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John Tiffany répond à la controverse de queerbaiting de Cursed Child

26 août 2018

A l’occasion de l’ouverture de la billetterie pour Harry Potter and the Cursed Child en Australie, John Tiffany a été interviewé au sujet de la pièce sur le casting, mais aussi sur la relation Albus/Scorpius. L’occasion de revenir sur un des (nombreux) problèmes que certains fans attribuent à cette pièce de théâtre : le queerbaiting.

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Le queerbaiting (pas de traduction officielle en français, littéralement appât à gays) consiste à faire miroiter au public une potentielle histoire homosexuelle (et donc apporter plus de représentativité à cette population) pour révéler qu’en fait c’était "en toute amitié".

Si la communauté LGBT plaide pour davantage de représentation dans les œuvres de fiction, il est compréhensible de la voir montrer du doigt des histoires où le queerbaiting est à l’œuvre, souvent pour éviter de "choquer les mentalités" (autre élément édifiant, vous pouvez lire ici les nombreux exemples où des personnages gays sont malmenés dans les œuvres de fictions, parfois gratuitement).

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Cursed Child, la pièce co-écrite par J.K. Rowling, est accusée de queerbaiting. En effet, elle raconte les aventures du fils de Harry Potter (Albus) accompagné de celui de Drago Malefoy (Scorpius). De nombreuses scènes montrent une relation profonde et sincère entre les deux personnages, aussi plusieurs lecteurs ont espéré y voir une romance sur scène. Hélas, à la fin de la pièce Scorpius se déclare amoureux de la cousine d’Albus, brisant les espoirs des lecteurs et spectateurs.
Le fait que Scorpius et Rose ont eu très peu de temps de scène ensemble, et qu’elle l’a toujours rejeté jusqu’à la fin, renforce le sentiment d’une amourette parachutée pour rassurer ceux qui pourrait critiquer la présence d’un sous-texte homosexuel dans une pièce grand public.

John Tiffany, le metteur en scène de la pièce (qui est lui même homosexuel, c’est intéressant de le préciser) a récemment répondu à cette controverse, avec plusieurs arguments, lors d’une entrevue accordée à The Guardian.
Tout d’abord il avance le fait que ce ne serait pas approprié pour la pièce de traiter directement de la sexualité de jeunes adolescents. Ce n’est pas le sujet ni le centre d’intérêt de l’ouvrage.

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Cependant, force est de constater que le texte traite bel et bien de sexualité ; quand on a, par exemple, Scorpius qui se met à draguer Rose ou Albus qui est visiblement troublé par les charmes de la ravissante et mystérieuse Delphi. Qui plus est, c’est justement entre 11 et 15 ans que l’on s’ouvre à la sexualité (mais ce serait oublier que nous vivons dans le monde de Harry Potter, qui a une approche très particulière du sexe et du couple).

Deuxièmement Tiffany explique que ce n’est pas parce que l’on voit Scorpius avoir enfin un rendez-vous avec Rose à la fin qu’il restera avec elle toute sa vie ou même restera avec une fille.
Si cet argument est valable (les deux adolescents peuvent tout à fait être bisexuels), il paraît un peu faible car, en général, à 15 ans nous avons une assez bonne idée de notre sexualité et, encore une fois, dans Harry Potter, le premier amour est souvent le dernier...

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Enfin dernier argument de John Tiffany ; s’il y avait une histoire d’amour entre Albus et Scorpius, ça prendrait toute l’histoire de la pièce et il serait impossible d’y voir autre chose.
Là encore il est facile d’y opposer l’argument inverse : une romance hétérosexuelle n’a jamais pris toute l’intrigue d’un livre Harry Potter (sauf du film Le Prince de sang-mêlé en quelque sorte). Il est tout à fait possible de mettre en toile de fond une histoire d’amour entre deux personnages sans pour autant que ça soit le sujet principal ; cet argument bancal semble aussi indiquer que, pour John Tiffany, si une romance homosexuelle devait voir le jour sur scène, ce serait tellement important et innovant qu’il faudrait absolument que cette histoire d’amour soir au centre de l’attention.

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Tiffany conclut le sujet en disant que la pièce "est une histoire d’amour entre Albus et Scorpius de nombreuses façons, mais ça ne veut pas dire qu’il faut que ça soit sexuel". Ce en quoi il n’a pas tout à fait tort : il existe plusieurs histoires fictives entre deux personnages du même sexe qui ont une relation intense et quasi fusionnelle sans que ce soit sexuel (par exemple Frodo et Sam dans Le Seigneur des Anneaux, ou les exemples que vous pouvez voir sur l’image ci contre)

Le queerbaiting reste un problème complexe ; même s’il serait bénéfique de voir une meilleure représentation des LGBT dans les œuvres de fiction (et dans la vie tout court), il faut néanmoins rester prudent : il faut une meilleure représentation en terme de qualité (les personnages gays étant souvent très caricaturaux dans les œuvres de fiction), autant qu’en terme de quantité.

Par ailleurs, le metteur en scène semble sous-entendre que désormais dans les futures représentations de la pièce, l’actrice qui jouera Hermione devra nécessairement être une personne de couleur. Il affirme vouloir fermement conserver le quota de diversité ethniques représentées sur scène. Cependant il ajoute aussi qu’il n’est pas impossible qu’il fasse quelques mélanges. De quoi laisser perplexe et ouvrir les paris : à quand un Harry indien ? Un Rogue barbu ? Un Scorpius asiatique (après tout il n’y a aucune indication considérée comme canon sur l’origine de sa mère) ?

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John Tiffany se réjouit d’ailleurs d’avance : “Il y a quelques vraies perles dans le casting principal australien. Ca va générer une nouvelle controverse”. Vu l’arrivée de la pièce en Australie, il est possible qu’une exigence de représentation aborigène fasse partie de la sélection.

Les spectateurs de la future représentation à Melbourne devront se préparer à des surprises !

Merci Mugglenet

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