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Point de vue moscovite

21 juillet 2003

voici une critique d’une éminente scientifique et écrivain russe sur le succès d’Harry Potter. Attention, certains passages modifiés pour qu’il n’y ait pas de spoilers. retrouvez l’article original (en anglais) au lien en bas de la page.

Critique rédigée par Constantine Pleshakov, ancien membre de l’Académie des sciences russes.

Il est normal qu’un parent se méfie des choses que leurs enfants aiment. Apres avoir entendu des avis enthousiastes au sujet d’un nouveau produit, que ce soit un jouet, un jeu vidéo ou un film, le parent moyen émet un grognement soupçonneux, pensant qu’il est sûrement hors de prix, stupide, violent et que le gosse ne tirera jamais profit de quoi que ce soit de « populaire ».

C’est d’autant pire que nous ne pouvons pas comprendre ce qui incite nos enfants à acheter ce produit en question. Nous commençons alors à suspecter que le gouffre des générations ait acquit des proportions gargantuesques, et que la culture de masse ait transformé notre progéniture en zombis, ou pour un mot plus charitable en étranger.

De nos jours, les parents sont stupéfiés par l’étonnant succès de la saga de JK Rowling, Harry Potter, en particulier ceux qui ont pris la peine de lire les cinq livres, y compris le dernier sorti, Harry Potter et l’ordre du phénix. Ce sont des livres très bons, sans aucuns doutes, et je suis une lectrice avide de Potter. Un récent après midi, alors que je finissais le tome cinq, mes enfants me demandaient un peu d’attention, et je les ai grondés, refusant d’être distraite des mésaventures de Harry, Hermione et Ron.

Nous devrions tous être reconnaissant à Rowling, parce que ses livres ont finalement incité nos enfants à lire. Quoi que j’aie essayé dans le passé, mon fils et ma fille ont toujours montré une aversion ferme face à ces petits caractères noirs étranges à propos desquels ils ont toujours pensé que leur père avait une hantise perverse. Grâce à Rowling, ils ont finalement rejoint le club le plus merveilleux du monde, celui des lecteurs.

Cependant, j’ai mes réserves au sujet de Harry Potter. Je ne pense pas que l’intrigue soit le point fort de Rowling : Longueurs de récit, déviances, et parfois des erreurs. Je ne pense pas non plus qu’elle possède un grand style. Par ailleurs, Harry Potter n’a pas donné à la langue anglaise des expressions signifiante (mis à part dans le Quidditch). Harry Potter est loin de représenter un nouveau genre. En quelques mots, c’est une combinaison de Tolkien et d’un bon vieux roman d’internat anglais.

Pourtant, les personnages sont attachants (ou effrayants), et les livres sont drôles. Rowling semble respecter un code moral très attrayant, basé sur le bon sens et la décence et non d’un non-sens artificiel et prétentieux. Mais est-ce que tout cela explique le succès phénoménal de la saga, faisant de Harry Potter le livre le plus populaire après la bible ? Je n’en suis pas sur.

Oui, le marketing des livres est très intelligent, et les films ont certainement beaucoup aidé. Cependant à mes yeux, ceci n’explique pas le succès sans précédent dans le monde entier. Il doit y avoir quelque chose dans le texte que nous, parents ou lecteurs adultes, ne comprenons pas entièrement. Je ne suis pas sure de ce que c’est. Se pourrait-il que nos enfants soient fascinés par le combat du bon et du méchant mais de leur point de vue ?

Dans la bataille vieille comme le monde des adultes contre le enfants, Rowling prend le parti des gosses. Dans ses romans, les adultes ne comprennent jamais vraiment la situation. Et si nous, parents, étions francs, nous devrions admettre que nous non plus.

Il est amusant de suggérer que les jeunes lecteurs de Harry Potter ne sont pas particulièrement attirés par la magie en elle-même. Se pourrait-il alors que le rôle important de la magie dans les romans soit de magnifier de vraies tensions et conflits dans les vies de nos enfants. Qui n’a pas eu un professeur judicieux mais mesquin ? Quand ce professeur sadique en question enseigne non pas la chimie mais les potions, il en devient l’archétype (mes enfants détestent le professeur Rogue). Quel enfant n’a pas été exposé à l’injustice et à la cruauté à l’école ?

Oui, dans la vraie vie, un professeur méchant peut transformer votre vie en enfer, mais ne peut pas vous frapper d’un charme d’étourdissement, et c’est pourquoi Maman et Papa ne comprennent pas pourquoi ce prof est mauvais et pourquoi l’enfant est si amer au sujet de celui-ci.

Qui n’a pas souffert d’un « ennemi » à l’école ? Qui pourrait être un meilleur modèle que Drago Malfoy ? Rowling prend le inquiétudes de nos gosses et les met dans un cauchemar qui sera justifié en rendant ces problèmes grotesques. Quand votre enfant se plaint d’un professeur stupide, vous dites : Oui, oui… Vous souriez avec indulgence en pensant à ce à quoi il devra faire face dans la vraie vie (trouver un bon travail, payer l’hypothèque, arranger un divorce, élever un gosse …). Mais nous avons tendance à oublier que nos enfants vivent exclusivement dans le présent. Un prof tyrannique a pu aussi être aussi horrible à leurs yeux qu’un Mangemort, et ils relativisent.

J’espère en effet que cette saga a un effet curatif. Peut être que nos enfants se sentent acceptés et copris. Personnellement, je voudrais dédicacer une partie du tome cinq, qui est vraiment dur pour les mauvais professeurs, à un couple d’instituteurs de l’école primaire de mes enfants, mais comme je ne peux pas lancer de charme d’étourdissement, je ferai mieux de ne pas le faire !

pour voir l’article original, en anglais, mais avec SPOILERS, cliquez ici.


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