Logo Gazette du Sorcier
menu fermer
La Gazette Logo du Sorcier
L'actualité Harry Potter et Animaux fantastiques depuis juillet 2000 !
Accueil / Artisanat Moldu / Jeux vidéos / Décryptage – un personnage transgenre dans Hogwarts Legacy ?

Décryptage – un personnage transgenre dans Hogwarts Legacy ?

Il y a quelques jours, Bloomberg annonçait en exclusivité certaines fonctionnalités de personnalisation du futur jeu Hogwarts Legacy. En effet, il sera possible de personnaliser son avatar dans le jeu en modifiant plusieurs critères dont le physique, la voix (masculine/féminine) et le genre (sorcier/sorcière) de son personnage. Surtout, ces trois critères seront indépendants.

Il sera ainsi possible de créer un personnage masculin (sorcier), avec une voix féminine et un physique traditionnellement associé à la gente féminine. Il n’en fallait pas plus aux journalistes pour raccrocher les wagons et titrer sur la présence d’un personnage transgenre dans le jeu. Cet angle leur permet de faire le lien avec la polémique autour des déclarations transphobes de J.K. Rowling. Ce système de personnalisation serait, selon eux, une manière de montrer que les créateurs du jeu ne soutiennent pas l’autrice.

Une fonctionnalité qui ne prouve pas grand chose

En réalité, ce système de personnalisation n’apparaît pas comme une véritable réponse aux prises de position de J.K. Rowling. En effet, il est plutôt standard dans les jeux de rôles récents. Cyberpunk 2077 propose déjà le même système dans sa création de personnage. De même pour Immortals Fenyx Rising, qui permet de créer un personnage féminin avec une barbe fournie, par exemple. L’annonce fait donc passer une fonctionnalité déjà répandue comme une prise de position qu’elle n’est pas.

Par ailleurs, cette fonctionnalité ne fait pas d’un jeu un produit inclusif. Par exemple, il faut toujours choisir entre deux genres (sorcier ou sorcière) ; ce choix exclut toute un palette d’identités de genre non-binaires (agenre, genderfluid…). Notez qu’un tel choix n’est pas non plus un obstacle pour les femmes et les hommes trans, qui peuvent choisir leur genre quoi qu’il advienne.

Rien dans les RPG n’empêche par ailleurs un homme cisgenre (le contraire de transgenre) de créer un personnage féminin, ou inversement. Le genre du personnage n’est pas automatiquement lié au genre des joueurs. De la même manière, un personnage est trans si la personne qui le crée en décide ainsi. N’importe qui pourrait créer un personnage masculin, avec des traits masculins, une voix masculine, et décider que le personnage est un homme trans.

Ecran du personnalisation du personnage tel qu'apparu dans le premier "leak" de Hogwarts Legacy

Remise en question des stéréotypes

Il y a bien entendu du positif dans la dissociation du genre, de la voix et du physique d’un personnage. Cette liberté permet de remettre en questions les stéréotypes parfois présents, en matière d’apparence physique par exemple. (Contrairement à ce que certains jeux veulent nous faire croire, tous les hommes n’ont pas des cheveux courts et les femmes des cheveux longs.) La notion de voix différenciées marque également un progrès en la matière.

Encore une fois, cependant, Hogwarts Legacy ne sera pas le premier jeu à permettre une liberté de ce type. Le jeu Harry Potter – Puzzle & Spells est un exemple évident issu lui-même du Wizarding World. Les joueurs peuvent personnaliser le physique de leur avatar librement, sans même que la notion de genre entre en jeu. C’est presque plus inclusif encore !

Dans Hogwarts Legacy, le choix « sorcier ou sorcière » serait lié à la nécessité de pouvoir accéder à un dortoir genré. C’est ainsi que fonctionne Poudlard, fort bien. Le fait que ce choix soit décorrélé du physique n’a cependant rien d’un acte militant.

Deux élèves de Poudlard, une fille et un garçon, discutent, assis sur un banc dans le jeu vidéo Harry Potter : Hogwarts Legacy

La représentativité n’est pas une question de choix

Comme souligné plus haut, le genre du personnage des joueurs ne dépend que d’eux. Il est (et sera) virtuellement toujours possible de « décider » que son personnage est transgenre. Techniquement, n’importe quel RPG permet donc la présence d’un personnage transgenre (sans pour autant permettre une remise en question des stéréotypes physiques).

Inversement, si la présence d’un personnage transgenre n’est laissée qu’au bon vouloir des joueurs et joueuses peut-on vraiment parler d’un univers inclusif ? C’est un peu facile de dire « on donne la possibilité de mettre un personnage transgenre mais il n’y en aura pas si vous n’avez pas de notions sur le sujet ».

Tant qu’il n’y a pas de personnage dont la transidentité n’est pas établie par le jeu lui-même, on ne peut pas vraiment dire que le jeu « inclus un personnage transgenre ».

Une autre polémique en parallèle

Cette annonce coïncide par ailleurs avec une série d’articles dénonçant le concepteur en chef du jeu Hogwarts Legacy, Troy Leavitt. En effet, ce dernier a été pointé du doigt pour des propos sexistes et misogynes. Il a, dans plusieurs vidéos de sa chaîne YouTube personnelle, minimisé les problèmes de harcèlement dénoncés par le mouvement #MeToo et soutenu la campagne de harcèlement GamerGate.

Cette polémique, ajoutée à celle entourant les propos transphobes de J. K. Rowling, avait poussé l’un des plus importants sites de gaming au monde, ResetEra, à bannir toute conversation au sujet du jeu à venir.

Le timing était-il donc calculé pour étouffer la polémique ? Peu importe, au final, Troy Leavitt a démissionné aujourd’hui de ses fonctions.

Un gros troll dans Hogwarts Legacy

Retour au point de départ

Les événements de ces derniers jours ont, finalement, confirmé ce que nous savions déjà :

  • Une partie du fandom souhaite voir une prise de position claire contre des propos et attitudes problématiques, tandis qu’une autre partie du fandom ne veut rien en savoir.
  • La presse se précipite pour rédiger des titres sensationnalistes et faire du clic qui, au final, alimentent les flammes pour bien peu de choses.

En toute honnêteté, étant donné que le système de personnalisation du jeu est parfaitement standard et ne change virtuellement rien à la vie de personne, des articles enflammés sont-ils justifiés ? Non.
Les commentaires incendiaires qui ont suivi sous certains articles sont d’autant plus absurdes. Voir tant de fans se révolter contre un système de personnalisation basique, juste parce qu’on leur dit qu’il permet d’inclure un personnage transgenre (ce qui a toujours été le cas), montre à quel point la haine a pris le pas sur la raison.

Le fandom reste polarisé, et les développements des derniers jours n’y changeront rien.

  • L’annonce du système de personnalisation ne convaincra pas les personnes sensibilisées aux identités de genres
  • Le départ de Troy Leavitt ne résout pas le problème de fond
  • Ces deux annonces attisent encore plus la colère de « ceux qui en ont marre des polémiques à tout bout de champs » (alors que, une nouvelle fois, il n’y a rien de polémique dans le système de personnalisation)

Au final, le jeu est toujours prévu pour 2022, et les théories à son sujet ne sont pas beaucoup plus avancées.

Sources : jeuxvideo.com, gameindustry, et Bloomberg via Mugglenet

Vous avez aimé cet article ? Vous pouvez soutenir la Gazette du Sorcier sur Logo tipee.com
Soutenir la Gazette sur Tipeee

Laissez-nous un commentaire !

Pantalaemon

Pantalaemon

Directeur de la publication

Poufsouffle Serdaigle Journaliste
Voir la fiche auteur

Pub

La Gazette c'est aussi...

Podcast
Podcast
Vidéo
@LaGazetteDuSorcier @GazetteSorcier GazetteDuSorcier @gazette_du_sorcier @gazette_du_sorcier Flux RSS