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Opinion de lecteur : La mélancolie de Dobby - par Luna O’Floin

10 février 2016

par Luna O’Floin

être un elfe libéré, tu sais c’est pas si facile... ♪

Aujourd’hui, alors que je prenais le thé avec une amie de Serpentard, frissonnant malgré mes chaussettes en laine, nous regrettions de ne pas avoir d’elfe de maison pour faire avancer la vaisselle pendant que nous devisions. Une idée en appelant une autre, nous en sommes naturellement venues à débattre du cas de Dobby. Voici ce qu’il en est ressorti.

Dobby est un personnage intéressant à étudier pour de nombreuses raisons : il est l’ami de Harry Potter, est populaire dans le cœur des fans mais surtout, c’est le premier personnage à 100% non-humain d’importance. Il n’a pas le statut de sorcier et est considéré comme un inférieur. Grâce à Dobby, on découvre peu à peu une facette moins reluisante du monde des sorciers, l’univers des dominés. On s’attache à ce personnage dès la fin de La Chambre des Secrets, lorsqu’il est enfin affranchi, car c’est un symbole du triomphe de la liberté. Même l’être le plus insignifiant peut changer son destin. Pourtant, Dobby, l’elfe libéré fut-il vraiment un elfe libre, même après qu’il eut quitté les Malefoy ? Nous allons donc brosser un (pas si) court portrait à la gloire de l’elfe, avant d’analyser sa condition post-esclave et de s’interroger sur la notion de liberté.

Nous commençons à connaître Dobby au tout début du deuxième tome, c’est la première fois depuis que Harry côtoie le monde des sorciers qu’il est personnellement confronté à une créature non-humaine douée d’une intelligence similaire. Je ne compte pas la rencontre avec les gobelins de Gringotts, qui reste brève et purement professionnelle dans le premier tome (et après tout c’est surtout Hagrid qui échange avec eux).

À cette époque, Dobby est encore un esclave, depuis longtemps au service des Malefoy. Il est tenu enchaîné par les règles à la famille qu’il sert. Il ne peut désobéir sans s’infliger une cruelle punition (les oreilles dans la porte du four...), ni ne dire du mal de ses maîtres (tout juste s’il a la liberté de penser), et doit se faire oublier. Situation bien cruelle, pour un être certes déconsidéré, mais qui ne manque pas de ressources puisqu’il va contribuer à changer le cours de la grande Histoire. Par petits bouts, on apprend à connaître cette créature étrange, dotée d’une personnalité incroyablement optimiste et généreuse. Il n’hésite pas à se plier en quatre pour ceux qu’il aime et ose se fier à sa conscience du bien et du mal, sans obéir aveuglément.

Dobby possède des qualités intellectuelles. Bien qu’il ait sans doute entendu toute sa vie le discours raciste des Sang-Purs, on voit malgré tout qu’il pense autrement – il ne se contente pas d’être une victime soumise aux Malefoy. Il a le cran et le courage de traduire en actes sa faculté de réflexion pour aider Harry Potter qu’il considère comme le « Superman venu sauver les braves ». Certes, voler le courrier de Harry n’était pas la façon la plus habile d’aider le héros à sauver le monde, mais il faut reconnaître que dès le début, il est prêt à tout pour préserver une vie qu’il considère comme plus précieuse que la sienne, pour contribuer à défendre ce qu’il considère comme bien. Avant même de connaître Harry (qui, après tout, aurait pu être un petit crétin à la Dudley), il est prêt à violer la règle la plus fondamentale de l’esclavage des elfes : désobéir à sa famille.

Rappelons aussi qu’à travers lui, c’est la communauté entière des elfes de maison que nous rencontrons. Bien que les elfes de maison soient encore loin d’être tous des Dobby, comme nous nous en apercevons dans le tome quatre : plutôt discrets, soumis, et main d’œuvre efficace qui semble tout faire pour ne pas exprimer en public une opinion différente de celle qu’il est permise de penser. Les elfes de maison possèdent leur propre magie mais ne l’utilisent pas pour leur compte, car les sorciers les musellent. Peut être ces derniers craignent-ils un peu une puissante magie qu’ils ne pourront jamais maîtriser ? On sait que les elfes sont capables de transplaner dans des lieux où cela est impossible aux sorciers, qu’ils peuvent contrôler une personne en les liant à elle (comme le fait Winky avec Barty Croupton Junior) et ils possèdent sans doute beaucoup d’autres capacités que nous, sorciers, n’avons pas encore étudiées. Dobby a l’audace d’utiliser sa force pour servir ses convictions, et pas uniquement ses maîtres, ce qui est très rare pour un elfe. Cela témoigne de sa grande force, cachée derrière son accoutrement bizarre et son admiration pour les autres. Découvrir les autres membres de cette espèce met donc en valeur de façon positive l’originalité de Dobby, qui nous semblait déjà farfelu par ses manières et sa façon de s’exprimer dès sa première apparition. On découvre alors le pionnier des elfes, celui qui fait le premier pas vers une liberté assumée.

Notre attachement pour Dobby est progressif. Au début, tout comme Harry, on se demande quelle est cette drôle de petite créature voulant à tout prix l’empêcher de revenir à Poudlard. Lors de ses apparitions dans le tome deux, le mystère s’épaissit, jusqu’à ce que l’énigme de la Chambre des secrets soit résolue, et c’est à ce moment là que l’on se met, en même temps qu’Harry, à éprouver de la compassion pour lui... Qui voudrait être le serviteur d’une personne comme Lucius Malefoy ? En plus de notre compassion pour lui, il y a un lien affectif, il est tout petit et méprisé, mais il se dresse contre les méchants pour protéger Harry Potter ! Au fur et à mesure des livres, on pourra remarquer sa loyauté et son dévouement sans limite. Si Harry a besoin d’un espion pour surveiller Drago, il se porte volontaire (même si le travail s’adresse à Kreattur). Il met sa connaissance de Poudlard au service de ses amis sans aucune réserve, et même si Harry est loin de lui témoigner autant d’amour, il finira par perdre la vie pour le sauver.

De nombreux fans – et j’en fais partie - ont pleuré la mort d’un compagnon fidèle. Il était si mignon dans son étrangeté avec ses chaussettes dépareillées et son côté hippie (si, aux yeux des autres elfes, Dobby est carrément hippie), le cœur noble et pur toujours en quête d’amour et de liberté.
Et pourtant ce point de vue n’est pas partagé par tout le monde. Fans de Dobby, il nous faut l’admettre, notre elfe préféré peut être sacrément agaçant aux yeux des autres. Certains ne le trouvent ni mignon, ni drôle, plutôt insupportable avec sa voix aigüe, sa façon d’employer la troisième personne pour parler de lui-même, et sa vénération pour Harry Potter.
Mon amie de Serpentard soulignait justement un point crucial :
« Ce qui m’énerve le plus, c’est que Dobby, même s’il dit être un elfe libre, reste toujours conditionné par ses réflexes d’esclave, comme le montre notamment son dévouement inconditionnel à Harry Potter. »

On en vient à se demander, Dobby est-il réellement affranchi ? Suffit-il vraiment d’une chaussette pour rendre sa liberté à quelqu’un ? Le geste est symbolique : donner un vêtement fait acte de loi, mais dans la pratique, la liberté ne se donne pas si facilement. L’auteure pose encore une fois une question existentielle : qu’est-ce que la liberté ? Est-ce un état ? On est né esclave ou on est né libre, donc on l’est ? Est-ce une quête, un travail ? La liberté est-elle un choix, et si oui est-elle un choix libre justement ?
On pourrait étudier ses questionnements dans Harry Potter au travers de nombreux personnages, notamment Harry ou Drago. Mais Dobby est plus emblématique de cette notion spécifique.

Être libre implique être en mesure de faire des choix. Si on part de ce principe, Dobby, même a l’état d’esclave, a toujours été un minimum libre, car malgré les conséquences, il a pris la liberté de se libérer, en aidant Harry Potter. Je m’explique : bien qu’il n’aide pas Harry en se disant « je recevrai une chaussette pour mes bons et loyaux services », de par ce choix de désobéissance, il entame lui même sa libération. Finalement, Harry ne lui fournit que le coup de pouce final, pour que sa libération soit effective aux yeux de la loi des sorciers.
Mais finalement, même après qu’Harry l’a officiellement affranchi, on peut constater qu’il n’est pas totalement libre. Cette fois, ce ne sont plus les lois magiques des sorciers qui le retiennent, c’est lui même. Il se démène, pris dans un paradoxe entre son désir de vivre une grande vie, aussi libre qu’un sorcier, et ses réflexes d’esclave qu’il a toujours connus. Ainsi, juste après sa libération, que fait Dobby ? Il voyage... non pour découvrir le monde, mais pour se retrouver une place dans une famille de sorciers plus tolérante que les Malefoy, qui accepterait un elfe libéré. En vain bien sûr. Il est enchaîné par ce qu’il a toujours connu, le conditionnement que les sorciers ont exercé sur ceux de son espèce. Et il lutte en permanence pour trouver sa juste place, sans sacrifier sa liberté. Il fait le choix d’être libre... mais c’est un choix qui lui coûte aussi beaucoup. Après tout l’elfe paie un lourd tribut pour assumer son aspiration à la liberté : blessures, rejet des sorciers, rejet par ses pairs, et finalement la mort.

Il veut devenir un (presque) égal des sorciers, être payé, bénéficier d’un jour de repos... Mais il est effrayé quand on lui propose trop de liberté d’un coup, il le dit lui-même : « Dobby aime la liberté, Miss, mais il ne veut pas qu’on lui donne trop, il préfère travailler. » Il ne veut pas être trop payé et a même réduit son salaire, tant c’est déjà un pas en avant énorme pour lui d’être payé. La liberté, on a beau la rechercher, c’est aussi une compagne dure à assumer. Être libre, c’est accepter l’entière responsabilité de soi et de ses actions, ce n’est pas toujours une position très confortable. Dobby finit par trouver un entre-deux à Poudlard, appelons ça une semi-liberté, où Dumbledore le laisse évoluer à son rythme vers la direction qu’il souhaite. Finalement, Dobby s’épanouit dans cette semi-liberté.

Dans cet entre-deux, l’elfe a tout de même conservé nombre de ses habitudes d’esclave : travailler sans compter ses heures, servir humblement et discrètement, ne pas insulter ses anciens maîtres sans se punir et être attaché à un maître. Officiellement libre, Dobby a tout de même une relation différente avec Dumbledore de celle d’un patron et d’un employé. Il le considère sûrement comme un nouveau maître bienveillant, car il déclare être « fier de garder ses secrets » et ne veut surtout pas le « traiter de vieux loufoque cinglé » même s’il y est autorisé. Mais c’est une chose compréhensible finalement. Une vie sans maître après avoir servi les Malefoy pendant longtemps doit faire un choc, et Dumbledore lui permet d’effectuer la transition en douceur.

Ce qui est beaucoup moins visible, c’est le second maître que se choisit Dobby. Il s’agit d’un maître officieux, celui du cœur : Harry. Bien sûr, Harry Potter n’a jamais demandé à Dobby de devenir son serviteur personnel. Néanmoins implicitement, l’elfe se considère ainsi. Même si Harry ne voit en Dobby qu’un ami secondaire (avouons-le, il ne le place pas au même niveau que Ron, Hermione ou même Ginny et Neville), on ne pas peut dire que leur relation est basée sur une véritable amitié. L’amitié implique respect et équité, et Harry continue toujours de voir en Dobby un elfe à la fois sympathique et utile, mais ne l’invite jamais à bavarder un coup dans la tour de Gryffondor. Quant à Dobby, il se comporte comme un serviteur envers lui : dès que Harry a besoin d’un service, il est là pour lui rendre ce service, il garde ses secrets, le vénère. Cela met d’ailleurs Harry dans l’embarras quelques fois – comme par exemple lorsque Dobby décore la salle de l’A.D. avec les boules du « Potternoël ». Harry donne bien peu à l’elfe en comparaison, et c’est surtout à la fin, lorsque Dobby s’éteint, qu’il réalise pleinement à quel point l’elfe comptait pour lui. Dobby choisit de s’emprisonner lui-même dans cette relation qu’on peut qualifier de fanatique. L’une de ses grandes quêtes, outre sa liberté, c’est l’amour et la reconnaissance de son héros. À mon avis, Dobby doit souffrir de la concurrence de Kreattur, il aurait sûrement aimé être le seul elfe à avoir accès au cœur et à la confiance de M. Potter.

Finalement, on ne peut nier que Dobby a connu une libération, même si celle-ci est progressive et n’aura jamais été une liberté à l’égal de celle dont jouissent les sorciers. Semi-liberté sociale, attaché par les liens du cœur... Mais finalement, Dobby a réalisé l’essentiel : il a choisi ses chaînes et les a assumées jusqu’au bout. Peut être est-ce ça aussi la liberté ?

P.-S. : Remerciements à ma prof de latin pour ses conseils et remarques avisées.

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