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Un regard sur les Loups Garous

10 août 2014

En exploitant la figure des Loups Garous, J.K. Rowling s’inscrit dans une longue tradition littéraire, qui date de l’antiquité (On retrouve dans le Satyricon de Pétrone, par exemple, un récit décrivant la métamorphose d’un soldat en loup garou). La plupart des histoires mettant en scène des loups garous ont plusieurs thèmes en commun : la transformation se passe la nuit, sous la lumière de la lune et dans des conditions particulièrement violentes. Notre auteur ne déroge pas à la règle lorsqu’elle précise que les métamorphoses des loups garous se font les nuits de pleine lune ou qu’un sorcier lycanthrope peut se montrer particulièrement sanguinaire.

En fait, dans les deux premiers tomes, J.K. Rowling ne semble pas proposer une représentation originale des loups garous. Ils incarnent encore, dans l’esprit des personnages, des figures menaçantes et terrifiantes, qu’il faut éviter à tout prix. Malfoy craint, dans Harry Potter à l’école des sorciers, d’en rencontrer dans la forêt interdite. Gilderoy Lockhart gagne l’admiration de ses contemporains en affirmant avoir débarrassé un village de redoutables loups-garous. Il est par ailleurs important de noter qu’aucun élève, dans le tome 3, ne se révolte quand Rogue leur propose de faire un devoir sur les différentes façons de reconnaître et de tuer les loups garous. Pour eux, seule l’idée d’avoir à faire un devoir de plus de dix pages est choquante, comme le montreront les récriminations que certains d’entre eux feront auprès du professeur Lupin à son retour. Cette situation, si elle paraît anodine à la première lecture, devient dérangeante au cours d’une relecture, quand on a compris le fardeau que portent les victimes de lycanthropie, à la lumière de l’histoire poignante de Remus Lupin. Il est, dans cette même perspective, surprenant de constater que même Hermione, qui a énormément travaillé pour rendre son devoir en temps et en heure, ne se montre guère scandalisée par l’intitulé du devoir proposé par le maître de potions. Si elle décide tout d’abord de garder le secret du professeur de défense contre les forces du mal, plus tard dans le récit, avant d’entendre les révélations de Remus Lupin, elle s’avère finalement (et beaucoup trop facilement) prête à admettre qu’on ne peut pas faire confiance à un loup garou. On est encore loin, dans ce passage, de la jeune fille revendicative et passionnée, entièrement dévouée à la défense des intérêts de tous les êtres magiques injustement déconsidérés par les sorciers...

Ainsi, avant de rencontrer Remus Lupin, Harry, comme tous ceux qui l’entourent, ne remet pas en question l’idée que les loups garous sont des créatures dangereuses, qu’il faut combattre ou éviter à tout prix. (Il est même possible d’envisager qu’à ce stade de l’écriture, J.K. Rowling n’avait pas encore eu l’idée d’introduire un personnage sympathique luttant contre la lycanthropie, ce qui expliquerait pourquoi elle a fait dire à Tom Jedusor qu’Hagrid élevait des bébés Loups Garous sous son lit avant d’affirmer plus tard, lorsque des lecteurs ont soulevé cette incohérence, qu’il s’agissait là d’un « mensonge calomnieux ». Ce n’est toutefois qu’une hypothèse de ma part…).

Finalement, le regard des personnages principaux et du lecteur change à la fin du tome 3, grâce à la figure touchante de Remus Lupin, contraint de quitter Poudlard à cause des lettres de protestation des parents d’élèves. Le professeur de défense contre les forces du mal préféré d’Harry Potter incarne à lui seul, dans la série, la condition tragique d’un sorcier atteint de lycanthropie dans la société magique. Le lecteur, qui découvre ce personnage à travers les yeux d’Harry, ne peut que s’attacher à lui et compatir aux difficultés qu’il a rencontrées tout au long de son existence, de la solitude dans laquelle il a été plongé, à cause de son fameux « petit problème de fourrure ». Ainsi, grâce à la structure narrative du tome 3, J.K. Rowling parvient à représenter la façon dont la vision que l’on a d’un individu peut évoluer quand on prend la peine de le connaître, d’écouter ses souffrances. Remus Lupin représente ainsi, de façon métaphorique, la situation de tous ceux qui souffrent d’une maladie ou d’un handicap et doivent affronter le regard de leurs contemporains.
Il faut toutefois remarquer que J.K. Rowling intègre ce personnage dans une société en cours de changement. Si certains préjugés persistent à l’égard des loups garous dans le monde des sorciers, des progrès comme la création récente de la potion Tue-Loup, dont Remus Lupin fait état dans le tome 3, peuvent leur permettre de maitriser davantage le mal dont ils sont victimes. Il faut ajouter que de nombreux sorciers, au contact de ce personnage sympathique et réfléchi, ont une vision plus tolérante des loups garous. Arthur Weasley, après l’avoir côtoyé en tant que membre de l’Ordre du Phénix, ne craint pas de rester dans la même chambre d’hôpital qu’un sorcier qui a été mordu par un loup garou et se montre convaincu que ce dernier peut mener une existence quasiment normale. J.K. Rowling montre à travers le trio et certains membres de l’Ordre du Phénix que la société des sorciers est en pleine mutation et peut trouver une place pour ceux qui sont atteints de lycanthropie.


Par conséquent, le tome 3 révèle un aspect plus négatif de la société des sorciers, tout en mettant en avant certains changements de mentalités. D’une certaine façon, grâce au personnage de Remus Lupin, J.K. Rowling donne une dimension nouvelle aux Loups Garous, victimes d’un mal incurable qui les marginalise et les réduit à l’état de bêtes aux yeux de certains de leurs contemporains (Il est en effet précisé dans les Animaux Fantastiques que le cas des Loups garous a été longtemps balloté entre le service des Animaux et celui des Etres par le département de contrôle et de régulation des créatures magiques). Le risque est en effet, pour les sorciers atteint de lycanthropie, de devenir des animaux sanguinaires. Si Remus Lupin a réussi à conserver son humanité, Greyback, le loup garou qui l’a mordu quand il était enfant, fait preuve d’une monstruosité inouïe. Par la violence et la cruauté dont il est capable, ce sorcier, qui se comporte en loup même en dehors des jours de pleine lune, incarne la bestialité des hommes qui ont décidé de vivre en marge de leurs concitoyens et de n’écouter que leurs bas instincts. Remus Lupin apparaît, face à ce personnage, comme un sorcier particulièrement courageux, puisqu’il a tout fait pour contrôler la bête sanguinaire qui se cache en lui, pour rester un être intègre et digne de confiance. Le Loup Garou représente, par conséquent, dans la série, la part animale à laquelle chaque être humain, par faiblesse ou par goût de la violence, peut céder.


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