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Opinion : diffuser Harry Potter et l’enfant maudit sur écran gâcherait la magie

21 mai 2017

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La discussion revient, inlassablement... on a beau avoir eu la confirmation de Warner Bros. que, “non, il n’y a pas de projet de film Cursed Child sur écran”, la moindre occasion est bonne pour que les fans et les médias se jettent sur la moindre info qui pourrait contredire cette affirmation.

Même quand on explique que Cursed Child a déjà été filmé par le passé et que ce n’était pas pour en faire un DVD, les plus mordus ne cèdent pas un pouce de terrain. Et, à chaque fois, j’explique qu’ils le regretteraient amèrement si c’était véritablement le cas, parce que ce qu’ils verraient à l’écran ne serait en rien la pièce de théâtre, pas plus que ce qu’ils ont lu sur papier.

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Jusqu’à présent, cependant, je me refusais à spoiler le pourquoi de cette intime conviction, liée à la mise en scène de la pièce et donc indécelable aux fans qui ont eu le malheur de seulement lire le livre. Environ un an après le début des représentations, il me semble qu’il est temps de cesser de #KeepTheSecret (garder le secret) et d’expliquer en toutes lettres pourquoi diffuser une captation de Harry Potter et l’enfant maudit ruinerait le peu de magie qui donne vie à la pièce.

Mais, d’abord, je souhaite vous rappeler que les Friday Forty permettent chaque semaine d’obtenir des tickets par loterie pour les premiers rangs au prix de seulement 40£. Il faut pouvoir partir pour Londres la semaine qui suit la loterie du vendredi, mais c’est toujours une option à envisager.
Il est également possible d’acheter des tickets le jour même sur place, au prix normal. Nous décrivons le système des returned tickets dans notre FAQ sur Harry Potter et l’enfant maudit au théâtre. C’est grâce à ce système que j’ai pu voir la pièce deux fois au lieu d’une.

/ !\ ATTENTION : LA SUITE DE CET ARTICLE CONTIENT DES SPOILERS CONCERNANT L’ENFANT MAUDIT/CURSED CHILD ET EN PARTICULIER DES ÉLÉMENTS DE MISE EN SCÈNE DONT VOUS IGNOREZ TOUT SI VOUS AVEZ SIMPLEMENT LU LE LIVRE / !\

J’insiste, ce sont véritablement des spoilers : en avoir connaissance vous gâchera la surprise et altèrera inévitablement votre expérience si jamais vous allez voir la pièce.
Dernier avertissement...

Bien.

La raison pour laquelle une captation de Cursed Child serait décevante, c’est tout simplement parce qu’elle ne pourrait pas être aussi immersive que la pièce ; et cette immersion a son importance. Certains effets qui ne sont pas décrits dans le scénario prennent vraiment toute leur ampleur dans la salle et pas sur scène.

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On savait avant le début des représentations que les tapisseries du théâtre avaient été modifiéespour coller à l’ambiance Poudlard”... mais c’est bien plus que ça ! En fait, quand les protagonistes découvrent l’identité de Delphi, ils éclairent à la lumière de leur baguette des phrases écrites en tout sens sur un mur du décor. Dans un crescendo musical, la salle entière est alors plongée dans le noir et un éclairage ultra-violet révèle des inscriptions partout autour du public, jusque sur le plafond du théâtre !

Quand on est assis dans le théâtre, qu’on a rien vu d’écrit sur les murs depuis 3h puis que, tout à coup, les phrases de la prophétie, des dessins d’augurey et des délires sans queue ni tête apparaissent tout autour de soi, l’effet est saisissant.
À l’écran, ça n’aurait rien d’impressionnant.
À l’écran, ce serait aussi plat que tout le reste.
À l’écran, ça n’aurait rien d’immersif et ce moment de noir complet qui dure une fraction de seconde pour un public pris par surprise, qui se retrouve au cœur de l’action, se transformerait en quelques secondes de pénible éternité dans un cinéma ou sur un DVD.

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De même, quand les détraqueurs apparaissent la première fois, ils sont sur scène, puis d’autres détraqueurs apparaissent dans la salle, volant au dessus du public, se déplaçant de balcon en balcon... Pendant un moment, il ne se passe rien d’autre que la musique et les détraqueurs qui volent.
Dans le théâtre, c’est extrêmement impressionnant, parce qu’ils sont juste là, à portée, et qu’il ne faut que peu d’imagination pour croire à leur authenticité. Ils surprennent certains spectateurs en apparaissant juste devant eux, alors qu’ils ont les yeux rivés sur la scène.

À l’écran, qu’ils soient sur scène ou dans la salle, aucune différence. Cette scène n’aurait pas plus d’impact que lorsqu’on découvre les détraqueurs dans les films, alors que c’est une sensation extrêmement différente sur place.

Il y a aussi l’importance des angles et des jeux de lumière qui dévoilent ou masquent certaine parties de la scène. Le duel Drago-Harry, par exemple, avec ses objets qui volent, ne fonctionne que grâce à un contraste intense entre la lumière en avant-scène et l’obscurité en fond de scène, où peuvent se mouvoir des comédiens vêtus de noir invisibles aux spectateurs. Grâce à leur invisibilité, ils peuvent manipuler des objet et les autres comédiens pour les faire flotter comme dans cette vidéo. Faire passer un tel effet à l’écran, avec un réglage de caméra adapté, sans ruiner l’illusion, est extrêmement compliqué.

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Enfin, de manière moins conséquente, tous les petits effets qui se produisent sur scène seraient inévitablement moins impressionnants sur écran que vécus en direct. C’est comme regarder un spectacle de magie en vrai ou à la télé ; c’est beaucoup moins intéressant, parce que le filtre de la caméra rend inévitablement l’expérience moins immédiate.
Le cinéma nous a habitué à des effets spéciaux et, lorsqu’on découvre une création sur écran, on est forcément plus sceptique des tours de passe-passe. De plus, une captation de pièce de théâtre n’est pas statique et le montage donnera inévitablement le sentiment qu’on ne voit pas quelque chose parce que la caméra ne nous le montre pas. Une baguette qui disparaît des mains d’une personne et apparaît de manière instantanée dans les mains de l’autre lors d’un expelliarmus ; les dossiers qui se rangent tous seuls sur la table de Harry ; les acteurs qui disparaissent d’un côté de la scène et reparaissent presque instantanément de l’autre côté dans un costume différent... tout ça ne susciterait pas le même émerveillement.

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Or, tout l’intérêt de la pièce est dans ce ressenti ; dans ce sentiment d’angoisse lorsque les détraqueurs vous fondent dessus, ou cette impression que la magie prend vie sous nos yeux sans l’aide des effets spéciaux qu’on trouve au cinéma, ou lorsque la folie de Delphini a laissé des traces jusqu’au plafond de la salle, ou lorsque Voldemort descend dans le public et que les voix des Potter qui se font massacrer viennent de derrière le public...

La pièce repose là-dessus ; en éliminant ces sensations, l’écran diminuerait son efficacité et renverrait vers le scénario creux, inégal et incohérent. Ce sont les effets de surprise qui permettent d’y croire et de faire de la pièce une réussite.
Voir des phrases qui apparaissent sur un écran, même si on montre en plusieurs plans que c’est dans toute la salle, ça n’est pas la même chose que de voir les phrases apparaître tout autour de soi d’un seul coup.

Nous ne parlons pas ici d’une pièce de théâtre au sens où la plupart des amateurs l’entendent : où l’action se déroule sur scène uniquement et filmer celle-ci suffirait à rendre vaguement justice à l’interprétation des acteurs ou à la création du metteur en scène. On parle d’une ambiance, d’une atmosphère, qui ne peuvent naître qu’au cœur d’un théâtre où tout l’espace est occupé par la mise en scène.

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Ceux qui affirment vouloir voir la pièce sur écran ne comprennent pas que ça leur donnera un sentiment d’insatisfaction aussi intense que d’avoir simplement lu le livre. Alors que voir la pièce au Palace Theatre est une expérience immersive incroyable. Le lieux lui-même a été adapté pour permettre les effets de la pièce, l’exemple le plus évident étant les tapisseries mentionnées plus haut, et ce n’est pas pour rien que le Lyric Theatre qui accueillera la pièce sur Broadway (New York) va dépenser des millions pour adapter son architecture aux exigences de Cursed child

Si vous voulez voir des photos des décors, les images existent. L’interprétation des acteurs change chaque jour, et vous ne verrez peut-être jamais deux fois les mêmes acteurs dans le même rôle (j’ai personnellement vu deux Scorpius différents en deux représentations) ; votre imagination est donc, littéralement, tout aussi valide que l’interprétation sur scène.

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Mais une captation n’apportera que déception et frustration. Harry Potter et l’enfant maudit a été pensé et conçu pour la scène et le théâtre dans sa globalité, pas pour être un livre ou pour envahir les écrans.

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