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5 Noises

Une interview exclusive d’Evanna Lynch, par « The HF Magazine ».

15 décembre 2011

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Evanna Lynch
Evanna Lynch pose pour "The HF Magazine", en novembre 2011.

HF : Que signifient pour vous l’art et le commerce ?

EL : Je ne pense pas vraiment à l’aspect commercial, c’est beaucoup trop réfléchi, et la réflexion tue l’art. Pour moi, l’art doit constamment vous sortir de votre petit confort, toujours vous talonner, apprendre et se développer. Vous n’en sortez jamais vraiment et c’est donc à la fois une sorte de torture et de récompense. Je pense que les vrais artistes sont les gens les plus courageux qui soient, car ils participent à une aventure particulièrement solitaire et précaire. Il n’y a pas de vérité absolue. Il n’y a ni chemin recommandé ni modèle à suivre pour savoir ce qui est bien et ce qui ne l’est pas dans l’art, et c’est plutôt effrayant.

Personnellement, je crois avoir été toujours attirée par l’art en raison de la façon dont sa poursuite peut vous transformer, en tant que personne. Quand j’étais plus jeune, j’étais d’une nature très timide et retenue par une multitude de petites peurs personnelles. Mais j’avais également ce désir de m’exprimer, d’exprimer mes idées, de créer. Mais il est impossible de créer et même de considérer que vos propres idées ont suffisamment d’importance pour être exprimées si vous êtes paralysée par la timidité, la crainte et le doute. La peur vous retiendra toujours de poser la pointe du stylo sur la moindre feuille. Alors, finalement, si vous laissez ce besoin de vous exprimer devenir suffisamment fort, vous serez forcé de vous muer en quelqu’un de confiant et assuré. Vous devez constamment vous dire que votre avis compte ou vous n’arriverez à rien.

HF : Qu’est-ce qui vous inspire ?

EL : Les gens qui parviennent à être totalement satisfait et créatif par eux-mêmes, qui n’ont pas besoin des autres pour se sentir inspirés. En tant qu’actrice, je passe beaucoup de temps à voyager seule, à vivre seule et ça fait de moi quelqu’un d’assez solitaire mais il faut savoir faire de cette solitude une chance de découvrir votre individualité et d’être une personne constamment positive et créative. Vous ne pouvez pas trouver tout ça dans les autres. Je pense que ces gens qui ont un besoin aigu d’attention, ces filles qui passent d’un garçon à l’autre et ne sont jamais seule, évitent de penser à leur besoin de créativité parce qu’elles ne parviennent pas à supporter l’étrangeté de leur propre compagnie. C’est pourquoi je me sens inspirée par des gens comme Michael Jackson et mon personnage de Harry Potter, Luna Lovegood ; ce sont des excentriques aux yeux du monde, mais en réalité ils sont complètement naturels et maîtres d’eux-même. Tous les deux sont suffisamment forts et assurés pour ne pas se conformer aux canons de leur société. C’est pour ça que Michael Jackson outrepassait les attentes créatives de tout le monde. Il apportait quelque chose de nouveau et de radical à sa musique et à ses interprétations ; il les nourrissait de sa personne.

J’ai lu les biographies de beaucoup d’artistes, aussi. Je suis assez fascinée par leur arrogance. C’est l’un des traits que presque tout grand artiste possède. Van Gogh était un grand artiste mais il n’était pas arrogant et je pense que c’est parce qu’il manquait de cette qualité que sa vie fut si torturée et difficile. Les artistes sont des âmes si sensibles que s’ils écoutaient leur conscience, ce côté peureux et paranoïaque qui leur souffle qu’ils ne valent rien, ils ne seraient jamais assez fous pour peindre. C’est pourquoi ils ont besoin qu’une petite voix ferme et arrogante leur murmure qu’ils sont capables de produire quelque chose de nouveau et original. Je suis une personne sensible mais je ne serai jamais suffisamment arrogante pour être une bonne artiste. Mais j’aime beaucoup lire des ouvrages sur ces gens, dans l’espoir que je puisse finalement parvenir à leur piquer un peu de leur volonté.

HF : Pouvez-vous citer un acteur avec lequel vous adoreriez travailler ?

EL : J’aimerais beaucoup travailler avec Kirsten Dunst. Elle a tellement de talent. Je l’admire depuis des années. Au premier abord vous pensez qu’elle n’est qu’une jeune femme rigolote et enjouée, mais au-dessous de cet aspect, elle peut incarner une tristesse et une douleur très profondes... On peut dire qu’elle a eu des hauts et des bas et qu’elle ne craint pas d’utiliser son expérience pour son travail. J’admire également beaucoup Joseph Gordon-Levitt. Il est formidable dans tout ce qu’il fait. Et j’ai lu récemment un article sur lui qui mentionnait une société de production qu’il a lancé et qui permet aux gens de collaborer à des projets via Internet. J’étais vraiment impressionnée par ça parce qu’il bat en brèche l’idée selon laquelle l’industrie du film, Hollywood et toute ces choses, était incontournable. Les gens ont cette idée fausse qu’il ne s’agit que d’un groupe d’élite de personnes puissantes, alors qu’il ne s’agit en fait que de gens créatifs qui se démènent sans arrêt.

Mais par dessus tout, j’aimerais travailler à nouveau avec mes amis. J’adorerais travailler à nouveau avec des acteurs Harry Potter tant nous avons passé de moments inoubliables tous ensemble. Je pense que la raison pour laquelle les films Harry Potter sont si bons, aussi, c’est parce que tout le monde s’est pris au jeu. Quand vous êtes avec des personnes en qui vous avez confiance, vous ne vous inquiétez pas du ridicule de votre situation. J’adorerais travailler à nouveau avec mes amis de la saga parce que la confiance est déjà là et que nous pourrions être aussi ridicule que possible.

HF : À côté de la comédie, quelle est votre mode d’expression artistique préféré, s’il y en a un ?

EL : La danse ! J’adore danser. Ça me tue d’avoir moins de 21 ans et de ne pas pouvoir sortir danser aux États-Unis. On se sent tellement libre, et c’est si amusant et un moyen tellement plus efficace de rencontrer des gens que simplement discuter. Danser me mettait vraiment à l’aise quand j’étais plus jeune parce que vous devez être confiant pour être un bon danseur. Vous devez faire les pas en rythme ou vous finissez par avoir l’air vraiment ridicule. Je meurs d’envie de participer à une comédie musicale, un jour ! Je pense qu’il s’agit de la forme artistique la plus complète... J’ai essayé d’entrer dans une école de danse il y a quelques années mais je n’ai pas été acceptée. Je suppose que mon style était trop hors-normes. Mais j’aime toujours danser.

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Evanna Lynch
Evanna Lynch pose pour "The HF Magazine", en novembre 2011.

HF : Quelle est la meilleure leçon de vie que vous ayez apprise d’un acteur ?

EL : Cesser de penser.

HF : Quelle est la meilleure leçon de jeu que vous ayez apprise d’un non-acteur ?

EL : Prends soin de toi, respecte-toi, sois heureux avec toi-même. Quand tu es heureux avec toi-même, alors tu peux t’oublier et vraiment habiter ton personnage. Je pense que le manque d’assurance met réellement les acteurs en grande difficulté car il est alors impossible de se détacher de son propre esprit et devenir quelqu’un d’autre. Ce sont de petites choses, comme quand je néglige mon apparence, je trouve difficile d’avoir une conversation avec quelqu’un parce que je pense à moi, pas à l’autre. Et lorsqu’il s’agit de jouer, il ne faut penser qu’à cette autre personne, en laissant les choses de l’extérieur devenir plus importantes que celles de l’intérieur. Vous devez être généreux. En ce qui me concerne, je considère que prendre soin de ma santé et de mon bonheur fait partie de mon travail. Cela demande de la discipline mais c’est le seul moyen d’être suffisamment libéré de soi-même pour pouvoir jouer.

HF : Si vous n’étiez pas actrice, que choisiriez-vous de faire ?

EL : J’aimerais faire partie d’un cirque. Je préférerais être acrobate mais vraiment n’importe quel rôle dans un cirque serait fantastique. J’adore ce style de vie, tout simplement. Aller de place en place, sans jamais se fixer, travailler constamment à votre art, réaliser des performances incroyables pour le public du monde entier. N’avoir jamais une situation assurée. Apprendre tous les jours. J’ai énormément de respect pour les artistes de cirque et pour l’absence d’égo dans cette profession. Ce sont les meilleurs dans ce qu’ils font, aussi incroyablement talentueux et dur à la tâche, et ils ne font ça que pour l’amour de l’art, pas pour les bravos et les honneurs. Le monde du cinéma me frustre, sur ce point. Il vous force à vouloir impressionner tout le monde et à vous inquiéter de ce que les autres pensent. Pour avoir du succès au cinéma, vous devez avoir impressionné énormément de gens. Et trop penser à ce que les autres pensent vous rend fou, vous devez apprendre à vous détacher de ça quand vous sortez d’une audition ou d’une réunion, mais c’est dur. Alors pour moi, le cirque semble être la forme idéale des arts du spectacle, parce qu’il est entièrement basé sur votre talent et sur l’assiduité de votre préparation pour pouvoir être sur la piste. Au fond, il n’y a que vous et votre tavail.

HF : Y a-t-il une performance artistique à laquelle vous auriez assisté, soit dans votre enfance soit plus récemment, qui vous aurait scotchée plus qu’aucune autre ?

EL : Je n’oublierai jamais la première fois que j’ai assisté au spectacle du Cirque du Soleil, au Quidam à Dublin, il y a environ quatre ans. Il y avait un numéro, une contorsionniste élevée au-dessus des spectateurs, entrelacée dans deux longs morceaux de soie, s’y emmêlant et s’en démêlant et se tordant et tournant et tombant si gracieusement sur la chanson « Let Me Fall »... C’était vraiment à couper le souffle. Je me souviens avoir regardé cette fille prendre ces poses incroyables et terrifiantes avec son corps et un morceau de soie, et il m’est venu à l’esprit que personne dans le public ne connaissait son nom. Et je me suis sentie honteuse que certains me connaissent alors que je ne possède même pas une fraction de son talent. Mais j’ai alors réalisé que ces artistes étaient au-dessus de ça, ils n’ont pas besoin de l’approbation et du support des masses, et ce doit être le sentiment le plus merveilleux, libératoire et apaisant du monde. Voir des gens comme ça me donne vraiment envie de travailler dur.

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Evanna Lynch
Evanna Lynch pose pour "The HF Magazine", en novembre 2011.

HF : Où aimeriez-vous être dans cinq ans ? Dans quinze ans ?

EL : Quoique je fasse, j’ai envie d’être surprise. J’aimerais bien regarder en arrière, 5 ans auparavant, et rire parce que je n’aurais jamais imaginé faire ce que je serai en train de faire. On n’anticipe jamais les meilleures choses qui arrivent dans la vie. Comme lorsqu’un nouvel ami ou garçon fantastique entre dans votre vie mais vous ne les auriez jamais imaginés ni n’auriez réalisé qu’ils manquaient à votre existence. Je pense que ce que j’attends le plus de la vie, c’est l’aventure et les découvertes. J’aime bien que ma vie soit imprévisible alors je me laisse porter par les événements. J’aimerais bien être heureuse, aussi, mais vraiment, apprendre et me développer sont des choses primordiales et vous devez être prêt à accepter un certain niveau d’inconfort pour elles.

J’ai quand-même aussi des ambitions plus conventionnelles. J’aimerais certainement beaucoup être mariée dans 10 ou 15 ans. J’adorerais avoir fait plus de films et avoir un important réseau d’amis dans le milieu avec lesquels je puisse développer mes talents. J’aimerais bien avoir écrit un livre, aussi, même si je vais peut-être me laisser 20 ans pour ça... Et j’espère être une meilleure conductrice. J’ai eu mon permis il n’y a que quelques mois et, pour le moment, des vies sont en danger.

(Traduction La Gazette du Sorcier, 2011.)

(Interview en version originale : The HF Magazine.)


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