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Que devient Evanna Lynch ? Une interview par Bonnie Wright

9 juin 2017

Evanna Lynch est entrée dans le monde du cinéma dans des circonstances exceptionnelles grâce au rôle de Luna Lovegood dans la saga Harry Potter.
A maintenant 25 ans, elle a récemment fait la promotion du film indépendant My Name Is Emily, dans lequel elle incarne le personnage principal. [1]
Filmé en six semaines, My Name is Emily est le premier long métrage de l’écrivain-réalisateur Simon Fitzmaurice, qui, paralysé, a écrit et dirigé My Name is Emily exclusivement grâce aux mouvements de ses yeux.
Il y a quelques semaines, Evanna a rencontré son amie Bonnie Wright dans le cadre d’une interview portant sur leurs années de tournage pour la saga Harry Potter, mais également pour la promotion de My Name Is Emily.

BONNIE WRIGHT : Commençons par une question liée à Harry Potter.
Après le tournage de la saga, nous avons tous suivi notre propre chemin et personnellement, les choix que j’ai fait ont changé ma vie.
Je suis intéressée par les choix qui t’ont amené où tu es aujourd’hui dans ton travail et comment ton expérience a dicté ces choix.

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EVANNA LYNCH : Je n’avais jamais travaillé avant la saga Harry Potter, donc je n’étais pas vraiment habituée à de tels chamboulements dans la vie d’un acteur [Rires].
Après les films, mon agent m’a encouragé à aller à l’université et non à poursuivre dans le cinéma. Il disait : “Ne va pas à l’école de théâtre, tu n’en as pas besoin”. Avec le recul, j’aurais voulu qu’il me force à y aller, mais dans un sens j’étais frustrée car je savais que je voulais travailler en tant qu’actrice, donc à quoi bon passer tant de temps à l’université ? Mes frères et sœurs ont tous changé de cursus à plusieurs reprises et je me suis rendue compte que le fait de savoir ce que je voulais faire était un cadeau.

Je suis donc allé à Los Angeles. J’avais un manager et j’ai rencontré des personnes qui m’ont dit des choses très intéressantes au sujet de L.A "C’est là où tout le monde commence, ce n’est pas aussi exclusif que Londres". J’avais l’intention d’y aller pendant trois mois mais j’ai décidé d’y rester. J’ai vraiment aimé la communauté d’artistes, différente de celle de l’Irlande. En Irlande, le fait d’entrer dans l’industrie du cinéma est considérée comme une chance. J’ai vraiment aimé le fait qu’à L.A, vous y entrez si vous travaillez dur et que vous le méritez vraiment.

BW : As-tu l’impression que le fait de quitter l’Écosse pour rejoindre Los Angeles t’as permis de te créer une nouvelle identité, autre que celle définie dans Harry Potter ? Penses-tu que cette saga t’as ouvert de nouvelles portes ou as-tu l’impression d’être toujours perçue comme Luna Lovegood, te freinant dans d’autres démarches ?

E.L : On me pose souvent cette question : “Harry Potter t’a-t-il aidé dans ta carrière ? Est-ce une aide ou un obstacle ?”
J’ai toujours l’impression que ça a été une aide. Les directeurs de casting ont des idées préconçues mais cela ouvre des portes, c’est indéniable, mais je ne suis pas le genre d’actrice qui veut juste que les gens me reconnaissent, je veux prouver aux gens ce que je vaux en dehors de cette saga. À Los Angeles, nous devons avoir confiance en nous et aller chercher les choses, que nous soyons connu ou non.

B.W : C’est le contraire de notre mentalité Irlando-britannique. Je ne serais pas tombé amoureuse du cinéma sans cette expérience acquise grâce à Harry Potter. Je travaille toujours en respectant cette expérience, et ensuite je me demande si je fais bien de faire comme ça, que ce soit pour le bien des autres ou mon propre bien.

E.L : Je me suis sentie désabusée pendant un certain temps, probablement pendant un à deux ans après avoir fini le tournage, quand j’ai réalisé que tout n’était pas si bien écrit. J’ai auditionné pour tant de pilotes et me suis souvent dit : "Je ne voudrais même pas regarder ces choses-là." J’ai commencé à avoir le sentiment que sans Harry Potter, j’aurai suivi un autre chemin et je pense que j’aurais eu une meilleure appréciation pour l’écriture.

B.W : Tu respectes l’importance d’une écriture de qualité. Après avoir étudié le cinéma et la mise en scène, je suis très heureuse que les personnes avec qui nous avons travaillé, par l’entremise de tous les départements, aient été stupéfiants. J’ai donc eu un réel respect et la conviction que l’ont doit avoir de l’intégrité, même dans un monde qui est essentiellement une entreprise. Je pense qu’il est vraiment important d’avoir un goût pour le matériel de base et ses collaborateurs, vous voulez qu’ils soient vraiment investi dans l’industrie du cinéma par leur créativité.

E.L : Je ne me suis pas rendue compte que, lorsque je commençais de nouveaux projets, les gens disaient des choses et ne les soutenaient pas. [Rires] Les gens ont de grandes idées, mais n’ont pas l’expérience. Je n’avais pas vraiment réalisé que Jo [Rowling] avait fait beaucoup de travail pour nous. J’avais juste à intervenir dans le rôle, l’arrière-plan entier et les détails étaient déjà mis en place.

B.W : Mais est-ce que cela demande plus de travail de jouer dans un film indépendant ?

E.L : Oui, et c’est ce qui est passionnant dans des films indépendants. Peu de personnes s’occupent de nous. Nous devons construire le rôle, en plus de l’incarner. J’avais l’impression d’être dans Harry Potter, plus qu’une interprète.

B.W : Après quelques années, quelles choses non négociables t’es tu fixée en tant qu’actrice ? Pourquoi avoir choisie My Name is Emily, en quoi se démarquait-il d’autres scripts ?

E.L : Peut-être que je suis une actrice paresseuse. [Rires] Peut-être est-ce encore l’écriture. L’écriture de Simon [Fitzmaurice] est si belle, c’était si poétique et provocateur. Je pense qu’il y a beaucoup d’écrivains qui peuvent s’en tirer sans pour autant être doué avec les mots. Pour avoir participé à plusieurs cours d’écriture à Los Angeles, je trouve qu’ils sont très concentrés sur l’intrigue et la structure d’une œuvre.

B.W : C’est drôle car si je m’appuie sur l’expérience que j’ai dans la réalisation, je sais que ma grande force vient de ma capacité à communiquer avec les acteurs et donc rendre les personnages vraiment importants. [...] Le personnage est parfois plus important que l’intrigue, comme dans My Name is Emily.

E.L : J’ai toujours trouvé que David Yates [réalisateur des 4 derniers Harry Potter] était un bon réalisateur. Ils nous a toujours montré sa reconnaissance, car nous avions tous une très bonne connaissance de nos personnages. Il ne m’a jamais imposé de direction et prenait le temps de communiquer avec nous jusqu’à ce que nous trouvions un terrain d’entente.

B.W : Sur Harry Potter, David Yates a été le quatrième réalisateur à me diriger dans le rôle de Ginny. Je pense que les films indépendants donnent aux réalisateurs plus d’espace pour avoir une relation intime avec un acteur. Avec David Yates, c’était sa façon d’être et même en dehors de la réalisation, il est très proche de ses acteurs et je pense que ça nous a vraiment aidé.

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E.L : Après Harry Potter, des réalisateurs m’ont proposé des rôles uniquement parce que j’avais joué dans la saga. Dans ce genre de situation, la communication s’annonçait mal et j’en suis arrivée à me demander si j’étais une bonne actrice. Je me souviens avoir eu une audition au théâtre où le jury ne m’a même pas regardée... La communication ne passait pas bien avec eux, j’ai appelé mon professeur d’art dramatique pour lui dire que je ne pouvais pas faire ça. C’était un réalisateur très connu et je n’arrivais pas à trouver une connexion avec lui. (...)

B.W : C’est difficile parce qu’on veut être mis au défi, que chaque projet soit différent. (...) Parfois, cela ne fonctionne tout simplement pas (...). Il arrive même que les acteurs soient manipulés, intimidés pour fournir une meilleure performance émotionnelle. Je n’aime pas ce fonctionnement, pour moi c’est plus intéressant quand l’acteur se laisse aller en montrant sa véritable personne. J’ai trouvé cela très difficile quand j’auditionnais, j’étais jeune et je ne savais pas encore qui j’étais, qui je voulais devenir. Laisser Bonnie à l’extérieur d’une salle d’audition a été difficile. C’est pourquoi j’ai trouvé que la réalisation, pour moi, était une meilleure forme de thérapie que d’être actrice : comment écrire et choisir des personnages comme un processus de recherche de soi-même ?
[Dans le film,] j’étais vraiment intéressée par la relation qu’Emily entretient avec son père et je me demandais si son histoire t’a inspirée ? Cette idée que nous mettons nos parents sur un piédestal, nous les voyons seulement comme notre mère et notre père, mais il y a un moment où nous en apprenons plus sur eux et nous commençons à voir à la fois leurs qualités et leurs défauts. Je suppose que le père d’Emily ne la trahit pas, il n’est pas là pour elle comme un père, littéralement, physiquement. Il ne peut pas être là pour elle en raison de sa santé mentale, mais elle se rend compte alors que c’était effectivement son choix, et il aurait pu être là pour elle. Que penses-tu de ce moment ? Je l’’ai trouvé si beau, il lui a permis de le pardonner. Qu’est-ce qui le trahit et comment penses-tu qu’elle arrive assez vite à ce pardon ?

E.L : Ce qui l’énerve tout au long du film, c’est qu’elle est loin de lui et qu’il l’écarte de sa vie. Elle n’a aucune idée de ce qu’il traverse. Je devine qu’elle se met en colère quand elle réalise qu’il a choisi de la tenir à l’écart parce que toute sa vie, il l’a traitée comme une adulte. Il a parlé de concepts philosophiques vraiment complexes avec elle et lui faisait confiance, et c’est ainsi qu’elle a été élevée. Il n’y a aucune limite entre son enfance et le fait qu’elle devienne adulte et il l’empêche de pénétrer à nouveau dans son monde. Elle a l’impression qu’on lui manque de respect, d’être abandonnée, du fait qu’il ne souhaite pas partager sa douleur avec elle alors qu’ils ont tous les deux vécu cette même expérience, mais lui a échoué. Je pense que la raison pour laquelle elle est capable de tenir le coup c’est parce qu’elle le connaît, et qu’il montre sa vulnérabilité, c’est tout ce qu’elle voulait. Elle ne s’attend pas à ce qu’il soit parfait, je ne pense pas qu’elle soit aussi naïve. Elle attendait qu’il vienne à elle pour lui dire : "Je suis désolé, je suis brisé, je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas comment sortir de ça." C’est tout ce dont elle avait besoin afin qu’ils se retrouvent.

B.W : Une chose intéressante est qu’étant un intellectuel, il partage toutes ses idées avec elle, la respecte vraiment et ne la voit pas comme une enfant stéréotypée. Cependant, d’une certaine manière, tout ce qu’elle voulait vraiment, c’était qu’il la considère comme une enfant quand elle en était encore une. À travers ce moment de deuil, elle sent qu’elle grandit trop vite.

E.L : Elle voulait juste être soutenue et aimée. Ce n’est pas tant la mort de la mère qui lui fait mal, mais le fait qu’il n’admettait pas son chagrin et sa douleur. Il prétendait que tout allait bien et qu’on pouvait tout expliquer, que la mort pourrait être expliquée.

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B.W : En revenant à la différence entre les films indépendants et les productions de grand studio, as-tu eu sur ce film la possibilité de créer une sorte d’intimité différente entre le casting et l’équipe ? Ou y a-t-il des éléments qui t’ont manqués par rapport au tournage de Harry Potter ?

E.L : Il y a des avantages et des inconvénients pour les deux. (...) Dans Harry Potter, il y avait tellement de gens pour s’occuper de nous, peaufiner notre garde-robe et nos cheveux pour que tout soit parfait. Le résultat final a été cool, la magie est géniale, mais nous sommes conscients que notre performance finale est également due à toutes les personnes qui s’occupent de nous. Quand j’ai commencé à faire des films indépendants, c’était excitant de devoir me battre davantage. C’était plus stressant, mais c’était plus gratifiant artistiquement. Aussi, [sur Harry Potter] nous avons eu le luxe d’avoir énormément de temps et cela m’a un peu manqué “Je ne peux pas simplement faire une autre prise, juste une de plus ? " Et ils me répondaient "Non, on continue !” Nous devons regarder notre performance et faire entière confiance au réalisateur.

B.W : Lorsque vous faites un film à l’échelle de Harry Potter, vous faites confiance à de multiples choses ; les producteurs, le casting et l’équipe avec qui vous travaillez depuis des années, le scénario en lequel vous avez déjà confiance parce que vous aimez les livres. Si quelque chose ne convient pas, il est possible de revoir et modifier ça, alors qu’avec les cinéastes indépendants, vous devez avoir confiance en votre réalisateur et aux autres acteurs. Concernant votre film, as-tu pris beaucoup de libertés concernant le personnage d’Emily ?

E.L : En grande partie oui, il y a peu de passages où je ne faisais que réciter mon texte. C’est juste si naturel. Il y a quelques scripts que je dois travailler beaucoup plus pour me sentir naturelle. Avec elle, je savais ce qu’elle disait, ça sonnait juste en moi. Mais Simon voulait beaucoup en parler, c’est par l’écriture d’e-mails qu’il communique le mieux, de sorte que c’est ainsi qu’il a fini par la connaître. C’était comme si nous étions tous les deux obsédés par ce personnage. En raison de l’état de Simon, il y a beaucoup de silence, nous étions simplement assis, attendant la réponse. J’ai réalisé dans ces moments combien j’étais peu sûre de mon jeu d’actrice.

B.W : La barrière de la langue aussi... tu travaillais avec un réalisateur italien donc toutes vos discussions devez être traduites. La communication entre les prises est très importante, comment as-tu géré cette situation ?

E.L : Oui, nous sommes devenus plus synchronisés et je devais lui faire confiance et cesser d’avoir besoin de son approbation. Je me suis rendue compte que c’est plus excitant en tant qu’acteur de faire ses propres choix. Simon n’a pas le temps d’être prudent avec ses mots, il était direct, et parfois mes sentiments été blessés, c’est plus efficace si quelqu’un dit simplement ce qu’il ressent, et je pense que cela se retrouve dans le personnage d’Emily. J’aime ce passage : "Pourquoi sourions-nous sur les photos ? Pourquoi y a-t-il toujours cette pression pour être heureux ?"
Pour communiquer de lui-même en toute franchise, il doit dire exactement ce qu’il ressent.

My Name is Emily est disponible en VoD depuis le 24 février 2017. 

Retrouvez cet article dans sa version originale ICI



[1Après la mort de sa mère, Emily, âgée de 16 ans, s’enfuit de son foyer d’accueil dans le but de libérer son père d’un asile psychiatrique


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