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Critique : ’Calling All Witches’ ; le livre consacré aux femmes du Monde Magique

23 juin 2019

Il y a quelques semaines, nous vous parlions de Calling All Witches, un recueil en langue anglaise paru aux éditions Scholastic à la fin du mois de mai et qui entendait rendre hommage aux figures féminines des sagas Harry Potter et Les Animaux fantastiques. Une initiative féministe bienvenue qui apporte un vent de fraîcheur dans le Wizarding World.

/ !\ Cette critique ne reflète que mon opinion personnelle et ne représente aucunement l’avis de l’ensemble de la rédaction !

Dans une société qui a encore trop souvent tendance à n’accorder aux femmes qu’une place secondaire et à diminuer la portée de leurs réalisations, le projet de Laurie Calkhoven de donner un coup de projecteur à leurs accomplissements sonnait comme un juste retour des choses. Après tout, les deux sagas regorgent de sorcières puissantes, talentueuses, créatives et courageuses qui ont également contribué à façonner le monde magique. Il ne faut pas oublier que c’est grâce au sacrifice de Lily Potter que Voldemort a pu être défait, en 1981 ; qu’Hermione est souvent considérée comme la sorcière la plus intelligente de sa génération ; ou que sans les pouvoirs de legilimancie de Queenie, Newt et Tina auraient sans doute été exécutés avant d’avoir pu démasquer Percival Graves/Grindelwald. Alors, Calling All Witches tient-il toutes ses promesses ?

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Commençons par l’aspect extérieur de l’ouvrage. Le recueil se présente sous la forme d’un fin rectangle de 23 x 19 cm, un format qui lui permettra de s’insérer dans toutes les bibliothèques. La couverture, cartonnée, est conforme au visuel publié sur le site de l’éditeur, avec ses très jolies illustrations originales d’Hermione, de McGonagall et de Leta brandissant leurs baguettes et son titre en légère surbrillance. La quatrième de couverture, de couleur pêche, résume le contenu et opte pour une représentation des trois femmes tirée des films, à laquelle on a ajouté un filtre de type peinture afin d’obtenir un rendu qui évoque celui d’un portrait.

De très belles illustrations originales...

Les dessins de Violet Tobacco sont présents sur pratiquement chaque page du recueil. Très jolis et très ressemblants aux actrices (dans le cas des personnages apparaissant dans les films) ou aux descriptions fournies par les livres, ils dressent un portrait détaillé de chaque héroïne. Cela nous offre quelques agréables surprises, comme de découvrir les traits de certaines personnalités tertiaires évoquées sporadiquement dans les livres et carrément oubliées par les films.

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C’est ainsi que l’on peut enfin mettre un visage sur le nom d’Helga Poufsouffle, de Rowena Serdaigle, du professeur Gobe-Planche ou de l’irascible madame Pince, gardienne de la bibliothèque de Poudlard, annihilatrice de la moindre velléité de chuchotement et terreur des élèves ayant emporté des ouvrages hors de l’enceinte du sanctuaire sans autorisation [1].

Notons aussi d’autres bonnes idées, comme l’incrustation de fonds aux couleurs des maisons de chaque personnage ainsi que la présence de différents objets caractéristiques leur appartenant.

... Mais un contenu superficiel et paresseux

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Malheureusement, le ramage n’est pas à la hauteur du plumage. Là où l’ouvrage pèche et déçoit grandement, c’est dans son contenu. Pour le dire platement, l’autrice s’est contentée de relire la saga et les films, de noter le nom de tous les personnages féminins mentionnées, et de recopier ce qu’il était inscrit à leur propos sans se donner la peine de pousser plus loin ses investigations. Si vous achetez ce livre avec l’espoir d’en apprendre un peu plus sur le passé d’un personnage, sur son parcours après la Bataille de Poudlard ou sur la manière dont elle peut être considérée comme un modèle ou une inspiration, passez votre chemin. Deux cliques sur la page Wiki Harry Potter qui lui est consacré vous en apprendront davantage.

Celles qui souffrent le plus de ce traitement sont sans doutes les héroïnes des Animaux fantastiques : Tina, Queenie, Leta, Nagini, Seraphina Picquery, Bunty, Vinda Rosier et Irma Dugard. Aucune d’elles ne bénéficiant d’un support d’informations écrites, Laurie Calkhoven se borne à décrire ce que l’on voit d’elles à l’écran. Outre le fait qu’on peut fortement s’interroger sur la pertinence d’y intégrer des personnages qui n’apparaissent que le temps d’une scène (coucou, Bunty), le processus ne révèle que du vide et piétine allègrement les tenants et aboutissants des relations entre certains personnages (Jacob et Queenie, pour ne pas les nommer).

Avant d’aller plus loin, il me semble important de remettre les choses dans leur contexte et de préciser que Scholastic est un éditeur qui s’adresse principalement aux jeunes enfants. Cela explique la simplicité du vocabulaire utilisé. En cela, le livre constitue une bonne porte d’entrée au féminisme. Toutefois, les lecteurs plus âgés qui constituent la majorité de la fanbase se sentiront floués par l’absence totale d’approfondissement du sujet.

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Au final, le féminisme prôné par le livre ne dépasse pas le simple argument de vente, le miroir aux alouettes dont les promesse s’effacent dès la lecture de la première page. De là découle un sentiment amer de potentiel gâché. Le livre tente malgré tout d’augmenter la visibilité, voire souvent de glorifier,les actions réalisées par les sorcières (« Huit fois où Hermione est venue à la rescousse », « les moment phares des joueuses de Quidditch »), mais d’une manière si superficielle que l’intérêt en est inexistant.

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Le sujet est donc traité sans aucune profondeur, contredisant même parfois son propos. Queenie, par exemple, est essentiellement décrite via ses centres d’intérêts : créer des vêtements, lire American Charmer et cuisiner ; la puissance que lui confère son don de legilimancie est passé à la trappe. De même, le rôle joué par Alice Londubat, Molly Weasley et Lily Potter dans la guerre contre Voldemort n’est traité que par le prisme de leur statut de mères. Deux approches qui, loin d’exemplifier une quelconque position féministe, adhèrent au contraire religieusement aux injonctions sociétales qui pèsent sur les femmes concernant leurs centres d’intérêt et pérennise le rôle de la figure maternelle derrière laquelle les femmes perdent toute identité propre.

Conclusion

En conclusion, Calling All Witches n’est pas un mauvais livre, il n’est simplement pas susceptible d’intéresser un public âgé de plus de neuf ans. C’est un bel objet. La couverture a beaucoup de cachet et les illustration intérieures sont très jolies. Malheureusement, il ne traite son sujet qu’en surface et sans aucune plus-value, aucune analyse. Il ne s’agit donc que d’un énième livre surfant sur le mouvement féministe et l’amour des potterheads pour leur saga favorite. À titre personnel, je ne recommande pas l’achat de ce livre, à moins que pour vous l’illustration ne prime sur le contenu.

Si vous souhaitez commander ce livre, a paraître en Français sous le titre “Fières d’être sorcières !. Les filles qui ont marqué l’histoire du Monde des Sorciers” :

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En anglais ICI

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En français ICI
(sortie prévue le 24 octobre)

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[1Si toi aussi tu l’imaginais vieille, aigrie et potentiellement secrètement amoureuse de Rusard, prépare-toi à remettre toute ta vie en question


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