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"Harry, c’est de l’amour et de l’anarchie."

28 novembre 2005

Interview exclusive avec Mike Newell, directeur de « Harry Potter et la Coupe de Feu », parue le 24 novembre dans le journal CLARIN.

Le réalisateur de « Quatre mariages et un enterrement » parle de l’obscurité de Potter et des mauvais traitements dans les écoles britanniques. Il confirme aussi son projet de diriger « L’Amour au temps du Choléra » .

Mike Newell est, oui, un monsieur, mais pas un gentleman. Du moins, il n’en a pas le charisme et encore moins l’allure. A 63 ans il a été choisi pour diriger - et il ne faut pas être mage pour le deviner- l’un de ces films à plus grand succès, et ça ne le préoccupe pas. Mais ne lui parlez pas de diriger un autre film de la saga après Harry Potter et la Coupe de Feu. Non, ne lui en parlez pas.

« D’abord je me suis mis en colère, parce qu’ils ne me donnaient pas le budget que je désirais, confie le directeur de Quatre mariages et un enterrement. Quand est arrivé le moment de couper le scénario, tout le début du livre, avec la Coupe du Monde de Quidditch, faisait plus de 100 pages et les producteurs ne voulaient inclure aucune scène. Et moi j’ai pensé : un fanatique de Potter, si il ne voit aucune scène avec au moins une référence au Mondial, il va enrager. Et on a pu en insérer une », dit Newell, assit bien droit sur sa chaise.

- La scène où Voldemort affronte Potter est particulièrement dure...

Je suis fier de ça. Cette scène apparaît dans le livre, et avec JK Rowling nous en avons spécialement parlé quand nous nous sommes réunis à Edimbourg, il y a maintenant plus de 2 ans. Pour elle il était clair que le choix le plus important de l’histoire est quand Voldemort lui dit : "Lève-toi. Je vais te tuer. Comment veux-tu mourir ? Avec ou sans honneur ?" Va-t-il recevoir un tir de face ou va-t-il s’échapper et le recevoir dans le dos, comme un lâche ? Sachant qu’il va mourir, Harry doit se mettre debout et mourir avec honneur. Je considérais que cette scène devait être dure.

- Quand le film a reçu la mention « interdit aux moins de 12 ans », qu’avez-vous pensé ?

Je me suis senti soulagé parce que le public a commencé à voir la série il y a 4 ou 5 ans, quand il avait 9 ou 10 ans, maintenant il doit avoir 13, 14, 15 ans et il considère sûrement le quatrième livre comme plus dur. Si on n’avait pas reçu cette mention, le public aurait pensé : « Ils ont cédé. Ils ont fait un film pour enfants alors que je ne suis plus un enfant » .

- Quel est le majeur défi que vous avez ressenti ?

Le livre est un excellent thriller, et la personne qui mène ce thriller de l’avant est le mal. Quand j’ai commencé à travailler avec Dan Radcliffe, il m’a demandé si il y avait des films comme celui-ci à voir, comme « Les hommes du Président ». Je lui ai dit que le plus ressemblant était « La mort au Trousses » de Hitchcock, où lui était Cary Grant. Au début, Cary Grant n’a aucune préoccupation mais peu à peu, il s’horrifie de voir que James Mason a d’autres plans.

- Est-ce que vous donnez une signification spéciale à être le premier directeur britannique de ce film très britannique ?

Il y a une sensibilité dans laquelle les enfants et moi partagions la même langue et une série de références communes. Et eux peuvent très bien lire mon ton. Ils savent quand je suis en train de plaisanter et quand je parle sérieusement. Mais le principal est que l’école même, pour moi, est un personnage. Ce sont des histoires d’école, et en Angleterre elles sont souvent comiques. Ça n’était pas le cas pas dans les films précédents et je voulais que dans celui-ci ça le soit. Mais, comment allais-je faire cette nouvelle institution ? Je crois que le mot qui convient le mieux est anarchie. Le fait que des jeunes s’affrontent à l’amour et la mort pour la première fois... c’est quelque chose qui est destiné à provoquer l’anarchie. Harry, c’est de l’amour et de l’anarchie.

- Alan Rickman, qui interprète Rogue, a une scène qui n’apparaît pas dans la livre, n’est-ce pas ?

Je suis un ami d’Alan, nous avions déjà travaillé ensemble. Je crois que vous faites référence à la scène où Rogue frappe Harry et Ron avec son livre. J’ai écrit cette scène pour lui, et je l’ai fait parce que je pensais que dans cette histoire, il devait y avoir des éléments comiques parce que le film est trop obscur, pour marquer un contraste. Le nez de Rogue sent toujours quelque chose de mauvais, et il est toujours l’antagoniste parmi les professeurs. Je voulais que Rogue ait son jour de gloire, qu’il puisse donner une racler à ces gamins. Ça m’amusait parce que ça me rappelais ces mêmes coups que je recevais lorsque j’étais à l’école. Quand j’étais enfant, les écoles étaient plus violentes que maintenant (rires).

- Ils vous frappaient...

Ils m’ont frappé avec une canne. C’était comme ça, l’éducation, dans les années 40 et 50.

- Et ils vous frappaient à la tête ?

Bien sûr, tout le temps. L’arme préférée des professeurs que j’avais, c’était les brosses en bois, pour efacer le tableau. Ils nous les lançaient dessus et de temps en temps ils réussissaient à nous atteindre (rires). Ça ne se remettait pas en question. Et c’est ce que j’ai essayé de faire avec l’école, ce que je voulais dire, c’est que l’école était un mélange de caractères dans laquelle l’autorité et les enfants révoltés sont intimement liés.

- Que pensez-vous des films précédents ?

J’admirais les précédents. Mais ce que j’avais, c’étaient de jeunes adultes qui maintenant affrontent des défis d’adultes pour la première fois, sans les armes pour se défendre, comme l’amour et la mort. Je l’ai fait obscur mais en même temps comme un thriller qui commence sous la lumière du soleil, ensuite les nuages se sont regroupés derrières les bois et graduellement ont commencé à recouvrir le ciel au dessus de nous, nous opprimant.

- Vous allez filmer « L’Amour au temps du choléra » ?

Je l’espère. Je crois qu’avec un thème comme celui-là, les studios hollywoodiens ont une grande loyauté et de grandes espérances. On va essayer de faire le film. Mais l’histoire de Garcia Marquez me paraît réellement difficile.

- Vous avez une idée de la distribution des rôles ?

Non. Et si je l’avais je ne vous la dirai pas.

- Est-t-il difficile d’établir un dialogue avec JK Rowling, en pensant que vous allez massacrer son oeuvre ?

Elle est très sage. J’ai parlé avec elle trois fois en un an et trois mois.

- Pas plus ?

J’ai eu une grande session avec elle il y a deux ans. Il était clair que ce livre était différent. La discussion fut très utile pour la vision générale de l’histoire. Avec le scénariste, Steve Kloves, nous nous sommes rencontrés deux ou trois fois et on a vu que, pour faire cette compression, on devait inventer quelques passages. Elle avait réussi à résoudre quelques problèmes à sa manière, mais ça lui avait pris 50 pages, et nous nous devions le faire en une demie-page. A chaque fois que nous inventions, nous lui amenions pour qu’elle le voie et nous lui demandions ce qu’elle en pensait.

- Et ?

Et elle l’a très bien pris. Elle sait que le film est différent alors elle était prête à nous aider.

Il est clair que le moment que tout le monde attendait dans La Coupe de Feu était l’apparition en chair et en os de Lord Voldemort, l’assassin des parents de Harry.

Le choix est tombé sur Ralph Fiennes, le nazi de La Liste Schindler et le méchant dans Dragon rouge. Il y a vu un rôle très intéressant, il a vu qu’il allait faire Lucifer et il était très intéressé pour l’interpréter. Il est unique. Il peut-être très froid et peut jouer une créature sans coeur, et c’est de cela que nous avions besoin.

Newell explique comment ils ont filmé le sorcier le plus perfide de toute la saga.

Nous avons beaucoup parlé de comment moi je voulais qu’il apparaisse, parce qu’on allait présenter une renaissance et dans le film, le public verra réellement le moment où il renaît. Je voulais qu’il sorte du chaudron comme s’il venait juste de sortir de l’utérus de sa mère et que de son corps dégoulinent tous types de liquides. Je voulais que sa peau soit celle de quelqu’un ayant souffert de nombreuses brûlures. Comme une créature qui vient de naître.

- En parlant de créatures, vous avez travaillé avec des enfants qui sont à un âge très spécial. Ça été difficile ?

Non, à moi ça ne m’a pas paru difficile. Je savais que ce que vous dites arriverait et que ce que je ne devais pas être était une figure autoritaire ou un père. En même temps, je n’étais pas un ami non plus. Je ne vais pas discuter avec un adolescent de 14 ans, il doit faire ce que je lui dis de faire. Par contre, la façon de l’expliquer est très délicate. Ce que j’ai essayé de faire, c’est de me rendre ridicule face à eux. Il y a eu une occasion où deux d’entre eux devaient se battre et j’avais l’impression que ça leur était difficile. J’ai donc demandé lequel des deux se motivait pour se battre contre moi. On s’est battus, roulant dans la pièce d’une extrémité à l’autre. J’ai fini plutôt mal en point et ils ont dû m’aider à me relever. En voyant un homme habillé de ses meilleurs vêtements rouler dans la pièce, ils n’ont pas pu croire la chance qu’ils avaient eu. Et vous savez quoi ? Les choses sont allées beaucoup mieux après.

NB : L’Amour au temps du choléra, 1987, de Gabriel GARCIA MARQUEZ.

À la fin du siècle dernier, dans une petite ville des Caraïbes, un jeune télégraphiste pauvre et une ravissante écolière jurent de se marier et de vivre un amour éternel. Durant trois ans ils ne vivent que l’un pour l’autre, mais Fermina épouse Juvenal Urbino, un jeune et brillant médecin.

Alors Florentino, l’amoureux trahi, se mue en séducteur impénitent et s’efforce de se faire un nom et une fortune pour mériter celle qu’il ne cessera d’aimer, en secret, cinquante années durant, jusqu’au jour où l’amour triomphera.


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