le fait de me réveiller dans mon confortable appartement à New-York et de pouvoir m’y balader et aller faire deux spectacles, et me dire qu’il y a quelqu’un, quelque part dans le monde, qui se réveille en se demandant où il va aller vivre cette semaine – c’est un sentiment terrible. Vous vous dites que vous devez faire quelque chose. J’imagine que Brad Pitt serait d’accord sur le fait que pour aider, il faut absolument être derrière les sujets qui vous tiennent à cœur, comme le Trevor Project. Vous devez donner en retour. »

Sur l’homophobie.
« Ça m’a paru vraiment bizarre de découvrir que certaines personnes avait un problème avec [l’homosexualité]. Quand j’étais enfant, ce n’était même pas quelque chose qu’on signalait. On ne me l’a jamais vraiment expliqué. On me disait juste “Voici Mark, il est homosexuel.” Mark n’était qu’un autre ami de mon père, qui parlait de son petit ami au lieu de sa copine. J’avais 5 ans. Je m’en fichais. Ça me semblait parfaitement normal, et c’est toujours le cas... Ça me rend dingue que des gens puisse faire des jugements aussi ignorants, généralisant, et se rapporter à la religion... Pourquoi voudriez-vous qu’un dieu au-dessus de nous pioche et décide qui il va laisser entrer ?.. Ça n’a aucun sens. »

Sur le mariage.
« J’ai un excellent exemple sur la question avec mes parents, parce qu’ils sont mariés depuis au moins 25 ans et il me semble qu’ils étaient en couple depuis environ 5 ans avant ça. Ils ont donc vécu ensemble un long moment. Je ne recommanderais à personne d’épouser un acteur, vraiment. [rires] Bien sûr, cela marche parfois, mais je suis un acteur et je sais ce que je vaux. Les acteurs et les actrices sont généralement un peu névrosé. »

Les chevaliers épousent les princesses. Aimeriez-vous vous marier ?
« Oui, j’aimerais beaucoup. Quand j’étais plus jeune, je pensais au mariage comme quelque chose de très officiel, la signature d’un contrat. Mais un jour, on rencontre quelqu’un que l’on aime vraiment et on se dit “En fait, ça ne me dérangerais pas de me présenter devant mes amis et ma famille, et de leur dire combien je t’aime et que je veux être avec toi pour toujours.” »

Sur le travail – ses inquiétudes, ses succès.
« Je m’inquiète forcément de choses comme savoir si je ne vais pas être assez bon ou si mon prochain film ne va pas assez bien marcher et si en fin de compte les gens diront “Oh, bon, pourquoi est-ce que tu ne vas pas voir ailleurs et faire quelque chose d’autre ?” ... Évidemment je m’inquiète de tout ça, mais ça prend racine dans ma fierté, dans ma connaissance du fait que je suis assez intelligent, assez doué et assez travailleur pour y arriver. Maintenant, je veux toucher à autant de choses que possible, du théâtre au cinéma, et simplement continuer à travailler. Ce qui est appréciable, c’est que [ma célébrité] va réellement aider un petit film indépendant à se faire, parce que mon nom lui est synonyme de bancabilité en ce moment, et ça le sera encore pour quelques années. Si vous jetez un œil à des gens comme Brad Pitt ou George Clooney, ce sont des gars qui ont une fantastique notoriété et font des films commerciaux à grand succès, mais en parallèle, ils participent à des choses qu’ils aiment, qui les intéressent. Tous les deux auraient pu se contenter de jouer des premiers rôles romantiques pour le reste de leur carrière et vivre très confortablement. Mais ils ont voulu faire autre chose. La plus grande partie de la carrière de Clooney, devant ou derrière la caméra, est ce que j’ambitionne de pouvoir faire. Si je peux réussir à faire la moitié de ce qu’il a fait, je serai heureux. »

Daniel Radcliffe

Sur son amour de la poésie.
« Je pense que la vraie poésie est une couleur – c’est aussi fondamental que ça. Cela peut provoquer une réaction humaine basique, profonde. La compréhension de ce que le poète dit vient de quelque chose de très profondément ancré en nous qui est mû par la musicalité du langage. J’adore La Chanson d’amour de J. Alfred Prufrock de T.S.Eliot. Elle m’a vraiment obsédé. Ce poème exprime la façon dont je me vois. Il montre les sentiments des gens qui ont une vie intérieure qu’ils ne parviennent pas à extérioriser. C’est là toute la puissance de ce poème. Pour moi, il parle de quelqu’un qui voudrait que le monde soit comme il l’imagine dans sa tête et qui est constamment déçu que ce ne soit pas le cas. La poésie n’était pas, alors, une chose élitiste. Quelque part, au fil du temps, la poésie en est venue à être considérée comme une activité féminine, pas quelque chose dont les vrais hommes devraient se soucier. L’écrivain anglais Tony Harrison est un poète moderne et mon héros. Son langage est dur, musclé, brutal, violent, et c’est excitant à lire. »

Sur son nouveau film, La Dame en Noir.
« En surface, c’est l’histoire d’un jeune notaire, veuf, qui est chargé d’aller récupérer les papiers d’une femme récemment décédée dans sa maison, dans la campagne anglaise. Il s’y rend et est terrorisé par le fantôme d’une autre femme. Chacun des personnages rencontrés dans ce film a dû porter le poids d’un deuil. Stanley Kubrick disait que tout film surnaturel est fondamentalement rassurant, parce qu’il implique une vie après la mort. C’est ce dont traite notre film, vraiment. En surface, il ne s’agit que d’avoir peur, mais au fond, il s’agit d’amour. »

Vous avez connu un succès phénoménal pour quelqu’un d’aussi jeune. Craignez-vous qu’il ne dure pas ?
« Oui. Mais il s’agit d’une réalité, pas d’une crainte. Cela arrivera, et je l’ai accepté. Dans un sens, c’est un grand soulagement de savoir que je ne ferai plus jamais un film au succès aussi grand que la série "Harry Potter". Mais personne d’autre non plus. [rires] Ou alors, ça leur prendra beaucoup de temps. »

Cette année, vous avez été la vedette dans votre première comédie musicale, vous êtes-vous inquiété de ce que les critiques allaient vous avoir à l’œil parce que vous êtes un jeune acteur star d’une série de films à succès ?
[rires] « Je savais qu’ils le feraient. Mais j’ai pris conscience récemment que je ne faisais pas grand chose de bon sans peur. J’ai besoin qu’une partie de moi me murmure “Tu n’y arriveras pas – ça va rater”, pour me prouver à moi-même que j’avais tort. Ce que j’ai appris, particulièrement cette année, est que tous les acteurs – quel que soit leur statut ou leur intelligence – se sentent toujours ridicules. »

Ridicules ?
« Oui, parce que nous essayons de duper les gens et nous ne sommes pas vraiment doués pour ça. Ce que j’ai appris, c’est que le métier d’acteur consiste pour une grande partie à essayer d’oublier suffisamment longtemps ses propres doutes pour être naturel et crédible sur scène. Je suis à un moment de ma carrière où je devrais apprendre énormément de chose de chacune de mes performances, et à moins que quelque chose ne me motive vraiment, ça ne m’intéresse pas tellement, en fait. »

Êtes-vous un romantique ?
« Oui. Je ne sais pas d’où mon romantisme vient. Mon père et ma mère me lisaient beaucoup d’histoires. L’Île au Trésor, Robinson Crusoé, les contes de chevalerie, des choses dans ce goût-là. Ce sont les histoires avec lesquelles j’ai aimé grandir. Je continue de voir quelque chose de très romantique dans le monde, qui peut-être n’y est pas. Je suppose que j’aimerais qu’il soit un lieu plein de chevaliers et de ce genre de choses. »

Êtes-vous amoureux de votre petite-amie, Rosie Coker ? [Dan a rencontré Rosie sur le tournage du dernier Harry Potter, où elle était assistante de production.]
Oui, absolument. Quand Rosie est là, chaque journée est meilleure... Je ne suis pas quelqu’un de facile à aimer. Il y a de nombreux moments où je suis un excellent petit-ami mais il y en a d’autres où je suis sans intérêt. Je veux dire, je suis bordélique dans une maison. Je parle sans arrêt. Il m’arrive d’être obsédé par certaines choses. Cette année, c’est le Fantasy Footbal [ndt : un jeu très en vogue aux États-Unis], ce qui signifie que Rosie doit m’écouter parler de mon équipe 24 heure sur 24. “Penses-tu que je devrais faire sortir ce joueur, chérie ?” Et elle écoute, et elle m’aime pour ma bizarrerie, ma maladresse, toutes ces choses que je déteste en moi. Elle les trouve mignonnes. Je suppose que c’est l’amour. »

Comment cela s’est-il passé ?
« Je déteste les rendez-vous galants parce que je ne suis vraiment pas doué pour ça ! [rires] Avec Rosie, je ne savais pas ce qui était approprié, par exemple à quel rendez-vous vous êtes supposé essayer de l’embrasser. À la fin du deuxième, j’ai tenté une approche – j’ai été tout près d’embrasser Rosie et, au dernier moment, je me suis dégonflé et j’ai fini par lui embrasser la nuque, qui est un endroit follement plus intime où embrasser quelqu’un à un second rendez-vous. Après ça, je lui ai envoyé un message pour m’excuser, “Je suis désolé, je t’ai probablement paru grossier.” Heureusement, elle a juste trouvé ça très drôle, alors elle est revenue me voir. »

L’année dernière, vous avez renoncé à l’alcool. Pourquoi ?
« Ma vie intérieure se noyait. J’ai travaillé avec Richard Harris, Gary Oldman, tous ces acteurs qui ont eu leurs moments de folie quand ils étaient jeunes, et j’avais toujours voulu ça. L’idée de cette sorte de vie chaotique me fascinait. Malheureusement, la voie que j’ai choisie n’avait rien de poétique ! [rires] Il n’y a rien de glorieux ou de triomphant à ça – c’était pathétique, fatiguant et triste. »

Votre père est un protestant d’Ulster tandis que votre mère est anglaise et juive. Avez-vous été élevé dans une religion particulière ?
« Il n’était jamais question de religion à la maison. Je pense à moi-même comme étant juif et irlandais, bien que je sois anglais. Mon père croit en Dieu, je pense. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas de ma mère. Moi, je n’y crois pas. J’ai un problème avec la religion ou tout ce qui dit “Nous avons toutes les réponses”, parce qu’il n’y a pas de "réponses". Nous sommes complexes. Nous changeons d’avis sur des tas de sujets tout le temps. La religion ne laisse aucune place à la complexité de l’esprit humain. »

Daniel Radcliffe

(Article paru dans le magazine Parade.)
(Traduction par la Gazette du Sorcier, 2012.)

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