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J.K. Rowling : "Ne donnez pas votre temps ou votre argent aux orphelinats."

3 novembre 2019

Présente le 24 octobre dernier au forum One Young World de Londres, où étaient réunis les élites internationales des jeunes générations, J.K. Rowling a profité de la tribune qui lui était offerte pour revenir sur son expérience personnelle et les raisons de la fondation de l’association Lumos, au moment où celle-ci lance une nouvelle campagne, #HelpingNotHelping ("une aide qui n’en est pas une".) La Gazette vous livre sa traduction de ce discours, basée sur la retranscription qu’en a faite Time.

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"En 2004, j’ai lu l’histoire d’un petit garçon de 6-7 ans qui était enfermé 24 heures sur 24 dans un lit-cage, qui était en effet un lit de camp entouré de grillage.
J’ai vu cette image perturbante, mais à l’époque j’étais enceinte de mon troisième enfant et je pense que cela m’a rendue particulièrement sensible, alors j’ai immédiatement pensé à tourner la page. Je ne suis pas particulièrement fière de cette impulsion, mais il est important de reconnaître qu’en tant qu’humains, certaines situations sont tellement bouleversantes qu’on les rejette. J’allais donc tourner la page mais me suis dit : "Non, tu dois lire cette histoire. Et si l’histoire est aussi terrible que la photographie le laisse à penser, alors tu devras faire quelque chose."
Ainsi j’ai lu l’histoire, et c’était pire encore que ce qu’indiquait l’image. Il était question d’une institution où l’on enfermait les jeunes gens atteints d’un handicap, dans un pays d’Europe de l’Est.

C’est à ce moment qu’est née Lumos. Notre ONG tire son nom du sortilège de lumière dans Harry Potter, ce qui nous a semblé judicieux parce que nous souhaitions attirer l’attention sur des enfants qui étaient souvent dissimulés et isolés dans des prétendus orphelinats partout sur la planète, et travailler à leur libération.
Si nous n’avons pas d’orphelinats dans les pays développés, c’est parce que nous sommes conscients des dommages irréparables qu’ils peuvent causer. Nous avons le recul nécessaire pour comprendre que le placement en institution est l’une des pires choses que l’on puisse faire à un enfant. Nous savons que les enfants y sont victimes de maltraitance, exposés à toutes sortes de trafics, et que cela impacte leur développement et leurs chances dans la vie.

L’une des informations qui m’a le plus étonné quand j’ai commencé à me renseigner sérieusement sur le sujet, est que huit enfants sur dix, dans ces orphelinats, ne sont pas réellement orphelins. Huit sur dix ont au moins un parent en vie, et dans la majorité écrasante des cas, la famille n’a pas souhaité l’abandonner.
Que font-ils, alors, dans ces prétendus orphelinats ? La raison principale, dans la majorité des cas, est la pauvreté. On retrouve ensuite les catastrophes naturelles, et le handicap. Les enfants atteints d’un handicap sont sur-représentés dans ces institutions à travers le monde, et là encore, ce n’est pas parce que les parents ont souhaité l’abandonner, mais parce que la meilleure chance pour cet enfant d’avoir un accès à l’éducation et aux soins est cette institution.

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Et j’en arrive au cœur de ce que je souhaite aborder aujourd’hui devant vous. L’Occident a, souvent armé des meilleures intentions, fondé une quantité considérable de ces orphelinats. Mais une autre pierre angulaire qui soutient le marché des orphelinats, car je dois l’appeler ainsi, est constituée par les personnes qui se portent volontaires et visitent les orphelinats.
Je parle du "volontourisme" et du tourisme des orphelinats, qui vous présentent la visite d’un orphelinat comme un élément enrichissant votre expérience de voyage ou vous invitent à donner deux semaines ou un mois de votre temps en tant que bénévole.
Bien souvent, les jeunes gens en repartent persuadés d’avoir bien agi, et sont consternés lorsqu’on leur présente la réalité des faits et qu’ils comprennent avoir contribué à des situations de maltraitance.

Cependant, nous avons de bonnes raisons d’espérer.
Il semble que nous ayons atteint le point critique où les gouvernements reconnaissent désormais que la prise en charge institutionnelle nuit profondément aux enfants, ce qui est une bonne chose. Nous nous réjouissons que les autorités des affaires étrangères britanniques et du Commonwealth indiquent désormais dans leurs recommandations de voyage les risques du "volontourisme." C’est un grand pas en avant.
En association avec Hope and Homes for Children, Lumos est par ailleurs entré en partenariat avec l’association britannique des agences de voyage, afin d’éviter que l’industrie du voyage soutienne celle du tourisme d’orphelinat. C’est une autre avancée importante.

Il y a trois choses que chacun peut faire pour agir.
La première, qui va désormais vous sembler évidente : ne faites pas de bénévolat en orphelinat. N’offrez pas votre temps à un système aussi dévastateur.
La seconde concerne l’aspect financier. Si vous avez de l’argent à donner lorsque vous voyagez, donnez-le aux entreprises locales pour aider les communautés. Voilà quelque chose que vous pouvez faire en voyageant. N’allez pas visiter les orphelinats, et surtout ne leur donnez pas d’argent.
Si vous souhaitez apporter votre soutien aux associations ou autres, prenez le temps de réfléchir aux racines des problèmes : regardez la pauvreté, l’état des services publics, etc... : ce sont eux qui ont besoin de votre argent.
La troisième concerne la transparence des entreprises face à leurs responsabilités sociales. Nous aimerions que les entreprises changent leurs règlements pour nous assurer qu’elles ne soutiennent pas ces orphelinats et institutions pour enfants. Sur ce point particulièrement important, tout le monde peut agir.
Une quatrième chose, que je dois rajouter car elle est importante, même si je n’en avais annoncé que trois. Nous devons éveiller les consciences car changer les mentalités est la meilleure arme que nous ayons pour faire évoluer la situation. Si tout le monde dans cette salle tenait un discours similaire dans son université ou sur son lieu de travail, mais aussi à ses amis et famille et leur disait : "il ne faut pas soutenir les orphelinats", nous avancerions.

Nous savons que des millions et millions d’enfants sont piégés et sans voix. Le monde a besoin d’entendre ce que les orphelinats leur font réellement."

Source : transcription originelle, en anglais, sur le site de Time.

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