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L’univers audiovisuel de Harry Potter doit apprendre des séries Netflix

15 août 2019

La plateforme Netflix a révolutionné notre façon de consommer les productions audiovisuelles, en proposant une offre accessible à tout instant, et consommable au rythme de chacun. Mais elle a su aussi faire avancer l’offre culturelle elle-même, en proposant des séries novatrices qui l’ont promue au rang de mastodonte culturel. Alors : quelles leçons Warner Bros doit-elle tirer du succès de Orange is The New Black, Stranger Things, Master of None, House of Cards, The Crown ou encore Sex Education ?

Des personnages originaux et bien exploités.

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Peu importe le nombre, Orange is the New Black nous l’a bien montré. Rien, donc, ne s’opposerait à une vaste fresque sur toute une génération à Poudlard, ou sur les coulisses du Ministère de la Magie. Mais il est inenvisageable de présenter un aussi large éventail de personnages pour ne rien en faire. Si l’on compare avec l’état actuel de développement des Animaux Fantastiques, à quoi le personnage de Leta Lestrange aura-t-il servi ? Peut-on dire que le personnage de Queenie ait été suffisamment travaillé pour rendre son attitude à la fin des Crimes de Grindelwald plausible ? Pourquoi faire appel à Nagini, Nicolas Flamel, ou de manière plus anecdotique à Minerva McGonagall, si l’intérêt de ces personnages ne dépasse pas la simple allusion ? Du côté de Cursed Child, chercher à tout prix à remobiliser Cédric Diggory et Bellatrix Lestrange était-il judicieux ?

Non, franchement, s’il y a bien un constat à dresser et un espoir à nourrir : laissons disparaître les personnages que nous aimons, et militons pour que de nouveaux nous soient offerts ! (Pas les quatre fondateurs, ni les Maraudeurs, par exemple... On en resterait au stade de l’extrapolation frileuse).
Dans les leçons à tirer de Netflix, souvenons-nous aussi de leurs échecs : le revival de Gilmore Girls n’était pas nécessairement une bonne idée.

Pour une construction politique nuancée, un engagement social et contre le manichéisme.

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Dans les bouquins, c’était pour tant bien ficelé ! Mais à bien y regarder, les Crimes de Grindelwald nous font retomber dans les affres d’un Hollywood déjà vieux, celui des superproductions bourrines des années 2000 saturées de morale et de superhéros. Il faudrait ici plus de nuances et de subtilité. C’est ce qui a fait cartonner House of Cards ! On recoupe un peu ici le premier point, mais le manichéisme (untel est méchant, untel est gentil) relève du défaut de construction des personnages, et tant qu’on reste attaché aux restes de ce qu’a produit Rowling, on va avoir du mal à dépasser ce stade...

Orange is the New Black et Sex Education doivent en grande partie leur succès à leur facilité à aborder des sujets politiquement ou socialement sensibles avec délicatesse et réalisme. Elles démontrent qu’il ne suffit plus pour une série de raconter, de divertir ; mais qu’une bonne série doit avant tout questionner et avertir.
Sans être incroyablement engagée dans les livres, Rowling a cependant donné à son oeuvre une coloration réaliste qui manque aux dernières productions d’un univers qui ne semble plus être en phase avec la société. Les derniers films ne nous parlent pas. Et pourtant, les futurs créateurs associés à Harry Potter pourront s’emparer d’une multitude de thèmes riches : le protectionnisme économique et le rapport aux migrants (pas sûr que la société sorcière soit des plus ouvertes) ; le féminisme, dans une société à nette orientation patriarcale ; les inégalités socio-économiques voire l’esclavage (elfes de maison, statut des créatures magiques non sorcières...)
Le pas à franchir, en particulier sur la base des Animaux Fantastiques actuellement exploitée, ne constitue donc pas un grand écart. Mais les œuvres proposées restent désespérément vides d’engagement, et même de questionnement.

Surenchère d’effets spéciaux ou de détails : le spectaculaire a changé de camp.

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Yates a trouvé dans la réalisation du cinquième opus des aventures d’Harry une sympathique patte visuelle, en particulier pour les combats de sorciers qu’il est parvenu à rendre spectaculaires, et c’est à porter à son crédit. Mais cet apport d’effets spéciaux n’était appréciable que dans l’univers préalablement façonné par Columbus et Cuaròn, déjà visuellement très riche. Dans les Animaux Fantastiques, une impression de manque de profondeur matérielle domine. De nombreux internautes ont pu saluer, dans la série Stranger Things, l’abondance de clins d’œils qui permettent de camper de manière vraisemblable la société des années 80. Sans ce préalable, le pastiche des films SF/horreur de cette époque apparaîtrait comme hors-sol. Ce sont précisément ces racines qui font défaut aux actuels films de Yates.

Pour résumer : Vaste fresque ou aventure en comité réduit, il faudra dans tous les cas mieux choisir et travailler les personnages, et éviter de convoquer les sempiternelles figures créées par Rowling. La société de consommation culturelle est en demande de personnages nuancés, et attend en cas de conflit que les deux côtés soient explorés, dans une approche pragmatique qui campe et donne à comprendre un problème, plus qu’elle n’impose une solution de manière ostentatoire. Enfin, une utilisation réfléchie de la technologie, et la mise en abîme de cette réflexion, peuvent être appréciées.

Une suggestion : Une série sur les guerres entre les sorciers et les autres porteurs de baguette au Moyen-Âge (les fameuses "Guerres des Gobelins"). Elle permettrait une réflexion sur l’utilisation de la technologie, dont on sait que les gobelins ont une maîtrise avancée, avec Gringotts en chef d’oeuvre ; une réflexion sociale, avec des logiques de domination et une lutte idéologique réelle ; enfin, des personnages entièrement originaux. (Même si on ne doute pas que Merlin, Morgane, Flamel ou Nick-Quasi-Sans-Tête y seraient quand même éhontément détournés...)

Allez, on y croit. #GoblinMyTV

Crédit Photos : Première

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