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Alan Rickman et “Harry Potter” : une décennie au service des forces du mal

10 janvier 2012

Nul ne gronde ou ne sourit avec un dédain semblable à celui d’Alan Rickman et, lorsque l’on se retourne sur la décennie “Harry Potter” au cinéma, son personnage de Severus Rogue se présente désormais comme la figure la plus fascinante de la franchise, après qu’a été révélé dans le huitième film son rôle d’agent-double incompris et motivé par un amour perdu depuis longtemps.

De l’avis de David Yates, réalisateur des quatre derniers films de la saga, une sorte d’aura entourait l’acteur sur le plateau dès lors qu’il revêtait les robes noires ainsi que l’air sombre et acerbe de son personnage, y compris lorsque les caméras ne tournaient pas.

« Ma première impression en rencontrant Alan fut “Ouh, il est vraiment irritable et déplaisant” », révéla Yates lors d’une récente visite à Los Angeles. « Mais sa démence requiert de la méthode. J’ai réalisé qu’il avait besoin de ce conditionnement quand il était sur le plateau. Quand je l’ai finalement rencontré en dehors du boulot, c’était un type adorable. Je ne sais pas s’il le montre à tout le monde, cependant. Je pense qu’Alan est aussi timide – maladivement timide, en fait – et il croit que métier devrait conserver une part de mystère. Il ne voit aucune raison d’en parler ou de l’exposer à outrance. »

Peut-être, mais joint par téléphone à New-York, Rickman ne demandait pas mieux que d’exprimer son affection pour les acteurs et les membres des équipes techniques de la saga. Il parla affectueusement des trois jeunes stars au centre de l’épopée magique – Daniel Radcliffe, Emma Watson et Rupert Grint – et cita « l’expérience unique » de « regarder les films grandir avec les enfants » comme les années apportaient un ton plus sombre à l’histoire et faisaient évoluer la dynamique du groupe.

« C’était un point de repère dans ma vie, chaque année, parce que je faisais d’autres choses mais je revenais toujours à ça et j’étais toujours conscient de ma place dans l’histoire même lorsque les autres autour de moi ne l’étaient pas », dit Rickman. « Suis-je triste ? La vérité à propos d’une grande histoire est qu’elle a un début, un milieu et une fin. La fin de cette histoire fut populaire et orchestrée à la perfection par Jo Rowling et David Yates, alors ce n’est pas une cause de tristesse ; c’est une cause de célébration pour avoir été aussi bien conclue. »

L’odyssée de Rickman à Poudlard fut singulière dans un sens en particulier : très tôt, des année avant la sortie du dernier livre, J.K. Rowling le prit à part et lui révéla l’histoire secrète de Rogue, confiant à lui seul le plus grand coup de théâtre de la fiction populaire contemporaine. Cela prépara l’acteur à interpréter Rogue comme quelqu’un de plus compliqué (et plus tragique) qu’un simple méchant à cape noire.

« C’était assez amusant, aussi, parce qu’il y a eu des fois où un réalisateur indiquait à Alan ce qu’il devait faire dans une scène et il répondait quelque chose comme “Non, je ne peux pas faire ça – je sais ce qui va se passer et toi pas” » dit le producteur David Heyman. « Il avait une parfaite compréhension du personnage et à présent, en regardant en arrière, vous pouvez voir qu’il y avait toujours un petit plus – un regard, une expression, un sentiment – qui se référait à ce qui devait arriver... il a entraîné avec lui un grand mystère au travers des films et l’émotion que cela suscite est incommensurable. »

Heyman, comme Yates, admet trouver que le “vrai Rickman” est quelqu’un d’insaisissable.

« Je pense qu’énormément de gens ne comprennent pas Alan Rickman et je suis sûr que j’en fais partie », révèle le producteur, « mais ce que je peux dire, c’est qu’avec cette voix et cette allure, les gens l’interprète parfois mal. Il a une voix profonde et il parle assez lentement et d’une telle manière que certains pourraient le trouver hautain – rien ne pourrait être plus éloigné de la réalité. Il est l’une des personnes les plus généreuses et l’un des acteurs les plus brillants que j’ai jamais rencontrés. »

Au final, Rogue se révéla être un héros et, à présent, les producteurs de la saga et Warner Bros gardent l’espoir que Rickman fasse de même pour eux ; l’acteur classique de 65 ans est leur dernier grand espoir de rapporter à la franchise une première nomination aux Oscars dans une catégorie de jeu d’acteur.

Malgré la magie de tous les films de la franchise au box-office (ils ont rapporté 7,7 milliards de dollars dans le monde entier et plus de 165 millions de DVD ont été vendus), le sortilège n’a jamais fonctionné sur le jury de l’académie. La série n’a obtenu à ce jour que neuf nominations aux Oscars et toutes dans des catégories techniques.

Peut-être n’est-ce pas écrit mais, si ça l’était, nul ne le mériterait davantage qu’Alan Rickman ou Maggie Smith, pour David Yates, qui les considère comme les deux meilleurs acteurs du casting. C’est un immense compliment, lorsque l’on considère que la saga rassemble un véritable “Who’s who” des acteurs britanniques et irlandais contemporains avec Helena Bonham Carter, Ralph Fiennes, Kenneth Branagh, Gary Oldman, Michael Gambon, Jim Broadbent, John Hurt, Emma Thompson et le regretté Richard Harris, pour ne nommer qu’eux.

Richard Harris jouait le rôle de Dumbledore dans les deux premiers films mais décéda de la maladie de Hodgkin en octobre 2004. Michael Gambon prit le relais pour le reste de la série et imprima sa marque au personnage – le regard se fit moins pétillant mais le jeu prenait plus aux tripes – et Rickman tint à souligner l’importace des deux directeurs.

« Ce fut dur de perdre Richard si tôt mais ce fut un don majeur que de trouver Michael pour reprendre les rênes et il fut précieux de travailler avec ces deux Dumbledore », dit Rickman. « Le reste de l’équipe était inchangé. On ne voyait pas le groupe se faire et se défaire, il devenait juste plus important. »

Comme plusieurs des “Potter stars”, Rickman a une considérable carrière théâtrale derrière lui et (comme John Hurt, Ralph Fiennes, Michael Gambon et Kenneth Branagh) il étudia à l’Académie Royale d’Art Dramatique. Le théâtre l’attirait toujours autant et, depuis novembre 2011, Rickman est de nouveau sur les planches à Broadway, où il interprète le rôle d’un romancier amer à la langue acérée, dans la pièce de Theresa Rebeck, “Seminar”.

« C’est exaltant », dit-il de sa voix alanguie de baryton que les potterfans connaissent si bien. « C’est comme si nous avions commencé il y a trois ans mais je pense que cela doit plutôt faire une semaine. Nous apprenons toujours. »

À l’écran, Rickman a tourné de-ci de-là, entre films grand public et cinéma d’art et essai, ainsi que des dramas quelque part entre les deux. Il est bien connu des cinéphiles pour ses rôles dans les blockbusters tels “Die Hard,” “Robin des Bois : Prince des Voleurs”, “Galaxy Quest” et “Sweeney Todd : le Diabolique Barbier de Fleet Street” ainsi que pour son travail dans des films moins ambitieux comme “Truly, Madly, Deeply,”, “Love Actually”, “An Awfully Big Adventure,” “Michael Collins” et “Raison et Sentiments”, d’Ang Lee.

Il ramassa une brassée de récompenses pour la série de HBO “Rasputin” – il remporta un Emmy Award, un Golden Globe et un Screen Actors Guild Award pour son interprétation du “moine fou” de la Russie impériale – et il s’essaya également à la réalisation avec “l’Invitée de l’hiver”, à la fois sur scène dans le West End de Londres et pour la version filmique à laquelle participa sa future partnaire de jeu dans “Harry Potter”, Emma Thompson, en 1997 (ndt : 1995 pour la pièce de théâtre).

« Vous essayez de trouver des choses qui vous posent des défis, vous intéressent et espérez que ce sera aussi le cas pour les spectateurs », dit Rickman. « C’est tout l’intérêt de se laisser porter par les courants, d’un côté, mais c’est aussi fonction de ce que les gens décident de vous offrir. En ce moment, par exemple, avec cette pièce, j’entends tous les soirs d’incroyables éclats de rire et c’est un immense bonheur. Au même moment, parfois, il règne un silence de mort, il vous faut un bon jeu si vous voulez gagner la partie.

Lorsque, à l’avenir, les gens penseront à la carrière de Rickman, Rogue sera probablement considéré comme l’as de son jeu et les huit films “Harry Potter” comme sa main gagnante – et ce sera le cas quoi qu’il arrive aux Oscars. Pour l’acteur, le discours qui lui importe le plus est celui de ses remerciements à J.K. Rowling pour avoir créé la complexe tapisserie d’une immense épopée sorcière dans laquelle Rogue était le fil le plus mystérieux.

« C’est complètement stupéfiant qu’elle ait eu tout ça dans sa tête », dit Rickman. « La rumeur dit qu’elle a déposé la fin dans un coffre de banque lorsqu’elle écrivait le début. Elle a donc porté tout ça dans sa tête, les sept livres. C’est à couper le souffle, vraiment. Quand nous avons commencé à tourner, elle n’avait écrit que trois livres, c’était donc comme choisir de descendre deux routes éventuelles sans savoir du tout où elles s’achèveraient mais en ayant quelque idée de ce que la vie de cet homme était », conclue-t-il. « Je savais qu’en tant que Rogue, je travaillais comme agent-double, comme on l’a découvert, et un excellent qui plus est. »

(Article de Geoff Boucher.)
(Traduction par la Gazette du Sorcier, 2012.)

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