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La comparaison Donald Trump/Voldemort tient-elle la route ?

20 janvier 2017

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Par Slyis

Un homme avec une idéologie raciale, semant le trouble dans son pays, entouré de partisans qui ne reculent devant rien… Autant de détails qui ont facilement mené Internet à faire un parallèle entre Donald Trump et Lord Voldemort, notamment sur Twitter.
JK Rowling et Daniel Radcliffe eux-même ont contribué à la mise en avant de la ressemblance entre ces deux personnages.

Il est vrai que les parallèles entre les deux hommes sont fort frappants. Déjà Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom avait eu le droit à des analyses comparatives avec Hitler, Staline et toutes les stars du hit-parade de la monstruosité dans l’histoire politique mondiale (ces analyses étant elles-mêmes déjà bancales). Cependant, ce sont des analyses qui ont été faites à partir de faits passés. Comparer Trump à Voldemort est une tentative d’utiliser la fiction pour comprendre le présent. Ce recours à Harry Potter est compréhensible : la candidature de Trump est sans précédent et, pour beaucoup, son élection est inexplicable. Regarder la situation politique par le prisme d’une œuvre connue permet de prendre conscience de son état actuel. Je suis de la génération qui a été éduquée par Harry Potter et c’est normal que j’utilise cette éducation dans mon quotidien.

D’après les sondages à la sortie des urnes américaines, les 18-29 ans aux États-Unis ont voté en majorité contre le républicain. C’est cette même classe d’âge qui a grandi avec Harry Potter, ils connaissent en majorité Voldemort et il est donc possible qu’ils utilisent cette référence populaire pour montrer les dangers du candidat. Harry Potter est utilisé comme un point d’entrée dans la contestation. De plus, pour beaucoup, Harry Potter est lié à leur enfance, voir à une passion : cela rassure un peu d’utiliser cette œuvre face à des événements qui effrayent un grand nombre. Surtout, cela laisse un message d’espoir : nous pouvons monter une armée de Dumbledore et vaincre Voldemort, même quand tout semble perdu, même quand Voldemort a pris le contrôle de Poudlard. Si Trump est Voldemort, on sait que nous pouvons lui résister. Cependant quelles actions ont étés mises en routes ? Si l’on a pu voir des manifestations et pétitions, celles-ci ne sont que le symbole d’un mécontentement et n’ont pas eu d’effet véritable sur l’issue de l’élection. Beaucoup de tweets décrivant Trump comme Voldemort insistaient sur cette idée de s’allier pour monter une résistance. Or, était-ce un moyen d’agir ou simplement un réconfort ? Dans un futur que certains américains voient sombre, ce serait une lueur d’espoir, sans pour autant être un appel aux barricades.

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Mais cette tendance à la comparaison n’est pas pour plaire à tous. Beaucoup y voient une simplification, qui aurait donc pour conséquence de caricaturer la situation, avec le risque de passer à côté de signes qui ne sont pas semblables à ceux tirés des romans. Pour Michael Darer du site Huffington Post, si Voldemort veut du mal à un jeune garçon particulier, ce n’est pas le cas de Trump. Pour lui, utiliser Voldemort comme sosie de Trump, c’est tourner le dos à ceux qui sont le plus visés par la politique de Trump : c’est oublier que Donald Trump ne vise pas un adolescent lambda mais des minorités spécifiques. Il ne faut pas remplacer la spécificité de ce nouveau président par un archétype. Cependant, cette thèse peut être nuancée, car l’analogie entre le républicain et le mage noir repose sur leurs idéologies et non la poursuite de Harry Potter. Il est évident que Donald Trump ne vise pas un certain orphelin américain qui le stopperait dans sa course au pouvoir. Comme il est évident qu’il ne cherche pas l’immortalité et que sa chevelure n’est pas un de ses horcruxes.

Dans ce parallèle est véhiculé également l’idée que tous les fans de Harry Potter savent reconnaître une idéologie dangereuse et s’y opposer. Or, de nombreux fans de la saga ont voté pour Trump (et non, ce ne sont pas tous des serpentards). Cela a également pour effet de diaboliser ceux qui ont voté pour lui, les électeurs étant des mangemorts cruels. D’autant que toutes les voix pour Trump n’étaient pas des votes d’adhésion, mais plutôt le seul moyen d’exprimer un mécontentement à l’encontre de la situation politique actuelle.

Comme toute histoire, la série de livres a ses limites et ne permet pas de retranscrire toute la complexité du monde réel. « La politique n’est pas une histoire de Rowling, Tolkien ou Lucas. La politique, ce sont des arguments, des compromis, et la force morale d’entrer dans des coalitions fortes, lourdes et souvent décevantes pour faire avancer les causes collectives. Il s’agit d’organiser, de pousser, et parfois de perdre, et avec suffisamment d’efforts pour trouver les solutions pour finalement réussir. » rappelle Corey Atad dans un article d’Esquire. Trump est la conséquence d’une crise économique, migratoire, raciale, et politique. Voldemort, c’est le méchant qui prend le pouvoir sur les gentils. Le risque du rapprochement de ces deux figures est la négation de toutes ces crises, ces raisons objectives qui ont contribué à l’élection de Trump à la maison blanche.

Si Voldemort est un personnage fictif, les conséquences de la présidence de Trump seront, elles, bien concrètes. Contrairement à Voldemort, Trump à pris le pouvoir grâce à une élection. Si Trump est un personnage de fiction, alors on oublie qu’il existe dans la réalité, et que nous sommes dans la même réalité que lui. Nous ne souffrons pas des actes de Voldemort puisqu’on peut refermer le livre dont il est issu. Utiliser la fiction pour décrypter la réalité est simpliste. On occulte volontairement toutes les dimensions ambigües et complexes pour arriver à un schéma manichéen. On aurait une politique noire et blanche, avec les méchants (Trump) et les gentils (Dumbledore, Obama ?). Si l’on prend bien conscience du danger d’une politique à la Trump, le catégoriser dans les « méchants », c’est nier toutes les subtilités de la situation politique et cela pourrait être extrêmement dangereux.

Harry Potter n’arrêtera pas Donald Trump : il est temps de regarder la réalité en face, aucun héros ne viendra sauver la situation pour nous permettre de retrouver un climat où « tout est bien ».

Merci à Puppet pour son aide !

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