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Willy vs Harry

22 février 2012

“The Adventures of Willy The Wizard”, un livre pour enfants d’Adrian Jacob, a été publié à compte d’auteur en 1987. D’après les héritiers de l’auteur, Jo’ aurait soit disant utilisé une partie du livre pour écrire Harry Potter 4, sorti 13 ans plus tard. L’agence de succession de l’écrivain a présenté de nombreux éléments à la Cour Suprême Anglaise, puis américaine, dans le but de défendre son dossier. Certaines ressemblances sont en effet étonnantes, mais l’imagination n’est-elle pas un incroyable mélange d’inspirations ? Retour sur les différentes étapes de cette affaire.

Chronologie des évènements.

Ce n’est pas la première fois que Jo’ est accusée de plagiat. En effet, elle avait déjà dû se défendre face à Nancy Stouffer en 2002. Depuis 2004, les héritiers d’Adrian Jacobs, décédé en 1997, tentent de poursuivre Bloomsbury pour le même motif. Leur première plainte a été déboutée en 2004, mais ils ont retenté d’amener l’affaire devant un tribunal en juillet 2010, malgré le fait que Bloomsbury ait affirmé que Jo’ ne connaissait ni « Willy the Wizard » ni son auteur. Leur avocat, Mr Allen, a tout de même réclamé 5M€. Les héritiers sont tenaces et semblent croire dur comme fer à la légitimité de leur action. Ils ont notamment déclaré :

« Des poursuites judiciaires seront lancées dans les pays clefs du monde entier, qui défendent le droit d’auteur et respectent les contraintes. »

Jo’ quant à elle a qualifié cette attaque "not only unfounded but absurd" [pas seulement infondée mais absurde].

Il a fallu presque six ans pour que le procès soit lancé. C’est le 15 octobre 2010 que la plainte déposée par les héritiers de Jacobs est finalement retenue par Kitchin, un juge londonien, sous réserve qu’ils prouvent qu’ils peuvent payer en cas d’échec. La justice a en effet jugé qu’il était « improbable » qu’ils gagnent le procès et leur a donc demandé de verser 1,7M€ pour les frais engagés par Jo’ et Bloomsbury.

En janvier 2011, Shira Sheindlin, le juge américain chargé du dossier lorsque les héritiers portent plainte contre Scholastic (l’éditeur américain d’Harry Potter) n’a pas semblé plus enthousiasmée par l’affaire que son collègue anglais. Elle a en effet rejeté l’affaire et déclaré que « la lecture des deux ouvrages confirme de façon non équivoque que les deux œuvres sont différentes à la fois sur le fond et dans la forme, générant des réactions viscérales très différentes auprès des lecteurs ». Les héritiers semblaient alors vouloir faire appel.

Parmi les éléments présentés par les héritiers, on trouve des analyses linguistiques poussées, des témoignages indiquant que Christopher Little a été l’agent des deux auteurs, mais également des expertises de spécialistes de la littérature fantasy jeunesse.

Les similarités évoquées sont nombreuses.

Willy est un jeune homme distrait qui découvre la sorcellerie à 14 ans. Au cours de son histoire, Willy rencontre des sorciers qui aiment les jeux sorciers, un sorcier vieux de 420 ans qui survit grâce à une potion de longévité et un aristocrate sans tête. Il croise également un personnage avec « his strange face with a central eye » [son étrange visage avec un œil central], un sorcier inventeur et Fatty Fairy (qui pourrait être la Grosse Dame).

L’univers fantastique et le monde réel sont étroitement connectés. On peut y lire le « Wizard Times », consulter une carte magique (qui s’éclaire) et y parler la langue des serpents. On peut envoyer des bonbons sorciers via eaglegram, que l’on peut comprendre comme des aigles qui transportent le courrier (oui, un peu comme les pigeons voyageurs en fait). On y trouve, fait incroyable, des sorciers de toutes nationalités, qui se divertissent parfois en jouant aux échecs sorciers dans un train sorcier spécialement destiné à cet effet.

Lors des évènements sportifs, les scores sont annoncés sur un tableau magique. Les sorciers font des potions pour changer d’apparence. Il est certain que l’idée ne vient absolument pas des histoires de sorcières qui partent au sabbat mais bien de l’imaginaire de Jacobs.

Outre les évènements sportifs, le livre se concentre sur un concours de sorciers en particulier. Willy se voit d’ailleurs informé de la nature d’une des épreuves alors qu’il se trouve dans son bain.

Il y a un gouvernement sorcier, mais qui semble bien peu développé par rapport au ministère de la magie. On y trouve également un hôpital sorcier, un château sorcier et ce que les héritiers appellent une prison sorcière, Banish Bay, mais qui semble plus être un lieu d’exil. Il existe, de plus, une école sorcière qui propose des cours de sorcellerie donnés par des professeurs sorciers. Et si les humains lambdas sont témoins de choses qu’ils n’auraient pas dû voir, il existe un sort pour leur effacer la mémoire.

Outre le train sorcier, on peut voyager grâce à des taxis, des joyaux, des boites magiques, mais également avec des chariots qui avancent grâce à des cygnes invisibles.

Parmi les arguments vraiment tirés par les cheveux, on trouve le chocolat sorcier et la visite d’une usine de chocolat (je pense qu’il y a eu confusion avec Willy Wonka), l’utilisation régulière du mot « famous/célèbre » (car Willy, comme Harry, est célèbre) et la présence de jumelles nommées telescopbinocs.

Je pense que vous aurez fait la comparaison avec les éléments d’Harry Potter par vous-même.

Mon opinion

Certains arguments sont en effet troublants, tandis que d’autres semblent complètement fantaisistes. Mais si on y réfléchit bien, n’importe quel univers ne se doit-il pas de comporter des hôpitaux, des moyens de transports, des jeux et autre ? La source d’inspiration de Jacob n’est-elle pas la même que celle de Rowling : la société moldue ?

De plus il faut également définir le terme plagiat, notion dont les limites ne sont pas toujours bien établies. La différence avec l’inspiration est parfois difficile à faire. Surtout que, si les éléments présentés sont similaires, on peut affirmer sans se tromper qu’ils ont été exploités de manière complètement différentes.

Mon but n’est pas ici de défendre Jo’, je n’ai après tout aucune manière de savoir si la plainte est justifiée ou non. Mais n’oublions pas le fait que dans l’histoire de l’humanité, plusieurs inventions ont vu le jour au même moment dans des pays totalement différents, et sans qu’il y ait eu copie.

Et peut-on réellement comparer un ouvrage de 30 pages à un roman qui en fait plus de 650 ?

Sources

Illustrations de Nick Tidnam.

Site officiel de Willy the Wizard

J.K. Rowling faces another plagiarism suit

Harry Potter poursuivi pour plagiat ?

Harry Potter devant la justice

Willy the Wizard attaque encore Harry Potter

Et une plainte pour plagiat rejetée, une !

Man ordered to pay £1.5m to pursue plagiarism case against Rowling


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